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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 17:14

L’identité au risque de l’être (7)


L’identité au risque de l’adelphité


La vague


            Faire fondre en elle

            cette boule de silence

             dure et  pure

            qui vers le ciel blanc s'élance


            Cette boule de silence

             roule en elle

            depuis tant d'années

            amassant les fleurs fanées

            sur les rives de la mélancolie


            Une boule de silence

             coule en elle

            avec l'habitude de la solitude

             du temps emporte l'éternité,

            des heures épelle la multitude

            et brise l'infini


            Une boule de silence

             vers les autres s'écoule

            au coeur de la houle et de la foule

            recevant de chacun

            les vagues embruns de l'âme


            Une boule de silence

             dans un terrain vague échoue.

            De son enfance elle se souvient

            de ce terrain vague là


            C'était en face de son immeuble

            toute seule elle y jouait

            déplaçait les cailloux

            cherchait des secrets

            créait sa solitude et la cachait


            Une boule de silence

             vers son enfance roule

            dans un vague terrain vague

            Un vague sentiment de vague à l'âme


            Soudain ça hurle  ça l'enroule

            La vague l'emporte loin et elle coule

            Au loin, dans la lumière

            sur la vague roule

             comme une pierre


            Une boule de silence                                                                            25.02.2001

           






Il était une fois les humains

Il était une fois leur solitude à crever

Il était une fois une boule de silence

            Vint alors pour les sauver

L’immense adelphité


J’adore ce mot « Adelphité » qu’un jour, j’ai découvert par hasard en surfant. C’est un mot rare, précieux qui dit l’harmonie entre les hommes et qui bien sûr vient du grec, Aleph qui a donné ses lettres de noblesse aux mots Fraternité et  Sororité. J’aime les mots qui viennent du grec, ils me font rêver car ils viennent de très loin et ont voyager à travers l’humanité. Ils ont bien du mérite à avoir survécu à la galère du temps de l’être.

Et donc, l’adelphité est venu nous sauver de la solitude. Ce que je veux dire, c’est que notre identité se forge au risque d’être ensemble.

Pour moi, le risque d’être ensemble passe par le privé, ma famille, dont je ne parlerai pas, respectant justement l’essence splendide du privé mais aussi par l’espace public et citoyen, je veux dire, pour moi,  le militantisme. J’ai toujours été une femme militante et citoyenne. A l’école je me présentai toujours comme déléguée de classe, au collège, dès mes 15 ans, je faisais partie d’un mouvement de jeunesse, rouge, tout rouge, bien sûr je n’ai pas raté Mai 68, et en tant que professionnelle, je n’ai pas raté pas non plus mon engagement syndical, maintenant à la retraite, je participe à deux associations : une qui défend le droit des étrangers, l’autre qui me permet d’être avec des personnes en situation de handicap.

Ce que j’aime dans l’espace citoyen, c’est la chaleur d’être ensemble, de partager des convictions profondes qui nous transcendent et nous font vivre debout, souvent dans la résistance, toujours dans l’espérance. J’ai un oncle, dont j’ai parlé dans mon autofiction La Femme en Retard qui a été fusillé par les allemands à l’âge de 20 ans. On ne lui avait pas pardonné son engagement splendide pour la liberté. Il s’appelait Roger, toute ma vie ma famille m’a appelé José. Roger, José. Je trouvais que cela rimait et que nos syllabes identitaires étaient  proches. Alors, j’ai marché dans ses pas  de l’idéal presque idéal. J’espère que je n’en mourrai pas comme lui.

Pour le moment cet idéal me fait vivre. Je suis fière d’être idéaliste, utopique et tout ça et tout ça que les gens « réalistes n’aiment pas. » Je suis fière de n’être pas réaliste, je suis fière d’être portée par les mots, fraternité, sororité, adelphité, liberté, égalité, planète, universalité, interculturel, respect des étrangers, respect de la différence sous toutes ses formes et tout et tout. Je suis fière non d’être bourguignonne puis que je suis d’origines mêlées au possible et à l’impossible, mais fière d’être militante dans le fils des réunions et des manifestations, des cercles de silences, des rencontres avec tous, et bien sûr toujours dans le mouvement de mes livres lus qui me disent les engagements des autres quand ils deviennent les miens.. Fière malgré le découragement qui parfois m’assaille. C’est si dur d’être toujours dans l’incertitude du lendemain, dans la précarité de l’espoir, de marcher sur les trottoirs, pensant toujours à ce que pourrait être le monde si la barbarie reculait, si la justice advenait, si les médias se taisaient, si on prenait le temps de vivre à l’heure de regards.

