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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 17:30

Pour en finir avec les dons, le mérite, le hasard, GFEN. (2009). Paris : La Dispute.

« Vous devez aimer votre instituteur, lui obéir, le respecter, lui être reconnaissant ».(Musée du vieux Lacaune-les-Bains dans le Tarn). Salle « L’école »

Un livre qui écrit la résistance au normatif et crée l’espérance du « mieux » à l’école.

Liberté, égalité, fraternité. Ce livre est écrit par des hommes et des femmes qui disent non, qui disent  oui, qui inventent  les possibles de l’école malgré ses malgré et qui la construise obstinément dans une idéologie obstinée,  qui nomment  les enfants au cœur d’un savoir de transmission à recevoir et à structurer par leur jeune cerveau avide ou, hélas,  déjà las.

Catherine Malabou,  dans La plasticité de notre cerveau ou l’aptitude à changer de destinée. dit non à un cerveau fédérateur sans conscience et non porteur d’histoire du sujet. Elle dit oui à un cerveau inscrit dans des interactions environnementales. Elle dit oui à la plasticité du cerveau mais non à sa flexibilité normative et docile. Elle dit oui à un cerveau qui résiste aux normes préétablies à la pensée, elle dit oui à un cerveau qui crée la pensée inter mondialiste

Que créent donc ces auteurs, Inventeurs d’école ? A quoi et à qui résistent-ils ? Avec quels états d’âmes ? Optimistes ? Pessimistes ? Calmes ? Tumultueux ?  Certainement tous porteurs de la vie en marche refusant la fatalité. Lucien Sève dans   Les « dons » n’existent toujours pas rappelle avec énergie qu’on ne naît pas homme mais qu’on le devient, que les enfants sont « tous capables » pour reprendre la formulation du GFEN. Il dit non à une causalité trop simple liant résultats scolaires et milieu social, il dit oui à une école permettant le développement personnel des enfants , seul moteur de l’apprentissage.

Michel Duyme  etChristine Capron  dans  Handicap, performances intellectuelles et inégalités sociales disent non à une définition statique du handicap désignant  une altération de la fonction, ils disent oui à l’action de l’environnement comme suscitant une possible évolution. Vygotski, encore et toujours chez tous, comme le Père symbolique de l’ouvrage.  Quand l’école se fait environnement alors Christian Laval dans  Division sociale et nouveau modèle éducatif dénonce ce qu’il appelle « une démocratie ségrégative de l’école » qui cache mal une hiérarchisation sociale derrière une massification intensive de l’enseignement. A l’instar de Bourdieu, il fait le triste constat d’une génération « abusée »et « désabusée. » Il  dit non à une différenciation ethnique à l’intérieur de l’école, il dit oui à une école porteuse de valeurs, il dit non à un marché scolaire de masse, il dit oui à une école non orientée de façon intensive vers le professionnalisme. Il dit non à une école ségrégative, il dit oui à une école qui apprend  « le vivre ensemble » Ces oui et ces non,  Denis Paget dans Ecole et distance culturelle les reprend. Il dénonce les établissements dévalorisés et l’instauration d’une crise culturelle qui éloigne les élèves, les exclue d’une vie sociale porteuse de valeurs. Il dit non à l’utilitarisme social de l’école, il dit oui à l’école qui transmet le dialogue intergénérationnel. Il  dit oui à une école citoyenne qui construit une identité collective.

Martine Alcorta dans Pour une école de l’égalité des acquis interroge le mythe de l’égalité des chances et le lien entre décrochage cognitif et scolaire. Références faîtes à Emilia Ferreira (mère symbolique) et Vygotski (père symbolique). A lire de toute urgence pour comprendre la nécessité de repenser les cadres scolaires qui permettent à l’enfant de construire savoirs et apprentissages. Quant à Laurent Ott dans L’alliance éternelle du sanitaire et du sécuritaire, il dit non à « l’extinction d’une philosophie de l’éducation ».  il dit non  à une école prédictive qui stigmatise, il dit oui à une école qui ne confond culture et sécuritaire, culture et sanitaire. Il dit non à une école immobile gelant le savoir. Du non au sécuritaire encore avec Maryse Vaillant : le choix éducatif, la seule alternative au sécuritaire. L’auteure interroge  les nouvelles valeurs que l’école doit mettre en chantier pour l’éducation de l’enfant. Développer la créativité n’empêche pas dit-elle d’acquérir les déclinaisons latines. L’école doit transmettre et civiliser dans un échange qui laisse place à l’erreur et à la transmission. Toute une éthique devant laquelle, affirme-t-elle, nous ne devons pas baisser les bras. Ne pas non plus baisser les bras devant Des ignorances discriminantes. Ainsi  Jean-Louis Sagot-Duvauroux par l’analyse du titre du roman de Camara Laye, L’Enfant noir, attire notre attention sur le détournement du savoir implicite et l’entretien des ignorances discriminantes. A lire de très près L’auteur remet la pendule  de l’école à l’heure de l’universel. Jacques Fijalkow nous invite dans la salle de lecture, Entre sciences de la nature et sciences sociales : la lecture. L’auteur traite des idéologies dans lesquelles s’inscrit l’enseignent de la lecture et analyse l’exemple de la dyslexie. Il s’agit là d’un travail de recherche sur une pratique inscrite dans du théorique mais aussi du politique.  Jacques Fijalkow distingue deux courants majeurs de l’apprentissage de la lecture. Le courant « Scientiste » ou « cognitif ». Le courant « constructiviste » (ou « socio constructiviste »). Nous retrouvons dans l’exposé de ces deux courants la problématique des chapitres précédents constituée  de statique ou de dynamique, de cognitif ou d’interactions environnementales. L’auteur dit non à un apprentissage de la lecture qui serait statique. Il dit oui à un apprentissage qui serait construit par l’enseignant et qui construirait l’élève, à partir d’outils relationnels et pédagogique, à partir d’un partenariat entre les enseignants et le collectif des acteurs de la lecture. Il souligne aussi l’importance des évaluations des pratiques d’apprentissage mais surtout il place l’élève au centre  de l’action de l’enseignant. L’élève bien vivant, avec son histoire, son désir de lire, ses balbutiements mais aussi sa créativité. Vygotski encore. Quand le maître accompagne l’élève dans la découverte de nouveaux savoirs. Apprendre à lire selon Jacques Fijalkow n’est pas un acte solitaire. Il prend racine dans le plaisir de lire mais se continue avec les autres, le groupe que constituent la classe et le maître d’école. Apprendre à lire, nous dit-il, est un acte de partage, certes cognitif mais avant tout social. Dans ce même article, l’auteur illustre son propos par une analyse de la dyslexie qui selon lui ne relève ni d’une maladie, ni d’un trouble psychologique mais bien plus d’un dysfonctionnement social : quand l’enfant prend la lecture comme champ de bataille sur lequel il interroge le sens donné par les adultes (souvent sa famille) à la lecture. Il signale la dimension politique de toutes ces données et reste pessimiste : le courant socio constructiviste peine à résister au courant cognitif. Inquiétant donc, selon lui.

Hélène Romian dans Culture communes en Français. A quelles conditions ? interroge  le rôle du langage écrit et oral à l’école et définit ainsi une culture langagière à deux versants et insiste sur la formation nécessaire des maîtres pour cette culture soit partageable, ne reste pas lettre morte dans « l’enfer des inégalités ». Quant à Elisabeth Bautier, elle démonte dans  Ambitions et paradoxes des pratiques langagières scolaires le paradoxe suivant : une démagogie de l’oral pourrait, si on n’y prend pas garde masquer une approche structurée des problématiques cognitives car l’oral reste souvent superficiel et surtout certains sont démunies devant cette capacité. Certes, dit-elle, il ne faut pas transformer les élèves en « écoutants », certes, il faut leur apprendre à s’exprimer mais il ne faut pas réduire schématiquement l’enseignement des connaissances à un oral qui peut être démagogique.

 

Cet ouvrage est très constructif. Il sait dire non avec vigueur  mais il sait construire ses oui impératifs. A lire, en cette semaine de rentrée, crayon en main, d’autant plus qu’il est énoncé clairement et…facile à lire. L’intelligence se lit toujours facilement parce qu’elle donne à espérer. Espère l’école c’est espérer le meilleur.

Je rentre en classe, tu rentres en classe, il ou elle rentre en classe, nous rentrons en classe, vous rentrez en classe, ils ou elles rentrent en classe… En culottes courtes !

A tous les Inventeurs, je souhaite une heureuse rentrée  et n’oubliez pas de relire Le cancre de l’ami Prévert MJA 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Les inventeurs cherchent et trouvent
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