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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 18:47

A.C.C.E.S

Actions Culturelles

Contre les Exclusions

Et les Ségrégations

(voir site pour l’adresse)

 

Les cahiers d’ACCES,  N°5

         Lieux de lecture

         Lectures d’enfance

         Novembre 2001

La lecture avant les textes écrits :

Evelio Cabrejo-Parra

 

Ce qui m’a beaucoup intéressée dans cet article c’est la mise en évidence de la nécessité de la reconnaissance de l’activité psychique du bébé, certes pour l’humain mais surtout pour le bébé lui-même.

 

Cet acte de lire avant de lire le texte écrit est capital, parce  que, nous dit l’auteur, il est à l’origine de la pensée, il génère son activité. Il était une fois, pour le nourrisson, la voix de sa mère. Il était une fois, le début, la première page, de ce que Evelio, nomme le livre psychique de chacun d’entre nous. Une parenthèse à ce sujet : Marcel Proust, dans le temps retrouvé, parle à merveille de ce livre. Que les proustiens s’y réfèrent sans plus attendre... (je crois que j’en parle dans ma catégorie Marcel Proust)

 

La voix de la maman qui véhicule ses mots sont les premières informations que l’enfant traite. Ces informations il les traite à partir de la voix et du visage de sa maman ; ainsi il débute l’écriture de « son livre ». C’est l'auteur qui écrit les caractères en gras tant il désire insister sur ce terme de livre. L’ontogenèse de la pensée est consituée de l’inscription première de ce livre. Il fait d’ailleurs référence, plus loin, à l’expression de Freud  quand ce dernier  théorise la psyché « la première inscription » suivie de la « deuxième inscription » ainsi qu’à l’expression de Lacan  « La lettre ». Pour lire, nous dit l’auteur, il faut d’abord ressusciter Le Livre psychique.

 

Ce sont les premières pages de ce livre qui vont engendrer la lecture ultérieure parce que de ces pages vont naître l’échange premier avec l’autre humain : la maman parle, le bébé répond, la maman répond ainsi de suite ; ainsi naît le premier échange symbolique dans lequel le bébé va pouvoir vivre son activité psychique, la potentialiser, l’actualiser, la dynamiser. La mère fait, certes, une régression langagière mais le bébé quant à lui effectue sa première progression langagière. Entre régression de l’une et progression de l’autre s’invente la clé de sol du langage humain, condition nécessaire de la lecture, précédée des premières manifestations de l’activité psychique du bébé. L’écriture du livre psychique écrit l’auteur est l’ancêtre de la lecture. Le bébé accède au langage en traitant ses premières informations transmises par la voix et le visage de la mère.

 

Puis vient la saga du sens dans la conjugaison des trois livres premiers feuillettés, dans le mouvement de la vie, par le bébé. Ces trois livres sont : le livre de l’intersubjectivité, le livre des sens, et le livre de son monde interne. Voilà notre première « biothèque » à tous. J’aime ce terme de biothèque inventé par mon petit fils (et par moi qui l’ai entendu !) parce qu’il contracte avec talent les deux que sont la vie (bio) et  bibliothèque (thèque).

 

Quand l’écrivain écrit, il construit le sens de son livre en écho à ses trois livres et quand nous le lisons nous inventons le sens de notre vie en conjuguant en « harmonique » notre biothèque avec celle de l’auteur. Lire est une musique, la musique est un cri chante Lavilliers. Lire, c’est moduler ce cri néo natal. Je ne délire pas, je lis juste passionnément Evélio !

 

Il dit aussi, qu’il faut respecter « le petit sens du bébé », ce petit sens qui s’éveille, parce que petit sens deviendra grand... Il faut le respecter dans une reconnaissance réciproque ; le babille est langage à entendre, à reconnaître. Y répondre dans le temps de l’amour. C’est ce qui permettra au bébé de s’inscrire dans le langage et donc par la suite dans la lecture. La lecture est une musique mais la lecture est langage. Sans doute par ce que le langage est musique. Quand un être meurt, c’est sa musique qui s’éteint et tout autant que son corps ses mots nous manquent, ses livres, « sa biothèque ». C’est cela le vrai deuil que nous devons faire.

 

Dans l’échange par le langage, ce qui est important, nous dit l’auteur, c’est aussi la possibilité de changer notre discours, de l’inscrire dans un mouvement, dans un peut-être. Le mot le plus symbolique qui soit, est, je pense, le mot « peut-être » parce qu’il dit le langage trébuchant, le langage incertain, le langage en devenir, le langage en attente d’une modification.

 

Puis, il nous parle des contes qui abritent tant de situations si humaines, pour ne pas dire toutes (mais là on toucherait à l’infini.) Les contes mettent en scène notre activité psychique commune et c’est en cela que les contes rassurent les enfants. Ils ne sont plus seuls. Dans le « il était une fois » jaillit un temps ancestral dans lequel ils peuvent se nicher et attendre des jours meilleurs. Le conte est un « théâtre universel » nous dit l’auteur et c’est sans doute pour cela que j’ai toujours aimé raconter des histoires, même très jeune. J’aime aller au théâtre mais accompagné d’un plus jeune. Le plus jeune me rassure...Oui, dans ce théâtre l’accompagnement donne à l’acte de lire ses lettres de noblesse. Certes, parfois on lit seul, vous diront les bien pensants du savoir, mais moi, je crois que lire est un immense partage de l’universel et c’est pour cela que des années durant, j’ai animé des ateliers de lectures dans lesquels j’inventais toujours des temps différents, des temps de lectures différentes, par des lecteurs différents mais nous nous retrouvions tous en harmonie dans le temps commun de notre langage et de nos babilles.

 

La lecture est certes, une histoire de lettres mais surtout une histoire de temps et c’est ce que nous dit si bien l’auteur. « Apprendre à lire, c’est apprendre une « modalité du temps ». Une modalité commune qui permet de donner un sens « commun » au monde et un sens singulier à notre monde de sujet. Lire c’est inventer sa subjectivité dans le temps des autres et ça commence bébé. .

 

L’auteur finit splendidement son article en mentionnant la dimension anthropologique de la lecture, qui à son avis est de « l’ordre  du réflexe anthropologique » parce qu elle met en scène nos fantômes et nos peurs, nos espoirs comme nos désespoirs et sans doute, notre savoir. La lecture est une mise en scène créée par les écrivains mais aussi par nous . La lecture est mise en scène dans l’espace intermédiaire dans lequel se jouent toutes nos relations d’humains, dans nos temps si différents mais inscrivant aussi un langage possible, porteur d’identité, dans « le pareil » d’un symbolique partageable au delà de nos solitudes, même si pour cela parfois, nous devons nous faire accompagner.

 

Pour moi, cet article est essentiel dans l’approche de l’illettrisme : il faut accompagner la personne en situation d’illettrisme parce que par notre tendre accompagnement, comme la mère accompagne le bébé, nous ’l'autorisons ,nous le rassurons et lui permettons l’accès à des lettres qui disent « pour de faux »  son théâtre de solitude, parfois si tragique. Le sien, le nôtre.

 

Peut-être.

 

MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Les tout-petits
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