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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 13:26

Penser les pratiques sociales

Une utopie utile

Sous la direction de Rémy Puyuelo

Erès. Arséaa. Action solidaire.2001

307 pages



Douce introduction :



J’ai écrit ce travail, en 2002 ; Huit ans déjà… Puis, je l’ai laissé en suspens de ma mémoire. En ce jour de printemps, j’ai ouvert le placard des amitiés fidèles et j’ai repris l’écriture de ce texte. Pour vous inventeurs, sur mes pages, je vous présente ces Empanhisseurs (terme de Rémy Puyuelo , Rédacteur en chef de la revue Empan, toujours à l’affût de tendresse et d’humour, d’intelligence surtout). Je vous les présente parce que je les aime, ces Empanhisseurs, parce que j’aime me lover dans leur utopie utile qui donne sens à mon engagement de vivante.


Il y a huit ans, je travaillais, maintenant, je suis femme à la retraite. Je vous dis cela pour que vous compreniez certains passages où je parle de mon expérience professionnelle au présent. Maintenant, je conjugue ce présent au passé.



Je vous souhaite une bonne lecture des pages qui suivent qui racontent, dans le mouvement de mon attentive lecture,  le livre des  Empanhisseurs toujours au travail d’un monde presque meilleur où chacun aurait sa place dans une douce égalité, dans une tendre adelphité.



Un livre qui invente la résilience, les paradoxes complexes de nos pratiques, qui trace nos chemins de chercheurs, qui dit nos interrogations, un livre qui prend la détresse par tous les bouts, qui s’y confronte, qui  prend le risque d’y répondre.  Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est  la prise de risque que constitue l’acte d’écrire sa pratique pour d’autres.  Alors, à mon tour, j’ai eu le désir  d’écrire ma lecture et de la soumettre à reconnaissance et transmission pour inventer moi aussi de la résilience, la vôtre, la mienne et chemin lisant me joindre aux auteurs.



J’ai lu,  j’ai recopié, j’ai mémorisé. Comme j’ai pu. J’ai su qu’ils étaient tous des bâtisseurs. J’ai cherché ce que chacun par sa pratique et son écriture avait crée ; ainsi, j’ai trouvé qu’ils avaient bâti des mots pour répondre à la solitude de ceux qu’ils accompagnent. Des mots et des cadres pour leurs mots. Des mots dans un temps diffèrent de la rencontre ; celui du temps retrouvé,  celui des possibles pratiques. Notre temps à tous, « bâtisseurs de mots ».



Comment pouvons-nous sauvegarder en nous quelque chose de vivant qui nous permet d’être et de continuer interroge Suzanne Capul, avec ses mots. Ainsi, Suzanne pose. les fondations du bâtiment sur le fronton duquel on pourra lire le mot « Résilience »


Suzanne Capul : le désespoir chez l’enfant :


         Le monde s’origine dans le désespoir des enfants, désespoir de l’instant vécu, désespérance dans la durée. Histoire de temps et de souffrance. Suzanne nous dit sa pratique si humaine, auprès d’enfants si humains, une pratique qui s’interroge et qui reste à prouver en travaillant comme on marche, un pied devant l’autre, un mot après l’autre. Face au mortifère défaire, importance du dire et du faire, importance de sentir les atmosphères, de repérer les destructions pour  planter la vie et s’implanter « construits. Elle nous renvoie à Winnicott,  à son article sur la sollicitude qui permet de découvrir les possibilités qu’a l’enfant de construire, de développer ses possibilités créatrices et d’intégrer sa destructivité.  (cf. aussi  ma catégorie Winnicott).         Construire, fil rouge de ce livre, fil rouge de la pratique d’Empan depuis dix ans, fil rouge qui mesure une possible dimension humaine à l’accompagnement social, peut-on lire dans la généreuse introduction de l’ouvrage.


Voilà pour mon introduction.