C’est de ces regards que je veux vous parler, là maintenant, dans l’urgence avant de de n’être que lasse solitude, avant que la vague ne m’enroule et que mon silence advienne.

Je veux vous parler de Noémie qui  dessine son silence dans un splendide poème, qui dans un autre raconte l’intolérance qu’elle a vécue, elle la différente, qui raconte encore son chagrin quand elle se rend jusqu’aux frontières de l’ennui, qui raconte peut-être l’accident de voiture qui a brisé sa vie.

Je veux vous parler  de Yannick et Claudie Debrouat, qui dans le temps de mon blog racontent avec pudeur et profondeur, leur vie « sans regard » et qui nous dis le miracle que fut pour eux de faire de la poterie et de la sculpture..

Je veux vous raconter ma rencontre persévérante avec Pierre Constant, président de l’ASA 82, auberge espagnole, qui n’a d’autre raison d’être que « d’être ensemble » avec ou sans handicap, au fil des évènements de l’association, au fil des goûters et des ballades, au fil de réunions difficile pour élaborer cet être ensemble » si peu évident pour la société de maintenant.


Je veux vous parler de Magali et Jessica, celles là qui assurent présence, sourires et dynamisme auprès de personnes en situation d’Handicap,


Je veux vous parler de Pier Paolo, toujours sur la brèche de l’ASA 82


Je veux vous raconter mes amies et collaboratrices Anne Dubaele-Le Gac et Nicole  Rouja qui ont fait profession de permettre la reconnaissance de personnes en situation d’illettrisme reconnaissance et accès au monde de l’alphabet en formant tant de formateurs au travail.


Je veux vous parler de mon amie Nadine Bernez-Cambot qui porte aussi haut qu’elle le peut son engagement dans la psychanalyse et qui dans la douceur de fins d’après-midi partagent avec moi thé et confidences de femmes


Je veux vous parler de Christiane Pierdlé, équipière bénévole de la Cimade, qui avec énergie et douceur écoute, jour après jour, les étrangers trop souvent si mal accueillis par notre pays des Droits de l’homme.


Je veux vous parler de Juliette et de ses magnifiques poèmes sur l’Afrique, sur la femme et sur les immigrants, je veux vous parler de son courage qui lui fait se rendre à Emmaüs chaque jour.


Je veux vous parler de Brigitte Lamouri qui fait de chacun de ses jours un combat patient et efficace pour le droit à l’égalité des femmes et contre les violences si violentes exercées sur elle.


Je veux vous dire mes compagnons  et compagnes de clavier qui m’aident chaque jour à contourner la solitude de l’écriture qui me livre à ma béance et qui la comble tout à la fois


Je veux vous dire mes amis d’Empan, mes amis d’espoirs, mes amis si intellectuels, mes amis au travail de leurs articles si rigoureux, si intelligents, documentés et travaillés, mes amis de bibliographie, mes amis inventeurs d’humanité.


Je veux vous dire mes compagnons et compagnes de clavier, leurs encouragements, et leurs silences dans lesquels j’ai si souvent trouvé la force de continuer d’écrire malgré des doutes comme des torrents.


Je veux vous parler de tous ceux que je croise dans ma vie de citoyenne et qui dans le temps de leur regard me réchauffent et me disent que c’est possible de vivre malgré ma solitude existentielle, celle de tous.


Je veux vous dire, dans le temps d’un poème, des femmes que j’ai rencontrées et des vous demander de les écouter


Ecoutons ces femmes venues d’ailleurs


Elles racontent l’attente

de leurs papiers pour vivre dignes et travailler

Elles racontent le poids

des lois injustes qui les exilent une seconde fois

De leurs pays et de leurs vies,

Séparées de ceux qu’elles aiment

Elles racontent les violences

qu’elles doivent taire

Leurs peurs et leur chagrins

Elles racontent... Ecoutons les...

Accompagnons les de notre amitié

Dans le fil du temps de leur détresse

Et avec un sourire ou un mot

Glissons dans le regard

L’espoir d’une étoile.


L’adelphité, c’est l’espoir d’apercevoir une étoile. Nous sommes tous étoiles du firmament humain. Certaines sont plus brillantes que d’autres, certaine plus lointaines, certaines appartiennent  à des constellations. Ma conviction profonde, celle qui me fait vivre et tenir debout, malgré les tourments et les tempêtes est que chaque étoile participe à la beauté du firmament humain.

Je vis sous le ciel étoilé de tous et dans l’adelphité, chaque jour j’invente mon identité au risque d’être avec les autres dans le dur labeur de parler et d’inventer ensemble,  un monde presque meilleur.



Mon identité au risque d’être lectrice



La lecture comme déconstruction du souvenir d’enfance

et reconstruction du sujet indivis



6 novembre 2007. J’écrivais pour Empan l’article suivant et au sortir de cet article je faillis mourir écrasée. J’étais distraite à moi-même et hors passage protégé. Ne serait-ce la vigilance extrême du conducteur providentiel, je serai morte par inadvertance. Voici l’article en question et mes commentaires à la lumière de mon Alhambra :


DE MEMOIRE


Nous avons tous une mémoire de tout ce que nous désirons  oublier : l’impossible et l’horreur de ce qui a fait échec  à nos identifications oedipiennes dans le fantasme et dans la réalité. Nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre, au jour le jour et dans le fil de nos nuits et de nos cauchemars à la préhistoire de notre libido :  jouissance interdite : tuer le père, (pour le fils), aimer la mère (pour le fils), aimer son fils (pour la mère), aimer sa fille (pour le père), aimer son père (pour la fille). Et pire encore lorsque l’inceste se joue dans la réalité...


J’interroge : et si la lecture était le domaine privilégié de cet oubli ?


Je dis cela parce que c’est à 6 ans  qu’on apprend à lire et à écrire, qu’on accepte l’ordre de l’alphabet, l’ordre du langage. Pour accepter cet ordre il faut avoir accepté et « être » dans l’ordre symbolique qu’introduisent les identifications oedipiennes. (Nous ne symbolisons jamais totalement ; toute la vie notre jouissance impossible revient sur le tapis de notre vie avec nos symptômes, avec nos cycles dans lesquels nous rejouons notre impossible jouissance jusqu’à la destruction d’être et jusqu’au néant qui lui est associé... Pulsion de mort à l’oeuvre.)


Ma première perception de l’illettrisme a toujours était celle d’un chaos. Comme si le chaos des lettres et des mots était la métaphore d’un chaos intérieur, comme si c’était une façon de compenser la souffrance qui pourrait en découler. Une fois quelqu’un m’a dit que je me tenais voûtée pour ne pas souffrir du mal au dos et c’est vrai je ne souffre jamais du dos. Se mettre en situation d’illettrisme c’est une façon de se tenir voûté pour ne pas avoir mal à l’âme comme dans la psychose par exemple. Le psychotique a très mal à l’âme, il ne compense ni par un dos voûté (l’illettrisme), ni par des symptômes, ni par des actes manqués.. L’inconscient est à ciel ouvert


Pourquoi certaines personnes, comme les psychotiques, qui connaissent un immense chaos d’identifications oedipiennes savent lire et écrire contrairement à ceux qui sont en situation d’illettrisme? Je pense que pour  les psychotiques la nécessité de lire et d’écrire est plus forte. C’est lire et écrire ou mourir. Le chaos est si fort que c’est la seule façon pour eux de se rattacher à l’humain. Leur chaos est purement symbolique et de se tenir voûté, pour reprendre la métaphore précédente ne suffirait pas pour leur économiser la douleur alors que pour les personnes en situation d’illettrisme la compensation par leur illettrisme est encore possible, jouable. J’aurai envie d’écrire que les personnes en situation d’illettrisme ne sont probablement pas psychotiques et qu’il faut les aider parce que c’est possible encore de s’y reconnaître pour eux dans leur désordre. Il faut les aider à ranger leur maison symbolique. C’est ce que faisait le psychanalyste Chassagny. Il les aidait à se repérer par des associations « de sens » comme des torches de lumière qui éclairaient leur maison. Pour ranger, il faut de la lumière et du désir, du désir et de l’amour. Pour les illettrés c’est encore jouable : par des associations, en parlant, en posant le transfert. Poser le transfert c’est poser de l’amour. Je t’aime assez pour devenir cette mère incestueuse, cette mère toute-puissante ce père incestueux, ce père violent, je t’aime assez pour poser ton désordre, pour t’aider à t’y reconnaître, à apprendre à lire et à écrire. Je veux bien devenir ta mère suffisamment bonne qui peut te transmettre les lettres. Pourquoi la mère suffisamment bonne ? Parce que pour apprendre à lire, pour « créer » l’alphabet, il faut jouer et rejouer l’impossible séparation d’avec la mère. Et cela peut  se faire avec l’objet intermédiaire qu’est le livre à partir du quel « il peut vivre sur la scène de ses identifications ». Quitter la fusion maternelle pour y trouver  l’alphabet. Le père lui c’est autre chose. Il aide là-dedans, dans cette histoire, en introduisant un ordre nécessaire dans l’alphabet mais la mère elle aide en rejouant la séparation et la permanence de l’amour. Tu peux partir, je t’aimerai toujours, donc tu peux découvrir le monde, le lire et continuer de créer.


