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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 10:45


Mon livre ouvert, celui de Charles Gardou « Le handicap par ceux qui le vivent », je lis avec un immense intérêt le chapitre écrit par Maudy Piot intitulé « Les yeux ont inventé la nuit ». Je vous parlerai très prochainement de Maudy, de sa vie, véritable fête pour l’intelligence et le cœur. Je vous parlerai de ce chapitre dans sa totalité. Mais aujourd’hui, c’est le partiel que j’aborderai, ce partiel qui parle de Lacan, qui parle de l’amour, qui parle de Maudy parlant d’amour avec les mots de Lacan.


Elle cite à plusieurs reprises et sagement je résume, avec tendresse, je caresse la pensée de Lacan, vous invitant bien sûr à vous référer au Texte :


- Jacques Lacan, Séminaire XX. Encore, Paris, Le Seuil 1975.P.101

- Jacques Lacan, Séminaire, Livre VIII. Le transfert, Paris, Le Seuil 1991 P.415



Merci à Maudy, pour ses notes si précises en bas de page qui jalonnent sa pensée de femme au travail.


Lacan nous demande de refuser ce qu’il offre parce que dit-il, ce n’est pas ça. Refuser, parce que ça tombe à côté du désir.


Pour Lacan aimer c’est donner ce qu’on n'a pas à celui qui n’en veut pas.


Je caresse le texte mais à rebrousse poil.


L’amour ne se laisse pas définir. objet glissant, objet fluctuant, objet métonymique et si souvent métaphorique. Objet passion, objet tendresse, objet mortifère, objet dominateur, objet narcissique, objet de bonheur, objet de jouissance,  objet de malentendu, objet de chagrin, objet de don, objet de manque, objet d’affection, objet de haine, objet du corps, objet de l’âme , objet de mots, objet de cadeaux, objet de bagues,  objet de fleurs, objet de mariage, objet de divorce, objet de séparation, objet de fusion, objet de commencement, objet de naissance, objet de promesse, objet de poésie, objet de chansonnettes, objet de guerre, objet du clair de lune et de clair de terre, objet à taire, à cacher, objet qui sombre, objet qui ressuscite, objet perdu, objet retrouvé, objet de l’enfance, objet de tourment, objet de silence, objet de deuil, j’en passe et des meilleurs. A chacun sa liste, à chacun sa piste, à chacun son cataclysme.


L’amour est tremblement de terre depuis toujours.


Dans ce chapitre, Lacan, ou Maudy citent l’exemple de l’évêque de Tours.

Saint-Martin, en 338, sur son cheval croise un miséreux,  dans sa bonté coupe son manteau en deux et le donne au pauvre. Je me souviens, ma maîtresse d’école me l’avait raconté en leçon d’instruction civique (j’adorais ces leçons !) et j’en garde encore l’affect d’admiration pour la générosité de Saint-Martin. Mais j’ai grandi et voilà que Lacan me dit que Saint-Martin est peut-être un âne ; peut-être qu’après tout le pauvre ère avait le désir d’une soupe chaude et que le demi-manteau ne lui sert de rien ne le comble pas.


Moi, je dis que la question de l’amour n’est pas là. L’amour n’est pas là pour satisfaire le manque de l’autre. (en l’occurrence une soupe chaude)  Pour moi,l’amour c’est donner le meilleur de soi-même avant même qu’on vous le demande. C’est ce que fait Saint Martin, il donne son manteau, qui est à ses yeux, le meilleur de lui-même et il le donne avant même que le pauvre mendiant le lui demande. Il lui donne par ce que ce manteau constitue sa valeur de vie profonde de chaleur, de partage, d’humanité. Il lui donne parce que ce manteau c’est un peu lui-même. Pour moi, c’est ça l’amour, c’est donner le meilleur de soi à l’autre. Libre à l’autre, de le refuser, libre au vagabond de ne pas se couvrir de mon manteau. Je ne donne pas pour être acceptée, reconnue. Je donne, comme ça, gratuitement, pour soutenir mes valeurs, pour que le monde soit presque meilleur grâce à mon manteau chaud. Ce n’est pas une histoire d’épingler le manque de l’autre, c’est une histoire de faire lien avec l’autre avec ma pauvre fortune : mon manteau. L’amour, c’est une histoire de lien, ce n’est pas une histoire de manque. Je crois que c’est ça qu’il n’a pas compris Lacan. Il raconte les hommes en termes de manque. Mais là où il y a le creux du manque, il y a le presque plein du don de l’autre. Et moi, je préfère partir du verre à moitié plein, que du verre à moitié vide ! Bien sûr que le verre ne sera jamais plein, bien sûr que le vagabond aura toujours froid ou faim, si je ne donne la moitié de mon manteau ce n’est pas pour affirmer ma toute puissance de combler l’autre c’est juste pour lui dire : tu vois, je croise ton chemin, pour moi le meilleur c’est ça, mon manteau et je t’en fais un peu cadeau. Non, je ne te donne pas mon manteau en entier, je t’en donne une partie seulement, avant de continuer ma route. Aimer, c’est ne pas se démunir de tout, ce n’est pas se mutiler, se vider, se découvrir, se mettre à nu. Aimer, c’est prendre soin de soi, prendre garde à ne pas avoir froid, pour pouvoir continuer sa route et donner encore…


Donc, j’aime bien Saint-Martin.


Toutefois, je reconnais que dans l’histoire que me racontait ma maîtresse, il manque quelque chose d’important, de très important même : c’est la parole du mendiant. Je pense que le don de soi n’a de sens que s’il s’inscrit dans du dialogue, que dans la reconnaissance de l’autre comme être parlant. On ne transmet pas à des morts muets au monde mais à des vivants qui causent.

Ainsi, Maudy, dans son chapitre donne l’exemple de l’aveugle qu’on fait traverser d’office, sans lui demander son avis même si tout simplement il attendait quelqu’un au bord du trottoir. Ce n’est pas de l’amour, c’est de la bêtise proche de la cruauté, celle qui ne prend pas en compte le désir de l’autre. Je suis d’accord.


Et ceci me fait penser, que peut-être en effet, avant de couper son manteau,

Saint-Martin aurait du demander au mendiant, s’il avait froid ou faim. Là d’accord !


Cela me fait donc penser que nous pauvres humains sommes des êtres mortels, inachevés, pétris de mots et d’amour sans savoir ce qui est premier de l’amour ou des mots. C’est l’histoire de la poule et de l’œuf, c’est l’histoire des différentes écoles de psychanalyse. Qu’importe, l’essentiel c’est d’être toujours dans le mouvement, la vie de sa vérité et de l’acceptation de sa remise en question par l’autre.


Ainsi, moi, je trouve ma vérité d’amour et de transmission de mes valeurs dans Saint-Martin, (ce qui ne signifie pas que je suis une sainte, loin de là !) mais j’accepte aussi de me laisser interpeller par Lacan qui me rappelle fort à propos que plus d’un âne s’appelle Martin !


En conclusion, je dirai que selon moi, une de mes formes d’amour, c’est donner le meilleur de moi-même en vous transmettant mes livres qui trament la toile de mon chaud manteau de vie. Je ne sais si vous en avez besoin de ce manteau, mais je vous le donne quand même, à tout hasard !


Et si finalement, l’amour était pur hasard ? MJC


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Published by Marie-José Colet - dans Adelphité
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