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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 15:24

 Marcel Proust

A la recherche du temps perdu

Edition établie par Pierre Clarac et André Ferré

Avec la collaboration d’Yves Sandre

Bibliothèque de la Pléiade

Nrf Gallimard 1914/1954

 

Paul Ricoeur

Soi-même comme un autre

Editions du seuil 1997

Points Seuil 330

 

Cinquième étude :

L’Identité personnelle et l’identité narrative.

 

Je n’ai jamais écrit sur  Marcel Proust.

 

Je vais tenter de le faire à la lumière de ma lecture récente d’un essai de Ricœur. « Identité personnelle et identité narrative »

 

Je demande par avance pardon aux littéraires et aux philosophes. Je ne suis ni l’une ni l’autre mais l’éthique de mon blog est de tenter le difficile pari de  l’emprunt de plusieurs chemins de savoir dans un décloisonnement risqué mais passionné.

 

Ce que Ricœur m’a appris dans cet essai c’est que mon identité à la fois définie comme mêmeté (l’identité devient alors unicité dans une chaine plurielle : on me reconnaît comme unique , n fois, tant dans une dimension quantitative que dans une dimension qualitative. Toutefois un doute peut s’instaurer avec le temps qui va faire vaciller au yeux de l’autre ma consistance, ma similitude (témoignage en justice). Ce que j’ai appris aussi c’est que pour que ma mêmeté existe il faut qu’elle soit reconnue par un autre.

 

J’associe librement : pour qu’un enfant se sente exister comme « même » il doit être reconnu par ce premier autre qu’est la mère. Ainsi dès notre enfance nous avons besoin d’interaction  pour exister. J’associe sur le stade du miroir, sur Lacan, sur Wallon.

 

Ce que j’ai appris aussi,  c’est que nous ne pouvons nous vivre « même » qu’inscrit dans la permanence du temps.

 

Ce que j’ai appris encore, c’est la notion d’ « ipséité » distincte de la notion de « mêmeté », la notion de « mienneté » distincte de la notion « d’idem ». L’ipséité creuse la permanence du temps et nous inscrit cette fois-ci non pas dans la « mêmeté » mais dans ce qui nous fait « différent » de chacun. D’un vécu « d’idem » à  nous-mêmes, nous passons d’un vécu « de « différent » des autres. Ce sont là deux processus irréductibles nous dit Ricœur.. De nombreuses théories philosophiques articulent autour de ces notions  « mémoire », « pensées », « illusions ». Pour certains  Idem et Ipséité se superposent, pour d’autres ils sont distincts, notamment pour Ricœur qui fait reposer la distinction entre les deux, la dialectique entre les deux,  sur la médiation du récit. Nous, humains, nous sommes des êtres d’historicité, nous nous déployons dans une histoire, la nôtre, qui nous différencie de celle des autres, au cœur de notre idem et de notre ipséité. Nous sommes pris entre la permanence du temps et son éternité. Dans cette dialectique temporelle surgit le récit qui va donc générer notre identité narrative. L’identité narrative va médier notre identité personnelle (idem et ipséité)

 

Cet essai a été difficile à lire pour moi ; j’ai peur de trahir la pensée de Ricœur et je vous invite à vous reporter à cet essai, d’en inventer votre lecture.

 

Ce que je veux dire, c’est que durant la mienne, de lecture, j’ai pensé sans cesse à Marcel Proust qui par le récit qu’il nous fait de sa Recherche, illustre splendidement  les propos de Ricœur. Marcel Proust, dans sa  Recherche du temps perdu noue deux dimensions du temps :

 

-         Le premier temps, celui de l’idem et de sa permanence de Narrateur, homme mondain, amoureux de Gilberte et d’Albertine, esthète, juif , homme de son siècle vivant l’affaire, Dreyfus, homme de lecture,  et de nature. Ce premier temps de l’idem, dans lequel, nous lecteurs, nous le reconnaissons de chapitre en chapitre, comme résistant à l’écriture, à sa mise au travail de sa Recherche.

 

-         Le second temps, celui de l’ipséité de Marcel Proust, ipséité de l’écrivain Marcel Proust,  cette ipséité qui s’est décidée pour lui dans cette douloureuse attente du baiser du soir de sa mère, dans la saveur de la Madeleine de tante de Léonie, dans les noms de Combray, dans la sonnette du portail s’ouvrant sur Swann, ipséité qui s’est décidée aussi au moment de la mort de sa grand-mère et sur les pavés inégaux de Venise.. Là, dans ces espaces là, dans ce Temps là est né l’écrivain Marcel Proust, à la Recherche du temps de son ipséité, qui le fait si différent de tous, si prodigieusement génial, homme de paperoles et d’une seule cathédrale : son œuvre, belle à pleurer, qui l’ inscrit définitivement dans son temps mais qui du même mouvement de son génie inscrit l’humanité dans le Temps parce que c’est de cela dont il s’agit : se retrouver Soi-même c’est se retrouver comme un autre, se retrouver soi-même, c’est retrouver l’autre voir même les autres, voir même l’humanité et donc j’invente le titre de Ricœur :

 

« Soi-même comme l’humanité » et ce par la médiation des récits et de nos  livres. Bientôt Bruner. « Pourquoi nous racontons-nous des histoires ? »

 

C’est le récit de La Recherche du temps perdu qui médiatise le Narrateur (l’idem) et l’écrivain (sa mienneté) et les enjeux de ce récit, de cette recherche sont certes la mémoire trébuchante et les illusions narcissiques mais l’enjeu principal est surtout celui de se dégager vainement de  ce temps douloureux, celui qui colle à la peau de l’idem du  Narrateur  mondain mais aussi celui qui imprègne la mienneneté, l’ipséité de l’écrivain Marcel Proust.

 

Ce que je veux dire, utilisant un raccourci honteux, c’est que,  introduire le récit aux enfants dès le plus jeune âge c’est les familiariser avec les deux dimensions du temps de leur vie, celui qui les fait acteurs et auteurs de leur destin, le temps de leur idem et le temps de leur ipséité.  C’est une histoire difficile à vivre. Je pense que pour vivre une telle aventure, l’aventure de leur vie,  ils ont besoin de leur maman et du baiser du soir.

 

-         Maman, embrasse moi,

-         Maman, raconte moi une histoire.

-         Maman, j’ai peur du noir.

 

Maman, j’ai peur du temps... MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Marcel Proust
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