La mère aide à se séparer, le père aide à ranger, à ordonner. Je réfléchis. Pour aider à ranger une  maison de lettres il faut du père et de la mère. De l’écriture féminine intuitive et de l’écriture masculine rigoureuse. D’où la nécessité de diverses séquences : de déchiffrage (le père), créatives la mère. C’est ce que  je m’applique à faire dans mes ateliers.

Klee a peint deux très beaux tableaux. L’arbre aux maisons  et Le jeune arbre que j’ai perçu comme un arbre aux lettres. Je pense à l’illettrisme dans ces tableaux. L’arbre c’est le sujet, les maisons c’est ce qu’il essaie successivement de ranger, de métamorphoser, d’élaborer, de symboliser, les lettres ce sont de l’alphabet coloré (alphabet : le père, coloré : la mère) sur nos branches identitaires. Chercher, aménager, rendre possible et visibles, les rendre acceptables par la cité, maisons et arbres, identité et lettres. Ce travail là constitue l’occupation du poste de lecteur. Quand ce travail de symbolisation ne se fait pas pour cause de désespoir (et d’autres multiples causes ainsi que le mentionnent Véronique Leclercq, Jacques Fijalkow et de nombreux autres) le poste de lecteur reste vacant.


Pour la psychose c’est plus difficile, voire même impossible à cause de l’immense souffrance qui a pulvérisé la maison, souffrance et désorganisation absolue. Je crois que ce n’est pas une histoire de degré mais une histoire d’organisation oedipienne différente. L’illettré a une maison en désordre mais il a une maison. Le psychotique n’a pas de maison, car  la loi oedipienne est définitivement transgressée. Pour survivre à cette mort psychique, à cette absence de maison, il a alors la nécessité absolue de lire et d’écrire, d’épouser l’ordre de l’alphabet, voire même d’apprendre dictionnaire et annuaire par coeur, sinon il meurt. Il épouse et il épuise l’ordre de l’alphabet qui obture son chaos. Il occupe sa place de lecteur, s’y accroche jusqu’à la néantisation de la réalité. La lecture se constitue entre découverte de la réalité (lire le monde) et sa négation (se plonger dans l’oubli de sa jouissance voire même s’y laisser engouffrer)

La personne en situation d’illettrisme ne possède que du désordre pour mal obturer son chaos mais amour et transfert avec lui sont  jouables pour l’aider à réintégrer la cité, même voûtéé

Le psychotique est un être pulvérisé de l’intérieur et la seule chose jouable et « d’y être » avec lui dans son chaos, de le partager, de partager sa souffrance et aussi sa nécessité d’ordre réparatrice : ses livres. Peut-être alors, se rapprochera-t-il des portes de la cité sans y rentrer malheureusement.


Mais, il me semble aussi qu’il y a beaucoup à chercher tant pour les personnes en situation d’illettrisme que pour les psychotiques du côté du temps et de ce que Ouaknine appelle la chronothérapie que constituent les livres (Voir son ouvrage « La bibliothérapie ») Mais là encore, il faut distinguer. Si le temps des personnes en situation d’illettrisme est altéré, il reste le temps  commun de tous alors que pour les psychotiques, le temps n’est pas le même. Les psychotiques vivent au temps de l’inconscient et la chronothérapie ne sera pas la même pour les unes et pour les autres. Pour les premières, il faudra retrouver la chronologie du temps et des livres, pour les seconds, il faudra reconnaître et partager leur temps différent par leurs livres et par leurs mots. Là se jouera l’impossible chronothérapie. Chez les premiers la chronothérapie est jouable, chez les seconds, elle relève de l’impossible, impossible à vivre et à partager malgré tout, il en va de la viabilité des psychotiques et de leur entourage. Partager le temps des psychotiques en partageant ses livres.


Chercher ensemble. Tous ensemble. Chercher et trouver car habiter le monde, le lire et se l’approprier symboliquement est la nécessité de tous. Lire, parler, être entendu, reconnu dans la dignité d’humaine. Liberté, égalité, fraternité, sororité, adelphité.  Démocratie


Les livres constituent pour moi un immense espoir de donner à l’humanité un visage d’enfant, enfant souffrant, enfant de douleur et de désordre, enfant bafoué par trop de grands qui ne veulent plus ni  de leur souffrance, ni de leur enfance, qui l’obturent (chacun à sa manière). Les exclus sont des êtres voûtés, les adultes sont trop souvent des gens qui se tiennent droit comme des piquets, raidis par la peur de leur enfance qui fut désastreuse. Être humain, c’est pour moi accepter ses difficultés de dos, savoir qu’on peut en souffrir, tenter de moins en moins en souffrir pour continuer mais pas au prix de l’inhumanité et de la raideur. Lire c’est assouplir son dos et son âme par la relativité du savoir et de l’oubli, c’est ranger sa maison,  sans obturer son désordre et continuer dans la quête d’un ordre où le désordre à sa place... Et, je pense là à La complexité du savoir d’Edgar Morin.


 Lire, c’ est occuper sa place de lecteur, sans la remplir, c’est accepter « le jeu » du lire et du non-lire, c’est accepter l’interstice de l’existence et de l’humain. C’est lutter contre le néant tout en acceptant qu’il survienne, c’est accepter de vivre malgré la mort. Lire c’est sublimement sublimer.


Lire, c’est sublimer au service de la paix,  je l’ai lu dans le livre qui s’avance :



Le livre d’Albert Einstein et de Sigmund Freud

Pourquoi la guerre ?
Rivages Poches/Petites bibliothèque
2005


J’ai une amie qui aime à me dire que la Bible est le livre des livres, est qu’à elle seule, la bible est toute une bibliothèque.

Je reprends l’assertion de mon amie et je dis que ce petit livre de 65 pages de Freud et D’Einstein est à lui seul une bibliothèque de livres pour la paix. Ce livre ouvre sous nos regards attentifs des chemins de connaissance : le droit, la politique, l’histoire, la philosophie, la mythologie. Nous pensons tour à tour à Marx, à Jean-pierre Vernant, à Hannah Arendt, aux auteurs qui nous ont conté l’histoire de Rome ou de la Grèce, nous pensons aux guerres de religions ou au conquistadors. Et soudain s’ouvre sous nos pieds le gouffre de la seconde guerre mondiale.

Un livre qui a une histoire, celle de la rencontre de deux hommes de génie en Europe, dans une période violente : les années 30. Deux hommes, deux chercheurs, deux hommes juifs. Pas de la même façon : un, (Einstein) plus sioniste que l’autre (Freud). Freud est fier de l’Université de Jérusalem, fier des kibboutz mais il pense que La Palestine ne pourra jamais être un état juif, que le monde Chrétien et Musulman ne laisseront jamais faire. Il aurait mieux fallu pensait Freud que la patrie juive s’installe ailleurs ; mes pensées vont vers Hannah Harendt qui décrit si bien dans les Origines du totalitarisme les divers possibles du sionisme.

Un livre, une correspondance poignante d’intelligence. Une correspondance dans le cadre de la Société des Nations dont Einstein à souhaité démissionné à plusieurs reprises pour plusieurs raisons, la principale étant qu’en tant que juif il ne pouvait représenter l’Allemagne. Une correspondance dans le cadre de l’Histoire. 27 février 1933 : incendie du Rechstag, une correspondance qui deviendra un cadeau de Freud à Mussolini, une correspondance qui deviendra dans l’histoire des hommes un lieu d’interrogations sur la guerre, sur la paix.

