Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 17:53

Avec le récit est née la nouvelle science qu’est  la Narratologie   dont les grands noms sont Vladimir Propp (linguiste russe, 1895-1970) dans sa Morphologie du conte (1928) analyse 31 fonctions du conte de fées ; parmi elles la transgression, la médiation, la reconnaissance, la punition, il analyse aussi les rôles des personnages dans des sphères d’action qui se répètent dans la variation qu’est l’histoire, Mikhaïl  Bakhtine (critique littéraire 1895-1975) qui a plus particulièrement étudié la temporalité, Algirdas-Julien Greimas (sémioticien français 1917-1992), Tzvetan Todorov (linguiste et essayiste né en 1939, en Bulgarie) qui s’est attaché à étudié la grammaire universelle du récit, Gérard Genette, qui s’est attaché à la rigueur du texte et enfin Ricoeur, phénoménologue contemporain qui a écrit sur l’herméneutique du récit. Tous se sont attachés, par leurs travaux, à ouvrir les multiples portes du temps  de l’objet « récit ».

 Lire ouvre le temps d’un ordre ou d’un désordre, d’une fréquence, d’une vitesse, d’une expérience fictive ou non, d’un long discours subjectif sur le monde.

 Le temps du livre est le temps de la « coopération  interprétative » dont parlent Umberto Eco et en d’autres termes, Ouaknin, plus récemment Texier et tant d’autres. La liste serait longue. Un livre n’existe pas seul. Il a besoin de son lecteur qui le lit, générant ainsi le temps vivant du récit qui sans lui resterait lettre morte. Le temps du récit est vivant du regard, des affects, de l’histoire des hommes qui l’effeuillent, page à page. Le temps du récit est un temps construit par le lecteur et par nos publics. Le temps du récit est le temps des possibles. Notre travail de professionnel est d’être attentif à cette construction qui toujours varie, et d’être attentif aux possibles générés par chaque lecteur à partir de ses lectures pour pouvoir lui répondre et accorder pleinement au livre son étonnant pouvoir de médiation avec nous, avec le récit, avec la culture dans lequel il s’intègre.

 Le temps du récit, temps qui dit le temps des possibles de tous, écrivains et lecteurs est pour moi le temps pluriel du meilleur de l’humain parce que le temps des pensées à cueillir malgré le froid, parfois, de la solitude. 

J’ai lu pour vous, Soi-même comme un autre de Paul Ricoeur qui nous explique comment on est à la fois soi-même identique (notre « mêmeté ») et toujours différent des autres (notre ipséité).

J’associe librement sur ma lecture : pour qu’un enfant se sente exister comme « même » il doit être reconnu par ce premier autre qu’est la mère (travaux de Winnicott, de Mahler, de Lacan, de Wallon, pour ne citer qu’eux.)

Ce que j’ai appris en lisant ce livre, c’est que nous pouvons nous vivre toujours « même » qu’inscrit dans la permanence du temps, ce même temps qui nous fait vivre aussi différents de chacun. Nous existons, nous dit Ricœur entre « Mêmeté et ipséité » et cela ne peut advenir que par la médiation du temps du récit qui nous ouvre à ces deux dimensions de notre destin d’humain.

 J’ai lu aussi pour vous La bibliothérapie de Ouaknin

 Marc-Alain Ouaknin Lire aux éclats

Edition Lieu commun 1989 

D.W.Winnicott : Jeu et réalité (1)

L’espace potentiel.

D.W.Winnicott 1971

Traduction française 1975

Folio essais

 Le livre entre intérieur et extérieur

Dit du monde le meilleur

Le livre est un objet qui luit

Dans ma nuit dans laquelle je crie

J’aime le monde des mots qui se rient

Du sens ou de leur non-sens.

L’auteur a écrit

Il nous lance un défi

Il nous lance une balle

Si nous avons mal

A nous de la saisir

Et de notre mal nous dessaisir

Reconstruisons le sens perdu

Dans un éclat de rire

Refusons le pire

Inventons l’intermédiaire

Entre  le tout perdu

Et le possible à retrouver

Dans le sens jamais perdu

Du livre que l’auteur a écrit

Se joue dans une aire intermédiaire

Mon rêve en mouvement

Qui jamais ne ment

Dans le mobile du je

Dans mon mobile à jouer de mon je

Mes livres se font Play Mobiles

J’invente les personnages et leurs âges

Dans un mouvement bienfaisant

Dans un essor créatif

Pris sur l’instantané du vif

De mes lectures enthousiastes.

Lire est une merveilleuse illusion

Inscrite dans la désillusion du sens

Qui serait peut-être lui l’auteur

Sans être moi le lecteur peut-être.

