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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 17:16

Marcel Proust

A la recherche du temps perdu

Le temps retrouvé

Bibliothèque de la Pléiade

Nrf Gallimard 1954

P.884

A propos du livre de George Sand  « François le Champi »

« C’était une impression bien ancienne, où mes souvenirs d’enfance et de famille étaient tendrement mêlés et que je n’avais pas reconnus tout de suite. Je m’étais au premier instant demandé avec colère quel était l’étranger qui venait me faire mal. Cet étranger, c’était moi-même, c’était l’enfant que j’étais alors que le livre venait de susciter en moi, car de moi, ne connaissant que cet enfant, c’est cet enfant que le livre avait appelé tout de suite, ne voulant être regardé que par ses yeux, aimé que par son cœur, et ne parler qu’à lui. Aussi, ce livre que ma mère m’avait lu haut à Combray presque jusqu’au matin, avait-il gardé pour moi, le charme de cette nuit là. Certes, la plume de Georges Sand, pour prendre une expression de Brichot qui aimait tant dire qu’un livre était écrit « d’une plume alerte », ne me semblait pas du tout, comme elle avait cru si longtemps à ma mère avant qu’elle modelât lentement ses goûts littéraires sur les miens, une plume magique. Mais c’était une plume que sans le vouloir j’avais électrisée comme s’amusent souvent à faire les collégiens, et voici que mille riens de Combray, et que je n’apercevais plus depuis longtemps, sautaient légèrement d’eux-mêmes et venaient à la queue leu leu se suspendre au bec aimanté, en une chaîne interminable et tremblante de souvenirs »

 

A propos du livre de Béatrix Beck : Contes à l’enfant né coiffé. Nrf Gallimard, la bibliothèque blanche  1953, si près de l’année de parution de La  Recherche, chez le même éditeur (1954)

 

Béatrix, Béatrice, mon amie logée au creux de ta mort, dans le temps d’une cruelle leucémie. Béatrix, Béatrice, mon souvenir va vers vous deux.

 

L’enfant, celle qui a oublié de grandir avait une meilleure amie, qui dans le ciel s’est envolée, une nuit d’été, le 17 août 2002

 

L’enfant, celle qui a oublié de grandir avait une soeur, qui dans le ciel s’est envolée, une nuit d’été, le 22 juin 2002

 

 

L’enfant, celle qui a oublié de grandir avait une mère, qui dans le ciel s’est envolée, une nuit d’automne, le 15 septembre 1997

 

L’enfant, celle qui a oublié de grandir avait un père, qui dans le ciel s’est envolé, un jour d’été, le 13 juin 1959

 

L’enfant, celle qui a oublié de grandir, avait un autre père, dont elle n’a jamais connu ni le visage, ni la date de naissance et encore moins celle de sa mort.

 

Mais, l’enfant, celle qui a oublié de grandir, est une enfant née coiffée, parce qu’elle a eu la chance d’avoir un père, qui un jour d’amour, lui offrit ces contes

 

L’enfant, celle qui a oublié de grandir, partout, en tous déménagements, a recouvert ce livre, l’a emportée avec elle. Il sent la poussière, ses pages délabrées disent le temps d’une lecture mille fois renouvelées, disent le visage du père si chaud, sa tendresse dans son éternel silence d’émigré russe, dans ses larmes d’exilé, l’enfance si étrange, si singulière de la femme de livres qu’elle est devenue.

 

Dans la déchirure du passé apparaît un souvenir : le livre offert, l’impatience de l’enfant à le lire, un couteau pointu qui maladroitement déchire les feuillets.

 

 Le père sévère qui apparaît : « qui a fait ça ? »,

 

L’ enfant tremblante : « moi »

 

Le père souriant :  « c’est bien, mon enfant, tu n’as pas menti ».

 

Un conte à l’enfant né coiffé qui s’appelle Cristalline. Petite fille de verre qui se brise et meurt d’un mensonge mais qui à chaque anniversaire,  recollée par sa maman, peut courir comme toute les petits filles du monde.

 

L’enfant, celle qui a oublié de grandir, va fêter son anniversaire, le 10 août prochain. Qui va la recoller ?  Elle le sait, elle a souvent menti, comme tous les enfants. Pourra-telle lire ou courir, un jour durant ? Elle ne le sait. Mais peut-être, si de son éternité sa maman la recolle, alors elle tournera les pages du  livre du père.  « Contes à l’enfant né coiffé », puis sagement, elle reprendra sa place de petite fille endormie, jusqu’à l’année suivante. MJC

 

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