Plus, je relis ce livre plus j’ai envie de le relire, il est d’une telle richesse, d’une telle intelligence, d’une telle simplicité ! Mais il est aussi un livre complexe, parce que l’humanité est complexe ; à chaque fois que vient le temps de le fermer et de reprendre mon chemin, je reste un long moment pensive comme si ce livre à lui seul pouvait m’aider dans mon interrogation immobile et désespérée de toujours : pour quoi la guerre ?

Pourquoi la guerre ? Pourquoi la violence ? Pourquoi le droit ? Pourquoi la force ? Pourquoi les communautés ? Pourquoi des intérêts pour les pays ? Pourquoi l’histoire ? Pourquoi la Paix si difficile, partout et de tous temps? Me voici l’enfant égrainant devant mes parents perplexes mes Pourquoi ? Et point par point, Einstein puis Freud déclinent ces pourquoi et moi, à chaque fois le sens m’échappe mais j’y reviens fascinée mon crayon en main. Je trouve ce livre terriblement dur à lire dans son apparente simplicité peut-être parce que tout simplement il me renvoie à ma propre violence, à ma propre pulsion de mort moi la pacifique, moi la vivante. Il y a là quelque chose que je ne peux nouer dans l’intelligence du livre. Qu’est que j’oublie là chaque fois dans ma nouvelle lecture de « Pourquoi la guerre ? » Qu’est que j’échoue à vous transmettre de ce livre que j’aime tant ? Je ne sais pas. J’échoue à le transmettre mais comme j’aimerai le partager, comme j’aimerai ne pas être désespérée en lisant la conclusion de Freud ayant trait à la force de la culture pour canaliser la pulsion de mort, comme j’aimerai ne pas être désespérée et être convaincue par l’assertion de Freud que la culture travaille pour la Paix ! Mais je ne sais pas. L’Allemagne, l’Autriche n’étaient-elles pas des nations cultivées ? Combien de fois me suis-je heurtée à cette question là, les larmes au yeux ? Alors à ma façon de femme, à ma façon de lectrice, à ma façon d’animatrice d’ateliers de lectures, une fois de plus je réponds que: l’essentiel n’est pas la culture, (trop souvent la culture d’une élite social) mais la culture parlée par tous, humbles et grands, la culture sans l’exclusion des mots et des affects qu’elle emporte, la culture à l’écoute de la tendresse de celui qui la porte, de ceux qui l’inventent. Les ateliers de lectures ne sont pas des lieux de culture mais des espaces temps pour des personnes de toutes origines sociales parlant ensemble les mots des livres.

Pourquoi la guerre ? Parce que les hommes inscrits dans la relativité du temps et de l’espace ne savent ni lire ni parler pour cause d’inconscient.


Bibliographie


A la recherche du temps perdu / Marcel PROUST.- Gallimard, 1999.- 2048 p. (Quarto)

Bibliothérapie. Lire, c’est guérir / Marc- Alain OUAKNIN.- Seuil, 1998.- 409 p. (La couleur des idées)

Comprendre la complexité - Introduction à la Méthode d’Edgar Morin / Robin FORTIN.- Les presses de l’université de Laval - L’Harmattan, 2005.

Condition de l’homme moderne / Hannah ARENDT - Préface de Ricoeur.- Calmann-Lévy, 1961-1983 (Pocket)

Conversations ordinaires / DW. WINNICOTT.- Gallimard – NRF, 1988.- 308 p. (Connaissance de l'inconscient).

Du lire au dire In Empan, n° 19 - dossier : Mémoire, institution et transmission.

Eloge de la lecture - la construction de soi / Michèle PETIT.- Belin, 2002.- 159 p.

Fabrique des exclus (la) In Empan, n° 42 - dossier : Pratiques artistiques en milieu soignant.

Illettrisme et psychanalyse.- Immédiat - Arale, 1992.

Introduction à la pensée complexe / Edgar MORIN.- Points Seuil, 2005 (essais)

Jeu et réalité / DW. WINNICOTT.- Gallimard - Folio Essai, 1971-2002.- 275 p.

Lecture comme jeu (la) / Michel PICARD.- Les éditions de minuit, 1986.- 328 p.