LES POPULATIONS ACCUEILLIES



Suzanne Capul : Le désespoir chez l’enfant


J’ai choisi d’ouvrir ces notes de lectures avec elle (voir paragraphe précédent)


Jean François Amilhat, Pierrette Ayon, Alain Jouve :

 (Pierrette Ayon, nous a maintenant quittée. Que la lecture de ces lignes  nous ouvre à son souvenir)

Introduction

        

Ces textes sont porteurs de messages de vie, éloignant de leur écriture d’une pratique vivante une désespérance mortifère qui participerait à l’oubli et à l’expression trop souvent sombre de l’humaine vérité. Les auteurs de ces textes se font passeurs et transmetteurs d’une culture. Chaque trajet s’inscrit dans du temps et comme aime à le dire Jacques Morin, c’est le passé qui sauve le futur. J’aime ces mots,  mais c’est aussi le futur qui invente le passé (cf. mon commentaire sur Françoise Collin : Un héritage sans testament)


Grandir, pour l’enfant est une tâche difficile, difficile aussi pour l’adulte de réussir socialement, enfin difficile au vieillard d’accepter sa fin de vie.


Ce sont sur ces êtres au monde  transgénérationnels que méditent pour notre plus grand bonheur les Empahisseurs, inventeurs de la possible résilience.


        

L’essentiel est dit. Le livre peut se lire. Ensemble inventons le, voulez-vous ?


 « Les Empanhisseurs transmettent leurs pratiques, leurs questionnements, ils sont là travaillant, cherchant, se confiant. Je lis, j’empreinte leurs empreintes. Chacun sa main mais toutes ont une même mesure : l’humain.


Chaque article nous dit « c’est possible ».



Gérard Milhes : Jeunes en errance : gare du Nord à Bucarest.


Nous avons l’impression d’un film, nous oublions l’écriture, l’encre, tant ils sont tous là, vivants, dans le mouvement de leurs carences, « agrégat de Roumanie ». Ces pages, on ne peut les tourner que lentement. Il nous faut le temps de les connaître, de les découvrir, de les nommer. Je lis ses pages à Gérard Milhes, me le pardonnera t-il,  du lieu de mon engagement à la Cimade. Il nous raconte les passagers clandestins de 7 à 15 ans qui descendent des trains pour venir échouer à la gare du Nord. Il emploie le terme « Echouer ». Oui, c’est cela : « échouer »


Je lis, je les vois plein de vie et de mort, la vie de leur jeunesse, la mort des coups reçus, la mort de la dérouille. Ils s’appellent Radu, Mariana, Manus,Florin, Marin,La Grenouille, Castel le Boîteux, Maria, Marcel, Cristina, Bobock, Ana Maria, Cristi  le Moldave, Marian, Martonca, Maria Nitulescu, Paul, Marcu, Nicoleta, Marcela, Carmen, Marius et tous les autres sans nom, qui ne portent que des prénoms qui ne les portent pas –ils sont trop blessés, trop pleins de manques - rien ne les porte. Ces enfants mendient, se détruisent, détruisent, avalent des bouteilles de laque ou d’alcool, cognent ou se font cogner, histoires de coups, se prostituent. Des enfants, blessés, pillés, volés de leur enfance. Des enfants en loques, des miséreux, de l’injustice qui soulève le cœur, qui « encolère, » révolte, indigne, bouleverse. Je vois Le cri de Munch, celui de l’humanité tout entière. Intolérable. Insupportable. Insoutenable. J’entends un poème de Prévert. Je recopie, une strophe qui caresse ma tristesse et l’endort tout doux.


Vient là s’écrire un très beau poème : (1ère strophe de l’Enfance. Recueil Histoires Folio.Poche 119)


Mais vous Gérard, vous voulez que la terre tourne, que les oiseaux chantent, que le soleil brille, vous voulez que les enfants soient gais, qu’ils aient une mémoire même si c’est une mémoire de leur histoire malheureuse, alors vous écrivez, vous « reportez », vous rapportez, vous dénoncez, vous reconnaissez parce que c’est déjà cesser de tuer, de piller. Vous le savez. Vous voulez arrêter là l’horreur, vous ne voulez pas que plus tard ces enfants s’appellent Pégriot, Gerry le Dingue, la Frime, le Gallois cheveux en brosse ou Alex quilles en zingue. Autres enfances du roman de John Healy « Arènes » (éditions Arpenteur). Fictions ? Sûrement pas ! Quand j’ai lu, les petits caractères, en bas de votre article, quelque chose en moi s’est apaisée.


Gérard Milhes, journaliste. Ce reportage a été réalisé fin janvier début février 91. Une de ses conséquences a été la création d’une maison d’accueil pour les gamins de la rue Bucarest. La maison a ouvert ses portes en avril 92. Destination résilience.


