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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 18:30

La Douleur

Marguerite Duras

Gallimard

P.O.L éditeurs 1985

Folio 2469


La Douleur qui dit  l’attente d’une femme, Marguerite. Elle attend son mari Robert. Elle ne se souvient pas avoir écrit ce texte. Elle a refoulé la douleur indicible et pourtant nommée par son texte splendide d’humanité. Si vous ne l’avez pas lu, lisez-le. Dans l’urgence d’être humain. On ne peut se vivre humain si on ne l’a pas lu. C’est un texte singulier. C’est un texte pluriel. C’est le texte générique de la Shoah. Le plus beau texte sur la Shoah. Une femme. Un homme. L’horreur. La Shoah. L’attente. Le retour ou le non-retour. Il n’est pas mort au camp de concentration. Ou il est mort. Un texte violent. Un texte qui pleure. Un texte qui dénonce. L’attente des femmes de tous les temps qui attendent le retour des hommes. C’est ça la guerre. Par millions, ils meurent, par millions des enfants juifs sont étranglés par des mains expertes. C’est sans douleur. La douleur, elle est pour les femmes qui attendent le retour de l’être aimé, pour les hommes, corps confisqué, tête à peine sur les épaules, membres décharnés. Reste le regard qui reconnaît.


Alors Marguerite elle dit que le crime il faut le partager, en faire un crime de tous et non une histoire régionale.


Alors Robert, il dit au retour même de l’enfer, qu’il n’accuse personne aucune race, aucun peuple. Il dit qu’il accuse l’homme. Il n’accuse que les gouvernements de passage dans l’histoire des hommes ; Robert il a écrit L’espèce humaine quand de l’horreur il est sorti et a retrouvé son nom Antelme.


Marguerite elle a écrit  La Douleur quand Robert n’était pas encore sorti, que sa merde ne sentait plus l’humain, que ses tripes bouillonnaient, qu’il ne mangeait plus. Quand elle, Marguerite l’attendait elle oubliait de se laver, ça la prenait la certitude qu’il était mort, et ses yeux s’épuisaient sur des listes. Elle était rivée au téléphone et la nuit elle l’imaginait. Voilà ce que des êtres par millions ont vécu : le retour. Qui a lieu ou qui n’a pas lieu. L’incroyable douleur de celle qui attend, l’incroyable douleur de celui qui revient, l’incroyable mort de celui qu’on aimait tant. La Shoah c’est ça. Du singulier par million. Du singulier qui fait générique de l’humain disqualifié.


Ne jamais oublier La Douleur dont nous sommes tous responsables que nous l’ayons vécue ou non, qu’elle soit inscrite dans notre famille ou non. Nous en sommes responsables parce que nous sommes humains et que cette douleur est humaine. Nous ne sommes peut-être pas coupables mais nous sommes responsables de ce qui nous fait Homme dans le plus beau et dans le pire. Jusqu’à La Douleur.


Je veux dire, en lisant ce récit, étreinte par le chagrin d’être femme combien je remercie Jacques Fijalkow et ses amis de Lacaune pour leur immense de travail de transmission de la Shoah. De cette transmission dépend l’honneur d’être humain.


Etreinte de lecture et relecture de Marguerite, je sais qu’à mon tour, je veux inventer une plateforme de lectures qui donnera à l’humain des lettres de noblesse anéanties par les nazis. Cette plateforme, je vous le confie dès aujourd’hui, nous la nommerons Shéhérazade. Mais elle est encore embryonnaire. Je vous en parlerai le temps venu.


Mais surtout, je vous en conjure, lisez La Douleur de Marguerite Duras.MJC

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Published by Marie-José Colet - dans La Shoah
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