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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 16:07

Marc-Alain Ouaknin

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Edition Lieu commun 1989


Première ouverture : Les mots voyageurs


Le  Limoud :

Le devenir-texte,

Le devenir-Homme


Limoud

Interprétation du texte

Construction de soi


Limoud

Lettre de l’alphabet hébraïque

Elle dépasse singulièrement

la ligne à laquelle elle s’accroche

Ainsi, s’écrit sa singularité

d’un signe au dessus de sa ligne


Limoud,

lettre singulière de l’hébreu

qui dit la transcription

qui dit l’exception

la possible interprétation

la possible construction


Limoud

Distance entre deux paroles

Entre l’entre-deux précieux

du texte et de moi, me caressant

aux prises avec tant de rationalités

créant l’incertitude de ma solitude


Limoud

Impossible lieu de repos

J’avance, créant ma vérité

La seule possible

Celle que j’invente

en marchant, en lisant


Limoud

Lieu  de l’a-vérité

Complexe, multiple

Ecrivant ma vérité plurielle

Jamais unifiée, unique et simple

Je suis une lettre suspendue


Mon sens est définitivement absent, je suis toujours en marche, dans le mouvement de l’interprétation du texte, lui aussi mouvement de mon être et de ma construction.


Limoud, lettre qui signifie l’impossible idolâtrie au texte ou à l’autre, l’impossible immobilité du verbe être


Limoud, lettre qui signifie la pensée plurielle qui sans cesse peut-être interpellée et recréée, écrite pour tous et par tous.


Limoud, lettre qui pose sa différence aux autres lettres, qui pose sa singularité, celle de dépasser la ligne du haut (les lettres en hébreu sont accrochées à la ligne du haut ). Elle symbolise donc de l’alphabet la lettre à reconnaître comme unique.


Je conjugue :


Je reconnais la lettre limoud

Tu reconnais la lettre limoud

Il ou elle reconnaît la lettre limoud

Nous reconnaissons la lettre limoud

Vous reconnaissez la lettre limoud

Ils ou elles reconnaissent la lettre limoud


Je reconnais l’entre-deux du texte et de moi

Tu reconnais l’entre-deux du texte et de moi

Il ou elle reconnaît l’entre-deux du texte et de moi

Nous reconnaissons l’entre-deux du texte et de moi

Vous reconnaissez l’entre-deux du texte et de moi

Ils ou elles reconnaissent l’entre-deux du texte et de moi


J’interprète le te texte et je me construis

Tu interprètes le texte et tu te construis

Il ou elle interprète le texte et se construit

Nous interprétons le texte et nous nous construisons

Vous interprétez le texte et vous vous construisez

Ils ou elles interprètent le texte et se construisent


Dans la tolérance du texte caressé, de la lettre hébraïque « limoud » frôlée, dans l’entre-deux de ma lecture de ce chapitre de Ouaknin, je loge tendrement, doucement, dans ma solitude de femme, près de vous, avec vous, je loge mon espoir de paix. Reconnaître la singularité d’une lettre, celle de l’autre, accepter sa différence, mais continuer de lire ensemble nos alphabets communs, c’est peut-être espérer en la colombe blessée par tous les alphabets totalitaires. Je ne sais pas. Ma lettre est un limoud obstiné.


“I have a  dream.” Martin Luther King, quelle belle lettre il a posé dans l’alphabet universel !


A tous bonne lecture, et tout limoud que vous êtes, n’hésitez pas à écrire et à reconnaître votre singularité dans l’entre-deux de vos lectures et à franchir la barre du possible humain  ! MJC


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Published by Marie-José Colet - dans Pour une lecture diasporique
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