Quand j’ai lu cela, j’ai su que la journée pouvait commencer.



Elisabeth Castells-Mourier. .Adolescents sans regard. » Le miroir sans tain » ou au pays du « jesépa jélahaine »

        

         Son terrain, son espace, ce qu’elle traque et débusque, avec ses mots, avec son cœur, c’est « la souffrance blanche », celle qui ne se dit pas, ne se manifeste pas mais soudain suinte et se révèle quand l’adolescent s’effondre douloureusement, à bout de ressources psychiques.   Adolescent, aux prises avec une souffrance, adolescent sans regard et sans syntaxe, qui gicle les mots bien plus qu’il ne les parle. Violence destructrice qui d’abord détruit la phrase qui, ensuite, détruit « le reste »  dans lequel il ne peut se nicher, « y être ». Vandalisme et désolation. Une histoire de sans famille, sans même Capi ou Vitalis, alors Vitalis se transforme comme dans un mauvais rêve en adulte méchant qui persécute. Viendra alors la délinquance, la « dé-liaison »,la déraison, les brisures du miroir, « les cassures du moi ». Tout ça, le met  « hors-de lui » et le propulse dans le passage à l’acte. Il est « désidentifié »


Sur ce terrain de l’adolescence brisée, Elisabeth restitue de l’histoire, reconstitue du miroir, recrée des liens, remet au monde Narcisse, écrit un article contenant pour la souffrance blanche.         Oui, c’est cela un article mais surtout une pratique « contenant » de la souffrance, contenant qui autorise alors par la sécurité engendrée, une possible expression.



David Le Breton : les conduites à risques des jeunes


David Le Breton occupe un terrain de jeux pour adultes qui mettent à l’épreuve vie et mort, un terrain de jeux pour désespérés. Sans doute ceux dont parle Elisabeth. Là encore nous trouvons à l’œuvre,  du malheur qui fait souffrance tue et qui tue, la blancheur qui fait errance, qui colore les conduites à risque, dans une volonté inconsciente de mourir.  Ne plus être dans un monde où le sens n’est plus.   De cette impossible distance, de cet impossible place, de cet impossible  vont naître les conduites à risque, celles qui interrogent le sens même de la vie. « La vie vaut-elle d’être vécue ? »


Aux conduites à risque rencontrées dans sa pratique, David Le Breton répond en cherchant, en repérant, en analysant, en écrivant, en transmettant à ses étudiants de Strasbourg et aux lecteurs d’Empan. Il transmet de l’histoire, du passé, des valeurs. Il fabrique l’étoffe du sens ; une façon efficace d’inventer de la résilience. Il indique aussi une bibliographie de B à T. Un joli chemin de travail.



Marie-Christine Bertin : Handicap et sensorialité « S’il te plaît écoute moi… » 


Son propos : les premières expériences de la vie, les premières émotions. Notre capital : nos cinq sens. Elle a commencé son travail à l’institut Médico-éducatif d’Espagne, maintenant en maison d’accueil spécialisé, en foyer d’accueil médicalisé et en foyer occupationnel.


Sensation de découragement, dit-elle. Mais son attention est attirée par les résidents qui se battent pour exister. Exister de par leur cinq sens ; à partir de ces cinq sens et de leur éveil vont se nouer des relations privilégiées.


 Grâce à un patient travail, elle aide l’autre à élaborer sa pensée, à construire son histoire, à accéder à une possible autonomie, à l’acquisition d’une image positive de lui-même. Au bout de son article, elle nous livre la phrase dans laquelle s’origine son bâtiment, une phrase qui fait fondation :  « S’il te plaît… écoute moi… ». Oui, je t’écouterai, toi la différence, moi la pareille, oui je t’écouterai toi le vulnérable moi la si forte… ou le contraire. Je t’écouterai toi l’éphémère avec mes pauvres toujours, je t’écouterai dans le ciel de mon amour, je t’écouterai dans chaque printemps gagné sur l’hiver, je t’écouterai dans mes lunes brisées et dans nos soleils retrouvés, je t’écouterai dans ton arc-en-ciel et dans mes orages, je t’écouterai et tout recommencera… Tu existeras. Je te nommerai. Je t’aimerai. Nous inventerons l’humain, celui qui n’exclue pas, celui qui prend ta main ou la mienne, je t’écouterai et nous inventerons un monde ou chacun aura sa place malgré sa différence. Tu n’auras plus peur, moi non plus. Le ciel s’étoilera de nos différentes étoiles et ensemble nous inventerons le firmament de l’humain dans l’éternité du monde et de sa folle ronde. Oui, je t’écouterai…



- Gérard Le Goues :  Violences psychiques sur le sujet âgé.