Un livre est un sage docteur

Un livre est un profond vecteur

De l’homme quand il fait le dos rond

Devant l’invention de l’autre

Sans toutefois

Chaque fois ployer

A gorges déployées

Depuis toujours la lecture est mienne

Ouaknin et Winnicott

Ces auteurs qui de l’entre-deux

Disent la culture

Qui disent de la lecture

Comme de l’écriture

Le possible rire

Le possible dire

La splendide illusion

Avec d’autres partagées

Qui disent une fois encore

Le possible chemin

Je vous transmets

Ceci  n’est pas un leurre

C’est une possible histoire

Du grand savoir

Qui dans le temps du rire

Fait reculer le pire

Celui des miradors

Par certains déniés

Je vous raconte ce savoir

Qui jamais ne m’endort

A la vie me tient éveillée

Au temps me tient émerveillée

Par mes livres, ivre de vie

J’échappe au non-sens

Je lis, je caresse le sens

J’échappe au non-sens

De ceux qui dans l’ombre

Tuent la si tendre colombe

Entrons dans la danse

Tenons par la main

Ouaknin et Winnicott

Lui le rabbin

L’autre le psychanalyste

Tous deux nous apprennent

Des êtres et des livres

Le précieux entre-deux

Tous deux allument notre feu

D’où jaillit notre flamme

d’être homme ou femme

attentifs au vif

de l’humanité qui dit NON !

Non à la guerre ! non à la déraison !

Non à l’absurde raison !

Quand elle se fait carcan du cœur

Lisons dans un éclat de rire

Entre sens et non sens

Dans le mouvement de la caresse

De l’intermédiaire retrouvé

Lisons ! lisons !

Du sens envolé

Du sens libéré

Du sens travaillé

Du sens élaboré

Du sens cherché

Du sens caché

Du sens secret

Du sens dévoilé

Du sens arrondi

De notre dit

Inventons ! Inventons !

Créons ! créons !

Sauvons la courageuse Antigone

De l’orageux Créon

Que ces frères subversifs

Si créatifs de révolte

Soient  ensevelis par la tendresse

Des caresses des livres

Lire est une patiente histoire

De vie et de mort

Quand les coquelicots s’ouvrent

Au soleil du savoir et de la vie

Le chant du monde se fait possible

Ce chant qui lutte contre nos impossibles

Tu te souviens bébé tu ne comprenais pas

Ta maman était partie

Tu pleurais dans le silence de ta chambre

Puis ton doudou tu as pris

Puis les pages de tes livres tu as tournées

La perte du sein fut alors supportable

Dans ton cartable plein de livres

Tu as découvert le savoir et les autres

Le livre est le sein qu’on peut garder en soi

Les mots des livres, leurs sens tu peux les détruire

Puis les reconstruire

C’est ça créer c’est jardiner

Dans ton jardin tu inventes de l’après avec de l’avant

Dans ton jardin tu retrouves du rire

Par le livre inventé

Par les textes qui comme dans un miroir

Se reflètent se renvoient les uns aux autres

tu crées avec le chagrin de ta solitude

Avec le sein perdu, avec les mots retrouvés

Tu inventes quelque chose qui te ressemble

Peut-être

C’est ça qu’elle a fait ma mère

Sur son banc des Tuileries

Dans son jardin à elle,

Ma mère si triste

A cause de La Shoah

A cause de son frère fusillé à 20 ans

A cause de la guerre

Longtemps du chagrin de ma mère

J’en ai pleuré

Mais comme elle j’ai découvert

Les ailes du savoir

Je me suis envolée

Dans les livres dans mes livres

Puis dans l’éclat de rire des mots

Dans une zone intermédiaire

Entre illusion et désillusion

Dans un jardin où parlaient

Quatre Maîtres et deux hommes

Ouaknin le Rabbin

Winnicott le psychanalyste

J’ai grandi j’ai découvert

Mes livres et une multitude

D’hommes et de femmes

J’ai grandi dans le possible d’eux

Dans mon jardin à moi

Avec tant de coquelicots et de roses

Mes livres.

 J’ai su alors que vivre était possible

 Avec nos livres, tous ensemble, nous construisons les possibles de notre verbes vivre dans nos identités singulière et citoyenne, dans le temps de notre mêmeté et de notre ipséité, dans le temps de tous les récits du monde qui nous essaiment aux quatre coins de la terre.

 Lire est un immense « bâtir ».


 Nous, lecteurs, nous sommes les Inventeurs de mots retrouvés du fond de la nuit de nos solitudes partagées, dépassées.


 Avec nos livres, nous construisons l’humain

Nous construisons nos demains

De nous deux mains


Quand elles tournent les pages de nos livres.

            MJA


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Annenkov - dans Ethique du blog
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche