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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 18:43

 

  Pensée et langage

Lev Vygotski

Traduction de Françoise Sève

Suivi de

Commentaire sur les remarques de Vygotski

Par Jean Piaget

Editons la Dispute 1997

537 pages

 

Présentation

Lucien Sève

 

Rappel de Lucien Sève :

« Pensée et langage » est paru en 1934 à Moscou. Cet ouvrage est resté inaccessible aux Français un demi-siècle. L’œuvre de Vygotski est une œuvre de l’ombre, en Russie, comme en France, une œuvre de résistance au totalitarisme stalinien, une œuvre féconde et fécondante pour les chercheurs, une œuvre nourrie d’économie avec Marx mais aussi de psychologie, de pédagogie, d’esthétique, de philosophie. Une œuvre du savoir.

Depuis 1995, dans l’avant-propos de ce livre, Yves Clot nous l’a montré, Vygotski, traduit dans plusieurs langues est maintenant mieux connu. Mais il reste à faire, il reste à l’inscrire dans dictionnaires et encyclopédies, il reste à mieux le faire connaître au public français, intellectuel ou non, au grand public. Il reste à puiser dans l’introduction capitale d’A.N Léontiev en russe des Œuvres de Vygotski et aussi dans le recueil en Espagnol Vygotski – Mémoriay vigencia, composé et édité en 1984 par Guillermo Blank,  psychiatre argentin qui a recueilli de nombreux éléments auprès d’une de ses filles, auteur d’une biographie sur son père (1992)

 

Et donc,

 

Il était une fois un nourrisson, Lev né le 5 novembre 1896 (ancien calendrier russe), le 17 novembre (calendrier actuel). Moi, ça me fait toujours rêver les différents calendriers, les différents solfèges des hommes ; je trouve qu’il réside dans la manière d’épeler le temps quelque chose de très fort, au cœur des cultures à respecter ; ça m’émeut toujours, comme un battement de coeur.  Bon, je continue…

Lev naquit dans la petite ville d’Orcha en Biélorussie. Sa famille était juive et l’année suivant sa naissance, elle s’installa à Gomel, ville la plus importante de la Biélorussie. Le père de Lev travaillait dans une banque, sa mère éduquait les huit enfants ; Lev était le second des huit.

Dans la Russie tsariste, les juifs subissaient de nombreuses discriminations : restrictions de droit de déplacement, d’accès aux études, interdits d’être professeur mais il régnait à Gomel une riche vie intellectuelle. De par sa mère, il apprit l’Allemand, il découvrit Heine. Il n’alla pas à l’école et fit ses études primaires auprès d’un précepteur, selon la méthode socratique. Puis, ce fut l’entrée dans un lycée réservé aux enfants juifs. Il fut un élève brillant dans toutes les matières : math, latin, grec, hébreu, français, anglais. Un vrai feu d’artifice d’intelligence mais sa passion principale fut le théâtre ; il se fit metteur en scène, récitait des vers. Il n’était que création.

En 1913, ce fut la fin de ses études secondaires. Juif, ne pouvant être professeur, il s’inscrivit en médecine pour plaire à son père, puis en droit, puis s’inscrit à Chaniavski, créée en 1911, où se retrouvent les meilleurs étudiants exclus de l’Université pour activité anti tsariste. Là, il étudie, philosophie, littérature, psychologie.

 

En 1915 ; il a dix huit ans quand il écrit essai sur Hamlet

En 1917 : il est gradué de droit puis rentre à Gomel où hélas, il n’a pas le droit d’exercer.

 

Il enseigne alors à l’école du travail, langue et littérature russe, pour les ouvriers, donne des cours de psychologie et de logique à l’Institut pédagogique, d’esthétique et d’histoire de l’art au Conservatoire, il dirige une rubrique théâtrale dans un journal. Il est au centre de la vie intellectuelle d’avant-garde. Il lit Spinoza, Hegel, Marx et Engels, Freud, Pavlov et Potebnia, grand linguiste de Kharkov.

 

En 1919, il contracte la tuberculose mais il redouble d’activité. En 1924, il se marie et il aura deux filles issues de ce mariage. Lui, mourra jeune mais sa femme vivra jusqu’en 1979.

 

1924, année de son mariage, se tient aussi à Léningrad le deuxième congrès panrusse de psycho-neurologie. Kornilov a marqué par ses travaux l’orientation marxiste en psychologie ; Vigotski quant à lui présente son rapport : « Méthode de recherche réflexologique et psychologique ». Son travail produit chez Kornilov une vive impression. Kornilov est le nouveau directeur de l’Institut de psychologie de l’université de Moscou. Vygotski est alors âgé de 28 ans.

1925 : création du laboratoire de psychologie pour l’enfance anormale ; lutte contre l’analphabétisme et la défectologie. Les termes de l’époque sont très choquant, pour nous contemporains, et m’ont choquée, mais néanmoins les travaux sont précurseurs, m’a confié un ami très engagé dans le travail du handicap. Il faut replacer le langage dans l’époque et la culture ; C’était d’ailleurs une idée clé de l’œuvre de Vygotski.  La réputation de son travail acharné s’étend en Union soviétique et malgré une grave rechute de sa tuberculose, il avance dans ses travaux et sa théorie historico-culturelle voit le jour mais en 1934, il doit être hospitalisé. Il meurt dans la nuit du 10 au 11 juin 1934 à l’âge de 37 ans. Il laisse une œuvre en devenir de 184 titres dont les derniers s’intitulent Psychologie de l’art, la signification historique de la crise en psychologie, Histoire du développement des fonctions psychiques supérieures, Théorie des émotions et d’autres titres concernant la psychologie de l’enfant et l’adulte. Il laisse une « œuvre vaste et inachevée » nous dit Lucien Sève.

Cette œuvre est éclairée par la dialectique matérialiste. Le point de départ de toute psychologie serait la psychologie du travail et si Freud porte magistralement « une psychologie des profondeurs, » Vygotski nous a donnés à cerner « une psychologie des hauteurs »écrit Lucien Sève, avec la notion de conscience portée à son plus haut point généré par la culture. Politzer s’inspirera et reprendra les travaux de Vygotski.

Mais advint l’obscurantisme du stalinisme où on reprocha à Vygotski tout et son contraire ; on discrédita le travail de sa vie de chercheur, il fut alors relégué dans l’ombre, dénié dans son talent de grand intellectuel, psychologue et pédagogue jusqu’au temps de la déstalinisation avec la politique de Khrouchtchev. Une tragédie, de l’ignorance et du pouvoir, qui toujours se répète. Mais la lumière sur ses travaux qui commentaient les plus grands Piaget, Stern, Köhler toujours dans l’invention de nouveaux concepts du développement scientifique de l’enfance, inadaptée ou non. Ses objets de recherche c’était l’enfance, la pensée, le langage. Lucien Sève est à l’aise, comme un poisson dans l’eau, il nous conte l’intelligence et la vie de cet homme. C’est vraiment beau à lire : une vie de chercheur malgré la maladie et l’obscurantisme. Une vie d’amour, une vie passionnée par des travaux dont je ne peux encore vous parler, je ne pas assez travaillé, mais ça viendra, je vous le promets.

 

Ce que j’ai retenu, c’est la place de la culture dans le développement de l’intelligence de l’homme et c’est la place de l'intelligence de l’homme dans le développement de la culture, ce que j’ai retenu c’est l’importance du langage générateur de culture et d’humanité, ce que j’ai retenu c’est l’intelligence potentielle de l’enfant, intelligence toujours en mouvement, mouvement que nous devons saisir pour aider l’enfant à devenir une personne inscrite dans du social et de la culture.

 

J’ai été très émue par ce chapitre de Lucien Sève qui raconte la vie d’un intellectuel juif, russe, résistant par son savoir et son travail intellectuel  à l’obscurantisme du totalitarisme, grâce à sa quête inassouvie du désir de comprendre les mystères de l’intelligence humaine. Une vie inachevée, une œuvre inachevée mais sauvée par la transmission d’un savoir exigeant et pionnier par d’autres chercheurs. Chercher c’est trouver mais c’est aussi transmettre. Le savoir de Vygotski, celui qu’il a trouvé, qu’il a transmis révèle « les hauteurs dialectiques de la conscience ». Oui, me voilà à l’aube de lire 500 pages, me voilà au seuil d’une immense découverte intellectuelle pour moi. Oui, je suis heureuse, étonnamment heureuse et puisque nous dit Vygotski, le sens est une appropriation de la signification par les émotions de la vie, alors oui, je ferai une lecture vivante et lumineuse, puis, je l’inventerai et vous la raconterai,  je vous le promets… MJA

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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