Une lecture singulière du Père Goriot, autour du suicide des personnes âgées. Je pense à Bruno Bettelheim et à quelques autres anonymes de ma ville. Quand la réparation est difficile voire même impossible advient la violence retournée contre soi.


Pourtant, malgré cela, même si le sujet âgé n’exprime pas une demande, il est possible de construire des relations riches de vie, car leur appétence existentielle est grande. Un bâtiment pour l’analyste. Transformer la violence non dite en violence dite.


Bibliographie diversifiée. De A à S. Ouvrages théoriques, romans classiques et contemporains. Une jolie palette qui incite à la lecture…


Agnès Saint—Louboué : « Récit de résilience… Peut-être

Lire ce qui est écrit. Recopier et à tout jamais retenir :


« Par   un matin de mars 1993, semblable à tous les autres matins, une fracture énorme se produisit en moi, me faisant basculer sans préavis dans une nouvelle existence. »


Ensuite, sur ses larges pages sages, Agnès écrit son combat pour la vie,  à la recherche de l’autonomie perdue, elle dit la liberté. Un article immense qui n’a pas de prix. Un bâtiment splendide, d’une richesse intérieure incommensurable. Lire dans le temps de l’admiration et du respect. Puis se taire et prendre par la main dans le temps de la caresse et de l’écoute.



LES FONCTIONS EDUCATIVES, PEDAGOGIQUES, SOIGNANTES


Alain Jouve, Pierre Teil. Introduction :

 

Leur terrain : le partage de l’indicible des pratiques sociales. Partage et transmission, l’étoffe du sens toujours. Au fil de ma lecture de « Penser les pratiques sociales », j’apprends que mesurer les dimensions de nos pratiques, c’est mesurer en empans un grand morceau de drap, comme les mercières, dans une main les ciseaux de Tosquelles et dans l’autre notre stylo. Avec de bonnes lunettes aussi. Fin de la métaphore. Je reprends ma lecture.


Au cœur du cœur à cœur, A JOUVE et P.TEIL introduisent cette nouvelle partie de l’ouvrage : travailler dans l’indicible et toujours dans le qualificatif que pouvons nous partager de « cela », de « ça ».

Oui, cette approche faisait écho à mon quotidien d’accompagnatrice sociale et de formatrice., du temps où je travaillais, du temps où je n’étais pas encore « posée » dans une retraite, comme un papillon que l’on aurait immobilisée sur une fleur du temps. J’étais un papillon en vol et parfois, je me posais sur un être souffrant et je partageais dans le silence de mon vol son indicible tourment, puis il reprenait son envol. Expérience du partage avec les collègues et du manque qui lui est collé à la semelle. Analyse de pratiques. Partage qui creuse le creux.


Tous papillons de l’humain, nous devons mesurer nos capacités créatives, mesurer nos capacités d’écoute, mesurer de notre expérience de l’autre , mesurer « ça » au risque de s’y trouver humain jusqu’aux bords de notre identité puis simplement continuer le bâtiment.



         Evelyn Charmeux : L’indispensable révolution de la fonction enseignante. Une seule alternative  pour l’école : vivre la citoyenneté ou mourir.


         Aventure pédagogique d’E.Charmeux, celle de « l’indispensable révolution de la fonction enseignante. »  Une révolution qui remonte à Platon. Je pense à la fabuleuse  « Histoire de la lecture » de Manguel publiée chez  Actes sud. Histoire de lire libre. Je pense à Ouaknine. Un rapport à la lettre radicalement constructif du Nom. Créer, inventer la tolérance. L’école, espace premier de citoyenneté. La citoyenneté s’apprend à l’école par l’instauration du sentiment de confiance en l’autre puis dans le groupe. Confiance dans la maîtresse, dans le maître. « ma maîtresse », « mon maître » est peut-être une des premières paroles citoyenne de l’enfant qui s’inscrit dans son premier groupe : sa classe quand elle unit dans une même relation de confiance enseignant et élèves.


Fil rouge de la mercière qui fait nom pour l’enfant. A l’école le nom précède le prénom, on est d’abord citoyen avant que d’être l’enfant de ses parents ; Annenkov  Marie-José, citoyenne Annenkov. Le fil rouge de la mercière qui brode les rubans de coton avec le nom de l’enfant. Celui qui part en colonie. De l’autre coté de l’école mais dans le même champ, l’enfance, qui dans une école laïque et républicaine peut faire des rencontres, des expériences, des apprentissages dans un mode égalitaire, indépendant du « social » de leur famille.

 

Une bibliographie érudite, un long article, à lire crayon en main, avec devant les yeux, l’image de lourdes bâtisses, sur le fronton desquelles on peut lire « Groupe scolaire Jules Ferry ».



Pierre Teil. Le formateur en formation


Quant à lui, je l’aime car il me rappelle moi et moi, je m’aime ( !) : il aime ses stagiaires qui le rendent intelligent et il raconte aussi l’enthousiasme partagé avec eux, enthousiasme me semble-t-il, condition première de tout apprentissage.


Il raconte son expérience,  sa chance. J’adore !


Michel Lemay. Médiations et vie quotidienne


De la pratique  encore, tissée dans le fil du quotidien  Michel écrit les pathologies rencontrées, les difficultés pour certains à réussir une intégration sociale, à s’inscrire dans une loi, à se reconnaître dans un ordre. Il dit les troubles qui se manifestent pour ceux qui échouent à tout cela. Il dit avec ses mots simples le malaise de l’identité. Ça pour le malaise d’être. Mais il écrit aussi, la réponse possible et les qualités professionnelles qu’elle emporte et les cinq registres dans lesquels elle s’inscrit, qui définissent un cadre pour l’écoute et le partage du vécu. (du côté de Winnicott. Voir catégorie de mon blog)


L’éducateur est aussi un témoin. Cela fait écho à ma pratique. Le statut de témoin implique que nous sommes dignes de cette confiance qu’institue l’autre. Nous en sommes dépositaires. Parfois, j’ai peur, toujours j’en tremble.


         Michel continue, écrit, construit sa pratique, ses réponses. Il articule ses recherches, en fait une synthèse détaillée. Il transmet. Il crée... Il s’interroge et je pense aux bouquins de Joseph Rouzel, il a beaucoup travaillé dans ce sens, je pense à la toute jeune revue de mes amis montpelliérains « Le Sociographe », (notamment le N°0 de septembre 1999. Naissances, Le travail social dans tous ses écrits) je pense à Lien Social, je pense à tous ceux là qui bénévolement ou non travaillent, écrivent, cherchent pour mieux élaborer leur pratique et mieux la transmettre, je pense à ces fleuves de mots venus de l’intelligence du cœur. Je pense à tout ça et studieuse, je continue ma lecture.


         Je lis

         J’écris

         Je recopie

         Je souligne

         Je cherche la bonne nouvelle

         dont je suis la trouveuse

         heureuse !



Marie-Christine Meliet. Les petits rien et la fonction éducative. Henri et ses objets


