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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 11:14

A.C.C.E.S

Actions Culturelles

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(voir site pour l’adresse)

 

Les cahiers d’ACCES,  N°4

Hommage à René Diatkine

                  (1)

         Lectures et développement

         Psychique

         Par René Diatkine

                 juillet 1999


  Dès le début de la vie, écrit René Diatkine, l’enfant différencie la voix de sa mère de celle des autres, dès le début de la vie, il entre en contact avec le langage des autres qui l’amène progressivement à différencier une expérience présente et immédiate, à une expérience de l’absence, fictive, expression de la l’élaboration de « l’objet mère » à partir de son absence.

 

Souvenir de ma lecture de Winnicott : l’objet mère qui s’absente est, certes, haï mais l’amour revient avec le retour de la mère. Haine, amour, ambivalence signent la saga des sentiments du bébé en proie à la disparition obligée de sa maman. Savoir que sa maman, malgré son absence continue à exister, signe la première connaissance du bébé ; la connaissance d’une existence de l’autre, au-delà de la visibilité indissociable d’une fantasmatisation. Dénommer et raconter vient s’inscrire dans ce mouvement de la première connaissance humaine. Raconter, nommer, c’est avant tout négocier avec de l’absence pouvant être représentée par le langage qui introduit à de la fiction structurée et structurante de l’absence insurmontable, qui rend supportable l’absence et ce par sa syntaxe obligée si différent de babil immédiat.

 

C’est vers la deuxième année selon les travaux d’Emilia Ferreiro que les enfants savent que l’écrit a un sens, qu’il est un support stable, qui chaque fois, revient à l’identique dans son suspens mais aussi dans son début et dans sa fin.

 

Diatkine parle aussi du handicap socio-culturel à surmonter, dans un dialogue régulier avec les parents et de ce fait susciter le plaisir de lire et sa nécessité tant chez les jeunes enfants que chez leurs parents

 

Ensuite, il pose une question essentielle à mon avis « Ceux qui ont facilement appris à lire seront-ils lecteurs pour autant ? » Ainsi, interroge-t-il  la place et le rôle de la lecture chez l’adulte comme chez l’adolescent, repérant de ce fait ce qui fait par la lecture, conflit intergénérationnel dans cette phrase répétitive « Mon enfant ne lit rien ». Lit-il vraiment rien ? Voilà sur quoi me semble-t-il ,

devons-nous interroger. Mon expérience de formatrice, témoigne dans Madame, je veux apprendre à lire !, que si la lecture est à éveiller chez le jeune enfant, il est à réveillerj dans certains cas,  chez l’adolescent, en lui permettant d’occuper son poste de lecteur, en l’autorisant à habiter à nouveau ce poste déserté par une nécessité brisée que nous devons interroger, lecteur par lecteur. La lecture, est certes, une histoire sociale incontournable, mais aussi une histoire affective et individuelle.


Interrogeons donc, à chaque fois ce qui est social, affectif, individuel dans l’occupation du poste de lecteur, pour éviter à tout prix l’exclusion de celui qui « ne lit pas ». Nous avons beaucoup à comprendre, à entendre de son fonctionnement mental et ceci nous pouvons le faire, peut-être, à partir de l’étude du fonctionnement mental du jeune enfant qui s’éveille à la lecture. C’est ma recherche actuelle. A poser et à mettre à l’épreuve d’un questionnement rigoureux de terrain et de livres.

 

Recommencer la lecture d’une histoire, c’est permettre à l’enfant de négocier avec la séparation instituée par la fin du livre.

 

Chez le lecteur vacant quelle est donc cette séparation si insurmontable qu’elle ne peut se jouer, même dans cet objet si quotidien qu’est le livre ? Pourquoi, comment ne souhaite-il- pas (ou est- il bloqué ) élaborer le plaisir du lire qui secondarise son babil, pourquoi le non lecteur « s’immédiatise » dans le babil, ne pouvant élaborer sa pensée, ou son roman familial  ? Comment poser cette question du lecteur vacant, en terme de développement de l’enfant ? Quel est ce verbe être impossible à conjuguer par l’enfant, l’adolescent ou l’adulte, quel est ce gérondif auquel ils ne peuvent avoir accès ?  Par gérondif, j’entends une personne « étant », c’est à dire « en train de s’élaborer » par la lecture et non épinglé par l’immédiat du vécu du babil dans la crainte restée terrifiante de disparaître comme l’objet tant aimé : la mère ? Comment avec lui, dans la tendresse de l’accompagnement lui permettre de surmonter sa terreur ?

 

J’ai vraiment aimé cet article de Diatkine qui pose avec  simplicité sa grande érudition et qui de ce fait m’a permis d’élaborer des questions qui me tiennent à cœur sur le lecteur vacant, notamment celle du lien potentiel entre l’élaboration de l’occupation du poste de lecteur, dès l’enfance et ses avatars plus tard...

 

Je vous souhaite une bonne lecture de Diatkine dans votre doux gérondif de lecteur. MJA

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Les tout-petits
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