Malaise de la culture (le) / Sigmund FREUD, Pierre COTET (Trad.), René LAINE (Trad.), Johanna STUTE-CADIOT (Trad.)- PUF, 2004.- 93 o. (Quadrige Grands textes)

Trois essais sur la Sexualité Sigmund Freud Vérifier edition

Organiser la résistance sociale - Transformer les fragilités / Fred POCHÉ.- Chronique sociale, 2005.

Récits de vie (les) : application de la démarche dans les formations "Savoirs de base" / M.C. TABARAUD et D. ROZIS.- Toulouse : BPS, 2000.

Reconstruire la dignité / Fred POCHÉ.- Chronique Sociale, 2000.

Savoirs, la réciprocité et le citoyen (les) / par Claire HÉBER-SUFFRIN.- Desclée de Brouwer, 1998.

Sur la lecture - Perspectives sociocognitives dans le champ de la lecture / Jacques FIJALKOW.- Editeur ESF, 2000.- 208 p. (Didactique du français)

Sur la lecture In Empan, n° 61 - dossier : Management et idéologie managériale.

Une approche thérapeutique de la psychose : Le groupe de lecture / Dominique FRIARD.-Editions hospitalières, 1997 (Collection Souffrance psychique et soins)

Le livre d’Albert Einstein et de Sigmund Freud : Pourquoi la guerre ? Rivages Poches/Petites bibliothèque ; 2005

Madame, je veux apprendre à Lire/Marie-José Colet en collaboration avec     Anne Dubaele-Le Gac et Nicole Rouja Editions Erès (à paraître en 2008)


C’’est  cette bibliographie qui introduit à la lumière d’être, qui introduit et la déploie, cette bibliographie qui écrit  le sens de ma vie que je vous quitterai.

J’ai toujours aimé l’inachevé et ceux qui suivent mon blog de près verront que je n’ai pas développé ici le volet « XX, »,  le volet Femmes. Je le laisse en devenir de mes lectures et de mon écriture, en devenir de ma vie. Un devenir à inventer ensemble, en marchant sur une route commune d’adelphité ; il y a tant à faire ! Je commencerai, le tome 2 de La route des livres que nommerai « L’identité au risque de l’engagement » par le chapitre  « Femmes engagées ». C’est promis ! … Un nouveau projet, un nouveau livre en attente, un espoir, un coquelicot  à bientôt cueillir.

Et dans cette suspension , je vous dis au revoir et à bientôt sur La route des livres dont vous trouverez le tracé sur mon blog quotidien « Les Inventeurs de lectures. »


Un mot encore, vous l’aurez deviné, si mon identité est au risque d’être lectrice, elle est simultanément au risque d’être écrivaine. Mes derniers mots seront donc :


  Ecrire est un grand désordre, une grande tension, qui nous met aux prises avec une  « chose étrange »,  une « chose » venue de la nuit de l’âme  pour faire lumière sur la page, une chose avec laquelle on n’en a jamais finit, une chose qui insiste et se répète.


          Cette  chose... 

          Ce serait un fil à tirer

          Un noeud à défaire

          Un point à l’endroit

          Un point à l’envers

          Deux pas à gauche

          Un pas à droite.


  Ce serait un texte tissé, dansé, défait, ni fait, ni à faire, toujours à refaire


           Ecrire serait mon ailleurs.

           J’ écrirais à partir du manque.

Je ne saurais rien de mes ancêtres.

C’est cela qui ferait de moi 

une femme au conditionnel.

           Des perles de silence et de brume.

           L’écriture est ma fugue solitaire.


           J’ ai l’obsession du temps qui passe.

.


 Je vous remercie de m’avoir lue jusqu’au bout, au risque d’être, inventant  avec moi cet humanisme du temps mêlé des émotions et des savoirs, dans les vulnérables  empreintes de nos pas sur La Route des livres.


En route !



Marie-José Colet

Montauban, le 28.08.2009.


Surtout ne manquez pas mon Annexe qui est le seul enjeu du verbe vivre ! MJC (voir article suivant).

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Published by Marie-José Colet - dans En route !
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commentaires

chrys722 24/09/2010 11:36


de mes errances sur le net en vos pages je suis arrivé et ce fut un plaisir de m'y etre arreté


Marie-José Annenkov 24/09/2010 15:15



je vous remercie de vos mots généreux qui m'encouragent. Amitiés Marie-José



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