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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 16:02

Lire aux éclats

éloge de la caresse

Marc-Alain Ouaknin

Lieu commun (1999)

 

Les commentaires Lire aux éclats 1-6 sont dans la catégorie : Lecture disaporique. Après hésitation, j'ai choisi de situer le 7 dans "Elaborer le concept le lecteur vacant" sur lequel  ce commentaire m'aide à réfléchir

 

Lire aux éclats (7)

 

Je lisais Le livre d’Hélène Trocmé- Fabre « Réinventer le Métier d’Apprendre, plus précisément le chapitre intitulé Résonnance et questionnement. Je lisais dans la lenteur qui est la mienne, pressentant, du Ouaknin. Surprise, heureuse de mon savoir, je lisais dans la plénitude des mots de l’auteure, sa soudaine référence à Ouaknin ; à la fin de  ce chapitre une petite note de musique, une petite note de silence renvoie à la lecture de Lire aux éclats, page 210 et suivante. Vous connaissez maintenant, mon mode de lecture diasporique.

 

Et donc, me voilà ouvrant Lire aux éclats de Marc-Alain Ouaknin, éditions Lieu commun paru en 1989 plus précisément au chapitre intitulé par lui : Liberté et questionnement : l’existence (Page 211-221)

 

Dans ce chapitre il est question du temps, du questionnement, de l’existence. Ce n’est pas à lire dans une succession séparée de virgules comme m’y oblige l’écriture mais dans un noeud existentiel. Ce n’est pas le temps qui fait l’homme c’est l’homme qui fait le temps, et nous l’avons vu déjà, le temps n’est pas le même selon les cultures (voir Le langage vivant d’Hélène Trocmé-Fabre).

 

La faute primordiale selon le Talmud est de situer le passé dans le passé, dans le regret, dans un passé nostalgique :

 

En hébreu Chamor veut dire mettre en garde contre une attitude passéiste.qui éviterait le paradoxe de la fidélité à un passé générateur de futur.

 

En hébreu Youd-Hové signifie un présent poussé vers le futur, l’inaccompli ne cessant de s’inaccomplir.

 

En hébreu, la Qahala, est la réception de la tradition. Le temps est le corolaire de la créativité humaine.

 

J’associe librement : si lire est un temps, le temps des cerises, le temps de lire, le temps d’aimer, le temps de partager alors lire s’inscrit aussi dans le temps de créer. Le temps du lire est le temps de la créativité. Le lecteur vacant est celui qu’une violence blanche a expulsé de son temps de créativité.

 

La Qahala est une attitude face au sens, une attitude de créativité. Le lecteur vacant a perdu ce mouvement  créateur, cette posture du questionnement du sens.

 

Question fondamentale posée par Ouaknin et qui ne va pas sans me rappeler le dire d’un petit homme juif, nommé Freud : comment la répétition d’une action peut-elle créer du futur, faire advenir de l’avenir. Que signifie cette répétition existentielle qui crée à partir d’un présent de l’avenir ?

 

Dans le texte de la Tora, on peut lire, comment à un moment donné le peuple d’Israël pleure son opulence passée (Attitude passéiste non créatrice de futur). Alors Dieu dit à Moïse :

 

« Voici que, moi, Je vais faire pleuvoir des cieux du pain pour vous : le peuple sortira et en ramassera chaque jour ce qu’il faut pour le jour, afin que Je l’éprouve pour savoir s’il marchera selon Ma loi ou non ! »

 

« Un peu plus loin, aux versets 13, 14, 15 :

 

« Et le matin, il y eut une couche de rosée autour du camp. La couche de rosée s’éleva et voici qu’à la surface du désert, il y eut une mince croûte, mince comme le givre sur la terre. Les fils d’Israël, le virent et dirent l’un à l’autre : man-hou (qu’est-ce que c’est ?) car il ne savait pas ce que c’était."

 

Et plus loin encore verset 31

 

«  La maison d’Israël l’appela du nom de manne. C’était comme une galette de coriandre blanche et elle avait le goût d’une galette de miel. »

 

Ainsi, le présent fut traversé de la manne signifiant la question « qu’est-ce que c’est, ainsi la question portait eelle en son sein le futur d’une possible réponse.

 

En hébreu mahachava : hachav-ma signifie penser le quoi.

 

Et voilà on y est : Qand la question pense le quoi, le futur d’une réponse peut-advenir. Nous sommes dérangés de la quiétude du présent par notre interrogation.

 

Ce qu’il nous faut, près d’un lecteur vacant, c’est le déranger de sa quiétude douloureuse : je ne sais pas lire et l’accompagner dans un questionnement : qu’et-ce que ça veut dire ça ? Les mots. Les mots de mon désir, les mots de mon plaisir, les mots utiles. Apprendre à lire ce n’est pas questionner la page c’est permettre au lecteur de se questionner sur son acte de lire ou de ne pas lire. C’est lui permettre de s’interroger dans son temps existentiel et créatif. Par exemple, je suis souvent allée en librairie  ou en bibliothèque avec des lecteurs vacants et j’ai toujours alors considéré mon travail comme une mise en questions de leur identité avec l’indice : « qu’est que vous aimez dans la vie ? » et près on cherchait les livres... A chaque fois, ça marchait !!!. Ce qui marchait, c’est que je ne savais, ce que lui était, ce que lui aimait, mais je savais qu’il était, qu’il aimait. Je savais son potentiel de lecteur, je savais son questionnement potentiel,

Je savais son changement en devenir. Ainsi, nous n’étions pas dans une relation de violence blanche « tu ne sais pas lire », nous étions dans la douceur « tu existes et sans doute tu sais lire mais tu ne sais pas que tu sais. ». Ainsi de la répétition d’un texte existentiel « je ne sais pas lire », par notre sans doute interrogateur, nous autorisons l’avenir d’un « je saurai peut-être un jour lire ».

 

Un sans doute qui devient peut-être dans mon interrogation : « Non lecteur, faible lecteur, mauvais lecteur ou lecteur vacant ? »


Apprendre à lire à l’autre, c’est peut-être d’abord le déranger dans sa certitude « je ne sais pas lire. » et peut-être alors en créant du sens, créer un possible acte de lire ou du moins l’aube de l’acte de lire. Puis le soleil se lèvera, adviendra le temps du déchiffrement, advient le temps du savoir lire, adviendra le temps du vouloir lire.

 

C’est à ce prix du questionnement, non des causes du non-savoir lire, mais du lecteur vacant par lui-même sur son non savoir-lire que pourra advenir la volonté future du « je veux  savoir lire ». Permettre au sujet de s’interroger sur son non-savoir lire, puis sur son « je veux lire ». Et encore une question qui le dérange dans son immobile « je ne sais pas lire », une question qui dirait : « je veux lire quoi ? » bien plus que « je veux lire pourquoi ? ».

 

Aujourd’hui, Ouaknin m’a questionnée sur la manne du non-savoir lire. Et vous ?

 

Réfléchissez-seul (e) puis nous reprendrons notre lecture d’Hélène-Trocmé Fabre suspendue dans le temps de cette lecture de Ouaknin que je vous ai présentée dans le temps de ma créativité et de la vôtre, j’espère. MJC

 

 

 

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