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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 17:29

                «  Madame, je veux apprendre à lire ! »

                  Mise en place et éthique d’un atelier de lecture

                               Marie-José COLET

                  Editions  érès, 2008, Ramonville St Agne

« La lecture est thérapeutique. La thérapie de la lecture consiste en cet abandon premier de l’être aux mots bienfaisants de cet autre intime qu’est l’écriture ».

Encore faut-il  pouvoir accéder à la lecture et devenir un « éveilleur » de livre ( selon un terme de Marc Roger). Pour cela, avant tout, il s’agit de ne pas avoir peur et de se laisser apprivoiser par l’écrit. L’atelier de lecture permet de parcourir ce chemin qui va de l’illettrisme à la rencontre d’un texte et permet d’être un être humain debout. C’est  cette expérience et  son refus de la passivité que Marie-José COLET nous transmet ici, en même temps que sa passion militante pour la lecture.

 

Marie-José COLET a d’abord beaucoup lu pour elle-même. Ce livre, écrit à la première personne, est un témoignage de son investissement essentiel de la lecture dans sa vie personnelle avec un plaisir quasi sensuel des mots (« on ne peut pas parler de lecture sans parler de ventre »), d’un amour de la lecture et de l’écriture, mais aussi de la recherche d’un partage, d’une rencontre à travers les livres. Elle a ainsi créé une association « Le livre ouvert » et, de plus, sur la base d’une formation de psychologue clinicienne, Marie-José Colet est devenue formatrice, animatrice d’ateliers de lecture à l’ADIF.

 

L’ADIF, Association Départementale d’Insertion et de Formation, a été créée en 1997 sur les bases de l’association  Village 82, créée en 1985, s’adressant à un public «  en difficultés de bas niveaux de qualification » notamment par la mise en place de « l’atelier de lutte contre l’illettrisme ». C’est la même préoccupation éthique qui les réunit, celle de donner aux plus démunis le moyen de trouver leur place dans la société. Les ateliers de lecture sont un de ces moyens : ils jouent un rôle préventif face au risque d’isolement, permettent l’acquisition d’un savoir de base nécessaire à toute socialisation, favorisent l’expression libre dans un contexte convivial sécurisant. De là peut prendre racine et se formuler la demande : « Madame, je veux apprendre à lire ».

 

Ces ateliers sont des lieux de rencontre hebdomadaires pour 12 adultes au long de 4 mois pendant 3 heures dont la moitié est réservée à la lecture commune à voix haute et l’autre à une lecture pour soi-même à voix basse. Marie-José Colet insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une technique d’animation et qu’il ne faut pas confondre repères et techniques. « Cela s’invente à chaque fois, en fonction des livres et des sensibilités exprimées le jour de l’atelier ».

 L’atelier de lecture offre « un lieu et un temps de médiation pour des rencontres avec des personnes souvent en souffrance, en attente d’un mieux-être et trop souvent exclues », une façon de faire du lien et de restaurer une dignité malgré l’illettrisme. « C’est une fois retrouvée cette estime de soi et cette dignité que pourra advenir le temps de la citoyenneté, le temps du futur de projets citoyens à réaliser ».

L’atelier de lecture est un espace-temps dont l’éthique est que « l’attitude de formatrice ne varie pas selon le public ».

 

Dans son livre, Marie-José COLET partage avec nous de façon enthousiaste la richesse des lectures qui sont ses sources, ses plaisirs, les exemples qui étayent sa pratique. C’est sur ce support que peuvent se mener ses ateliers de lecture. Mais si lire permet de mieux se construire, il faut déjà être en état d’accueillir un texte. « Si on est dans la destruction, le chaos, on ne peut pas lire, encore moins apprendre à lire ». Et si « lire, c’est penser en l’absence des choses, c’est penser malgré et grâce à l’absence », lire dans un groupe permet aux personnes fragiles d’accepter la solitude face à un texte étranger.

Mais aussi le livre, comme un coussin nous dit-elle, amortit les rencontres. « Le livre est, comme l’objet transitionnel, aux confins du monde intérieur et du monde extérieur, aux confins du processus d’introjection (j’avale, je dévore le livre) et de projection (je projette mes affects, mes fantasmes). C’est par ce double jeu d’introjection et de projection que le livre est un viatique pour me construire et construire le monde (comme l’objet transitionnel). C’est cette activité symbolique qui fait identité ».

Quant aux enfants qui traversent leur scolarité primaire sans vraiment apprendre à lire, qu’en penser? Selon un de ses auteurs de référence,Jacques Fijalkow ,« l’échec scolaire n’est pas une histoire de manque à combler, pas plus que l’anorexie n’est une affaire d’aliments à donner ». Il en fait un problème de triangulation à restaurer entre école, enfant et famille.

 

Marie-José Colet se dit être « une femme consciencieuse jusqu’au désespoir d’échouer ».Mais avec autant de dynamisme dans ses entreprises et de désir de les transmettre, la réussite est au bout, comme dans cette fable du laboureur qui conseille à son fils de retourner son champ encore et encore car « un trésor est caché au fond » !

 

Huguette Jordana

 

 

                                                                                                           

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Published by Marie-José Colet - dans Empan
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