 Dans le cadre de son travail d’éducatrice spécialisée dans un foyer de vie, elle rencontre des adultes dits débiles mentaux profonds. Elle aime le « dits ». Ce dit, il faut toujours le dire. Question de DIT- gni-té, nos pratiques luttent contre l’in-DIT-gni-té, inventent le dit de toujours, celui qui est toujours à DIRE. Ce jour, sur cette page le dit qui s’écrit, s’écrit sur le ballon d’Henri, le ballon « déchiré », le ballon « déchet ». Henri, Marie-Christine ne le laisse pas tomber, elle s’occupe de son quotidien. Un dit qui dit le rapport au langage. Voilà son dit, voilà son travail. Mettre au monde encore et encore Henri, faire s’envoler le ballon, puis rentrer chez elle, la journée finie, juste avant sa journée de femme, juste avant sa vie à elle. Le ballon d’Henri. Le ciel pour le ballon d’Henri. Il existe, Henri. Et sur ma page, sans crier gare des ballons, plein de ballons de toutes les couleurs de nos pratiques. Quand j’étais enfant, c’est encore aujourd’hui, j’aimais un livre d’images en couleur sur de larges feuilles de papier glacé. C’était l’histoire d’un marchand de ballons ami avec un petit garçon qui dévalait les escaliers de Montmartre ; à la fin, le petit garçon s’envolait dans le ciel  porté par le bouquet de ballons et tandis qu’il s’envolait,  moi je pleurais. Je pressentais la mort, alors je reprenais le livre à son début. Des ballons, un enfant, un vieux monsieur, le Sacré Cœur. Je pense à toi, Géraldine, mon amie de travail. Tu avais 20 ans. Tu t’es suicidée dans le temps de l’écriture de cette lecture. Que nos ballons à tous, t’emportent là-haut dans un ciel heureux. Je ne peux recommencer ta vie, comme je recommençais le livre, autrefois, alors je continue mon livre, le mien, je cherche les ballons de l’écrivain et je m’envole moi aussi dans un autre ciel.  Il est question de séparation, de don et d’échange.



             Serge Lebovici : penser le soin.


         Interroger et mesurer l’action thérapeutique. La penser. Un article dense et sobre qui dit l’acte de soigner et son impact dans la cité et la possible invention de résilience. Une fois encore. Interroger ce qui conduit l’enfant et sa famille à la consultation thérapeutique, instaurer une mise en place thérapeutique intégrant  le potentiel de la créativité de l’enfant. Référence à Winnicott. Penser le soin dans la relation avec l’enfant, avec la famille mais aussi penser le soin dans la pratique institutionnelle. Notion de secteur et de communauté institutionnelle. Je pense à Hochmann.  Des mots pour mesurer l’acte thérapeutique : accompagner, travailler, suivre, agir, écouter, répondre, évaluer… Et puis aussi, détresse et immigration. Et puis aussi, réaffirmer la nécessité de s’adresser aux psychopathologues, pour comprendre par exemple certaines violences des jeunes dans les cités.





Jacques Miedzyrzecki : Enfants en souffrance et narcissisme parental : « Je vais bien, papa et maman aussi ».


En exergue : « « C’est bien la maladie qui fut l’ultime fond de tout l’élan créateur en créant je pouvais guérir en créant je trouvais la santé. » . H.Heine


Histoire d’une petite Delphine dont on attend trop. Attendre de l’autre, de l’enfant. Trop, toujours trop. On retrouve dans cet article, la préoccupation de penser le soin, de résoudre l’énigme de l’autre « malade » : Résistances au changement, fixation, régression, compulsion de répétition, existence possible d’un instinct de mort. Souligner, repérer, interroger, lire et relire Freud.  Ma  définitive perte de vitesse théorique. Immenses regrets. Autrefois, il y a longtemps, j’étudiais. J’ai gardé tous mes livres à portée de main, à portée d’intelligence, à portée de cœur. Mais le temps et ma vie s’en sont mêlés et j’ai tout oublié. Cet article, le précèdent et le suivant sont difficiles pour moi… Reste le reste. Un jour, j’ai mesuré tout cela et quelques empans m’en sont restés. Une trace, une empreinte, un reflet, une onde. Quelque chose. Je dirai une attitude d’écoute, une façon d’être et de répondre, de lire, de vivre le soin et peut-être encore de le penser. Une façon d’aimer et de reconnaître aussi.



René Angelergues : Quels outils théoriques pour penser le soin ?


Ce dont il est question, ce qui est à soigner : c’est la maladie mentale avec sa pierre angulaire pour soigner : l’identification.  Référence à la consultation thérapeutique de Serge Leibovici. Les deux articles sont  dans l’espace du livre et théoriquement dans le prolongement l’un de l’autre. Une façon de penser le soin, d’élaborer des outils théoriques  en utilisant pleinement ce que l’auteur appelle  le savoir psychanalytique. J’aime cette expression qui dit bien le savoir de l’autre à l’œuvre, le savoir « travaillé ». Bâtir une écoute, mettre en œuvre «  une réanimation psychique. » Bâtir avec des mots… Bâtir du souffle. Un bel article à lire dans le temps d’une respiration clinique. MJC

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Published by Marie-José Colet - dans Empan
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