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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 17:59


Mauvais lecteurs Pourquoi ? Jacques Fijalkow

PUF. Pédagogie d'Aujourd'hui

1ère édition :  1986

3ème édition mise à jour 1996. mai


Je referme ce livre,  véritable fête pour l’intelligence, avec un sentiment d’émotion profonde.

Je me penche depuis tant et tant d’années sur cette souffrance des personnes en situation d’illettrisme, je m’interroge si fort devant ces lecteurs vacants de leur poste de lecture qu’ils ne peuvent occuper pour moult raisons. Et voilà que par la magie retrouvée de ce livre difficile certes, mais riche de tout un savoir qui se révèle dans ses pages, je marche heureuse auprès de tous ceux là, chercheurs, inventeurs de Pourquoi à ce terrible mal que d’être mauvais lecteurs, je préfère écrire « lecteurs vacants », c’est plus respectueux, me semble-t-il. Mais bon, on peut en discuter à l’occasion d’une rencontre.

Mauvais lecteurs. Pourquoi ? C’est d’abord une bibliographie de 35 pages soit plus de 800 livres consultés, lus, archivés, soulignés, annotés, transmis enfin. Ce livre représente avant tout une soif de recherche. C’est la saga d’un chercheur dans le fil de ses années de travail dont Jacques Fijalkow nous fait un splendide don. J’ai recueilli ce don avec admiration et avec timidité moi, la si peu savante, je vais tenter de vous en parler.

Ce qui me paraît essentiel dans ce travail, c’est le questionnement permanent de Jacques Fijalkow. Il n’en finit pas d’interroger les hypothèses de tous, de vérifier et surtout d’aller si souvent à contre courant des idées toutes faîtes, des idées reçues comme ça au feeling, des opinions qui viennent là comme de mauvaises herbes. Oui, c’est cela ; j’emploierai cette métaphore : il arrache les mauvaises herbes du savoir mal « cultivé », mal énoncé. Il est au travail passionné de la pensée, son sécateur étant un désir de méthodologie d’une rare exigence. Je dirai même qu’il y a quelque chose d’enfantin, de ludique dans cette approche là systématique de la logique : « et pourquoi ? » « et comment ? » et « Parce que » 

Ce qui est très intéressant c’est la non-exclusivité des pourquoi. L’approche de ces phénomènes si mutilants que sont soit la dyslexie, soit l’illettrisme, soit l’échec scolaire emprunte des canaux différents de recherches même si maintenant certains sont abandonnés ou presque abandonnés. A chaque chapitre son approche, ses expériences, ses interrogations, ses vérifications, ses invalidations. A chaque chapitre des espaces de synthèse et de discussion, à chaque chapitre ses cairns pour cette difficile mais passionnante randonnée intitulée : Mauvais lecteurs pourquoi ?

 

Chapitre 1 : La conception organiciste

Dans ce chapitre sont interrogées les rôles de  l’atteinte cérébrale faîtes à partir d’autopsies et d’études d’antécédents familiaux, l’hérédité (famille, jumeaux, sexe), un retard de maturation du système nerveux et d’autres encore. Dans ce chapitre apparaissent les termes  de dyslexie de développement et de dyslexie d’évolution. De nombreux travaux de chercheurs sont cités. J’ai retenu plus particulièrement les travaux de Cretchley qui favorise le dépistage précoce car après, pense-t-il c’est trop tard quand à Debray-Ritzen il se montre très réservé sur toutes éventuelles actions de l’ordre de la psychothérapie ou de la pédagogie.

Cela me semble-t-il pose une dimension politique car aucun crédit ne sera attribué pour ces recherches. Ceci est une élaboration de ma part et n’engage pas Jacques Fijalkow à ce point du chapitre mais par ailleurs il a souvent affirmé combien la lecture était un espace politique, donc je ne pense pas le trahir.


Chapitre 2. Conception instrumentale et cognitiviste

Cette conception s’est faîte sous l’impulsion de psychologues scolaires. (1945) Recherches simultanées et contemporaines : d’Henri Wallon, René Zazzo, Simon (1979), Ajuriaguerra

La conception instrumentale et cognitiviste est définie chez Vernon (1977) : théorie causale tridimensionnelle

- Socioculturelle

- Troubles affectifs

- Actes lexiques (perception, mémoire, langage, pensée).

Jacques Fijalkow décrit et interroge minutieusement l’ensemble de ces recherches et j’invite le lecteur à s’y rendre ne voulant pas faire un mauvais résumé mon souhait étant d’impulser la lecture mais non de l’économiser !!!


Dans l’espace Discussion Jacques Fijalkow interroge la validité de ces recherches en questionnant la simultanéité des facteurs considérés par la recherche et il n’est pas toujours simple de distinguer ce qui en jeu dans les résultats considérés.


Chapitre 3. Les troubles affectifs de la personnalité

Dans ce chapitre est une fois encore décrits moult travaux et leur interpellation méthodologique. Parfois les conclusions reposent sur l’analyse d’un seul cas. Par ailleurs il y a peu de travaux dans cet espace là. Mais Jacques Fijalkow cite ceux de Maud Mannoni, Diatkine, Bettelheim, Chiland, Cordié, Borel-Maisonny et d’autres encore. Je suis sortie de ce chapitre avec une grande fringale de lectures. J’en déduis donc qu’outre qu’être chercheur, Jacques Fijalkow est bon pédagogue.


Alors là il défriche ! En effet, c’est très intéressant l’auteur met à mal l’idée répandue que plus on est pauvre moins on est encouragé à l’école par sa famille. En, effet il ressort de certaines études que les pères de milieu modeste encouragent leurs enfants à  apprendre. Quant à moi, sans travaux érudits, j’ai vérifié cette thèse ayant été élevée dans la ceinture rouge de Paris et fréquentant les milieux modestes dont moi-même j’étais issue. Il y avait un grand respect pour l’école. J’ai aimé ce chapitre qui m’a évoqué mon enfance et mes copines d’école.


Chapitre V. La mise en question de l’école

Les précédents chapitres étaient axés sur des processus extérieurs à l’enfant et comme le remarque Jacques Fijalkow dans ces précédents chapitres, il n’y a qu’un seul chapitre pour relater des travaux concernant directement les enfants : l’école et le maître.

Là encore il défriche : bien qu’accordant une large place aux nouvelles pédagogies il écrit qu’il n’y a pas de travaux précis qui mettent en évidence qu’il existe une supériorité du traditionnel sur le novateur. Bon, il faut lire ce chapitre de très près car il est très intéressant par ses conclusions ouvertes et tolérantes.


D’ailleurs, ce livre murmure sans cesse la tolérance. La tolérance de l’intelligence au travail de tous et qui cherche, qui cherche, qui cherche.

Qui cherche et qui écoute les enfants. Avant d’inscrire les enfants dans une pathologie qui peut être destructrice pour eux il faut poser les pourquoi : les pourquoi venus de la médecine, venus de la psychologie, venus de la psychanalyse, venus de la sociologie, venus de la pédagogie, des pourquoi qui écrivent une causalité riche qui permettent de démêler ensemble, dans la tolérance instaurée par l’intelligence et le savoir, l’écheveau de ce qui fait différence douloureuse pour ces êtres vacants de leur poste de lecture pour tant et tant de raisons.


J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a beaucoup appris. Pardon à Jacques  Fijalkow de l’avoir résumé si brièvement et sans doute maladroitement mais comme je l’ai dit plus haut mon but n’est pas d’en transmettre l’immense savoir mais de le faire connaître et de donner le désir de lire.


Et donc bonne lecture ! MJC


 



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