Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 14:09

Dans l’espérance et dans l’amitié Pierrette Ayon, maintenant décédée d’une longue maladie, Rémy Puyuelo et moi-même nous avions coordonné un bien joli N° d’Empan intitulé « Trajets de femmes au risque du social » et Clara le lisait avec plaisir car c’était vraiment du bon travail qui se lisait comme une grammaire de femmes.

 

Ce N° d’Empan que Clara lisait avec application racontait les femmes quand elles cheminaient d’une lutte à une autre pour exister, quand elles disaient leur singulier, quand elles écrivaient leur pluriel, quand toutes décrivaient le mouvement de leur trajet pris dans le risque social qui mettait en jeu le sens de leur vie. Et Clara se souvenait alors de Camille Claudel et de ses Causeuses. Elle lisait avec intérêt ces femmes qui racontaient leurs professions, leur désir, leurs engagements, leurs lectures, leurs revendications, leurs acquis toujours remis en question. Du « leurs » qui sans leurre posaient l’altérité de leur identité, toujours en péril. Elle tournait les pages de ce N° d’Empan et lisait combien le social des femmes, avec les hommes était une histoire difficile... Les luttes des femmes, Clara en était convaincue, étaient à concevoir aux côtés de celles des hommes, parfois dans un temps autre, dans la différence mais leurs enjeux de femmes pour acquérir de « l’exister » étaient aussi ceux des hommes. Leurs pertes étaient celles de l’humanité toute entière et leur combat constituait un temps essentiel de l’histoire de l’humain. Clara lisait crayon en main, les auteurs hommes et femmes de ce numéro qui avait pris part à la réflexion de ces trajets dans leur risque du social. Ensemble, ils avaient écrit la mixité


Clara lisait ce N° d’Empan au rythme des Troubadours qui chantaient la complémentarité des garçons et des filles. Clara aimait cette longue chanson qui disait l’humour irréductible de toute complémentarité, elle aimait quand la sororité donnait la main à la fraternité dans les différences de lettres qui les écrivaient. Sororité et fraternité enfants jumeaux du lien social depuis le début des temps. Clara continuait sa lecture. Empan entamait donc résolument cette réflexion sur la complémentarité des hommes et des femmes aux prises avec le lien social : quand les femmes parlaient de leurs trajets, de la bible comme possible lien social, quand elles parlaient de leur culture, de leur histoire, de leurs amours, de leurs possibles. Le verbe parler, était dans cette revue conjuguer à tous les temps. Les verbes parler et causer avec leurs sujets masculin ou féminin, singulier ou pluriel et Clara aimait cette grammaire qui se déployait d’article en article. Clara pensait à ses mauvais esprits sans poésie et presque bêtes qui disaient que les femmes étaient bavardes. Dans ce N°, des femmes, auprès de quelques hommes relevaient le défi et, intelligentes, elles s’exprimaient sans bavarder. Clara les écoutaient, les découvraient et les trouvaient exceptionnelles dans leur simplicité et singularité, dans leur pluriel aussi. Un choeur de femmes qui disaient leurs coeur ouverts à l’humanité. Clara s’interrogeait : « A quand le féminin « d’un être » ? Un beau N° d’Empan en vérité que lisait là Clara... Dans tous ses états, dans tous ses trajets qui traçaient la politique D’Aristophane au XXè siècle, qui disait le travail quand les femmes l’inventait, qui murmurait leur désir, qui transmettait leurs expériences et leurs livres, qui rappelait sans complaisance les violences faîtes aux femmes. Clara, de page en page parcourait ces trajets là qui traçaient l’enjeu grammatical et linguistique de la cause des femmes. Et Clara pensait que ceux et celles qui pensaient que les luttes des femmes n’étaient plus d’actualité se trompaient : on en était toujours là : lutter pour exister. Ici et partout dans le monde. Dans toutes les cultures. Rien n était acquis ni à l’homme ni à la femme. Encore moins à la femme. Être des femmes avec les hommes , être filles avec des garçons, l’évidence est chantante mais le solfège est toujours à réinventer de l’humour au tragique, du rythme à la poésie, du labeur au désir. Voilà ce que lisait Clara dans ce N° 53 d’Empan

 

Avant de refermer ce n°, elle avait noté sur son carnet plusieurs livres cités dans la partie « Notes de lectures » Elle en avait lus certains, d’autres restaient à découvrir. Elle aimait tant avoir en suspens de son temps des projets de lecture, car c’était cela aussi lire : inventer un temps de nouvelles lectures et suspendre dans une mémoire du futur des livres et leurs auteurs. Et pour Clara, je recopiais dans son carnet journal :

 

Les uns avec les autres. Quand l’individualisme crée du lien. F de Singly, Paris, Armand Colin, 2003, 267 P., 23 euros


Les femmes dans le combat politique en France Frédérique Roussel Castelnau-La-Chapelle (24250). Ed. L’Hydre.2002


Mère-filles. Une relation à trois. Caroline Eliacheff, Nathalie Heinich, Paris. LGF? Col. « Le livre de poche », 2003, 6 ,5 euros

 

Le dîner de Babeth. Karen Blixen, Paris, Gallimard, 1958 (folio) La fille du berger Laura Mouzaïa Paris, l’Harmattan 1997, 169 P.&é,ç- euros

 

Femmes d’Alger dans leur appartement Assia Djebar, Albin Michel, 1980,2002, 19,5 euros


Amok ou le fou de Malaisie Oeuvres complètes de Stéfan Zweig, Pochothèque, tome I, P.213-264

 

Clara avait de ces livres là particulièrement aimé Les femmes dans le combat politique en France et Amok.

 

Tiré d'un texte inédit : La femme qui lit  MJA

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Annenkov - dans Empan
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche