Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 13:37


 La route des livres

(1)

L’identité au risque de l’être (1)

 

A ceux, qui de l’aube au crépuscule  s’appliquent à être.


  Présentation


Un jour de printemps 2009, j’ai crée mon blog « Les inventeurs de lectures » dans lequel j’ai écrit de nombreux articles sur mes livres préférés.

J’introduisais ainsi mon blog "Les inventeurs de lectures"

 « Je suis inscrite dans la vie associative de la ville de ma cité ; l'écriture et la lecture ne prennent leur sens pour moi que dans la générosité d'une riche vie citoyenne.

Je souhaite que ce blog soit consacré à la lecture, à ses recherches, à ses expériences.
Je souhaite qu'il invente des ateliers de lectures selon une éthique de liberté, de démocratie, d'humanisme.
Je souhaite que ce soit un blog toujours en quête d'Humain.

J’ai décidé de créer mon blog. « Les inventeurs de lectures » pour créer, écrire, parler avec vous de mes travaux, des vôtres, pour partager nos lectures. Pour inventer nos lectures. Inventer nos lectures cela veut dire créer leur mouvement, leur donner à chaque fois un sens, notre sens existentiel ou citoyen. Un  livre n'existe que de la lecture de ceux qui le recréent, l'inventent, le partagent  tout en respectant profondément le sens qu'a souhaité lui donner l'auteur. Inventer ses lectures c'est un travail de haute voltige. »

J’ai décidé de continuer avec vous, le travail commencé avec mon livre Madame, je veux apprendre à lire ! (Editions Erès, printemps 2008) écrit avec la collaboration de Anne Dubaele-Le Gac et Nicole Rouja, actuellement chargées de mission de formation et d’accompagnements de projets à Ressources et Territoires.

Le thème général de mon blog « Les inventeurs de lectures » est :

Recherches sur la lecture, sur les ateliers de lecture et partage de lectures.

 Le blog Les inventeurs de lectures est ma maison symbolique. Cette maison de livres, mes livres, avec un espace pour les vôtres,  je vous invite à la découvrir, à  la visiter quand le désir vous en prendra. »

Puis, un jour d’été 2009, j’ai eu le désir de prendre la route avec mes livres, de vous inviter à marcher avec moi, vers un monde presque meilleur, où le verbe être serait notre boussole et notre lumière, notre guide pour découvrir un humanisme transversal, où chacun ne serait pas compartimenté dans un savoir saucissonné. Il me semble si essentiel de se connaître les uns les autres, de s’intéresser à nos recherches mutuelles puis de repartir approfondir notre savoir. Chacun chez soi, mais  chacun avec tous. Cela me paraît une bonne démarche intellectuelle. Alors, j’ai écrit une synthèse de mon blog  présent  puis je l’ai nommée « L’identité au risque d’être. »

Si le cœur vous en dit, prenez la route avec moi, par ce présent livre.  Je serai si heureuse de marcher, de lire, de parler, de créer  avec vous sous le soleil du verbe être !
 

Le Risque


Se lancer dans l’écriture comme dans l’océan  puis nager, comme au début de la vie quand on sort du ventre de la mère. Nous sommes jetés dans la vie un jour de lumière ou une nuit obscure avec ou sans lune. Nous ne comprenons  rien à ce qui nous arrive mais il faut faire vite. Respirer, crier et continuer. Prendre le risque d’être. Puis vient notre prénom, notre nom. La reconnaissance grâce à laquelle nous  faisons partie de l’humanité Nous avons  pris le risque d’être alors nous voici doté d’une identité. Pour la vie. Ce qui fait identité, c’est notre prénom ; notre nom peut changer, enfin du moins pour les femmes qui avec l’incertitude de leur nom signe déjà l’incertitude de leur statut. Rémy Puyuelo a écrit beau texte sur le pronom quand il fait identité  : « Un prénom pour la vie », un texte poétique et vigoureux comme un bébé.


Qu’est donc, ce risque d’être de l’écriture en regard du risque premier risque néo-natal ? Et donc, je me lance, j’y vais, l’eau semble bonne, l’océan de mes mots est là à portée de mon identité de femme libre. SPLAH !


La lecture, mon engagement, ma boussole, mon guide, mon cheminement, ma route, ma direction, mon ciel, mon miel, mes jours, mes toujours, ma nuit, mon firmament, ma terrasse,  mon toit, mes lunes, mes dunes, mes doutes, ma faille, mon manque, ma marque, mon départ, ma solitude, mon temps, mon abandon, mon espoir, mes bleus, mon gris,  ma foi, mon « comme moi » « mon comme toi », ma colère, ta révolte, je tonne, je donne, je continue,  ma grange, mes langes, mon ange, mes réponses, mes rencontres, ma gentillesse, ma marge,  ma couverture, ma protection, ma construction, mon identification, mon identité, ma citoyenneté, ma fortification, mon invention, ma création, ma récréation, mon carnet, mon cahier, mon clavier,  ma confidente, mon miroir, mon or, jamais ma mort,  ma page trop sage, mon âge, mon rivage, ma spirale, ma feuille, mon deuil, mon gouffre, ma plaine si pleine, mon silence, mon regard ma conversation, ma répétition, ma dormition, ma séparation, ma souffrance, mon articulation, ma mémorisation, ma réparation, ma ville, mon île, ma catastrophe, mon apostrophe, mon ordinaire, mon imaginaire, mon extraordinaire, ma terre, mon commentaire, ma mère, mon ère, mes pères,  ma mémoire, l’Histoire, mon histoire, mon je, mon suspens, ma pause, mon absence, mon navire, mon repos, mon dodo, mon doudou, mes ateliers, ma recherche, mon théâtre, mes tragédies, mon dit, mon lit, ma scène, l’autre, mon autre, mes autres, mon lien, mes biens, ma victoire, mon espoir, mon application, ma duplication, mon risque, mes coussins, mes efforts, mon attente, mon enfance, ma latence, mon évanescence, ma permanence, mon errance, ma phosphorescence, ma persévérance, mon insistance, mon oubli, mon éblouissement, ma force, mon enthousiasme, ma ferveur,  ma fenêtre, mon chant, mon blanc, mon dedans, ma musique, ma majuscule, mes minuscules, mon souffle, ma rature, mon écriture, mon écran,  ma culture, mes larmes, mon rire, mes dires, mon arme, mon air, ma splendeur, mon heure, mon arbre, ma parole, mon balbutiement, ma verve, mon rêve, mon Eve, ma sève, mon verbe, ma rime, mon lien, mon partage, mon écoute,  mon coquelicot, mon intérieur, mon antérieur, mon oblique, ma demeure, mon abri, ma maison, mon seuil, mes deuils, mes écueils, mon recueil, mon rocher, mon désert, mon vertige, mes vestiges, mon alphabet, mon relatif, mon absolu, mon mieux, mon soir, mon tilleul, ma fierté, ma priorité, ma date, ma naissance, mon immense, ma renaissance,  ma profondeur, ma couleur, ma chaleur, ma santé, mon paysage, mon âge, mon  voyage, mon ventre, mon antre, mon attente, ma chambre, mon creuset, mon érosion, mon évasion, ma balade, mon souffle, mon choix, mon plaisir, mon enchantement, mes lettres, mon être, ma dette, ma culpabilité, mon mensonge, mon secret. Mon secret, dans le temps du lire jamais dit, mon nom quand il dit non, dans l’inépuisable.


J’inventerai la fiction de toutes mes fictions qui me créent loin des secrets.


J’existe à partir des livres, je suis née pour les connaître et les nommer « Liberté »


Liberté de lire, liberté d’écrire dans le fil de mon temps de femme, dans mes nuits, dans mes jours, dans mes Toujours, dans mes amours, avec amis, avec mes compagnons de clavier. Mais surtout pour mes enfants et petits enfants. Leur dire ce à quoi je crois, leur dire mes combats, leur dire mon cœur qui bat. leur dire tant de mon âme incertaine,  écrire au passé, au présent, au futur de nos vies emmêlées.


Je suis née pour  connaître et  nommer mes livres dans le mouvement d’une éthique de l’être. Vivre sans éthique, c’est mourir de ne rien comprendre à sa vie, au monde comme il tourne, au temps comme il s’arrête, c’est ne rien comprendre à nos rencontres avec les autres, à nos engagements personnels et professionnels. Chacun, son fil d’Ariane pour se retrouver dans son labyrinthe identitaire, chacun,  son trapèze pour s’élancer dans l’air du temps de son désir d’humain, celui d’hier et de demain.. Mon trapèze c’est ma bibliothèque. Je lis pour donner du sens à ma vie ; donner du sens à  ma vie, c’est vivre deux fois.


J’existe à partir des livres que j’aime et mon identité passe par mes livres. J’ai crée un blog « Les inventeurs de lectures » pour les raconter à ceux que j’aime, pour partager les peines et les joies, mes engagements quotidiens qu’ils portent dans le fil des pages que chaque jour depuis toujours, seule, dans le silence de ma vie, je tourne.


Je prends le risque d’être dans le partage. C’est à partir de ce partage que mon identité se constitue. J’aime tant les mots d’Hannah Arendt dans son journal et dans ses livres quand elle dit que pour être Un il faut être Deux. C’est cela, exactement que je veux dire, je veux prendre le risque du Deux et même du Mille pour exister UNE.


Je veux être UNE reconnue pour mes mots, pour mon écriture, pour mes actes, pour mes engagements, dans le temps de l’action et de la parole écrirait Hannah Arendt. Pour mon blog, pour la relation de mes livres, pour mes relations avec vous, je veux lutter contre l’immédiateté de notre époque, contre ce règne de l’avoir qui nous ronge et nous détruit. Je veux être femme, je ne veux pas être femme qui possède ni être femme possédée.

 

Mon identité, je la parie chaque jour. Un pari contre Thanatos, un pari contre tout ce qui fait destructivité, un pari contre la guerre et la maladie, un pari contre la haine et l’envie, un pari contre la culpabilité, un pari contre la solitude, un pari contre mon égoïsme et mon agressivité toujours à l’œuvre, un pari contre la tyrannie de certains, un pari contre la méchanceté de certains autres, un pari contre la bêtise.

 

Mon identité, je la parie chaque jour, avec panache, au risque d’être.

Être est un risque et je suis une femme téméraire, casse-cou. Je suis une cascadeuse de l’être, une trapéziste hors-pair, une chatte sur un toit brûlant, je ne suis que mouvement, qu’envolée, je suis l’insaisissable, la pardonnable, la timide, l’enjouée, l’affectueuse, la sérieuse, la chercheuse, la nageuse, l’immobile, la secrète, la savante, l’ignorante, la trépidante, la caressante, l’aimante, la lutteuse, l’ironique, jamais la sarcastique, la riante, la souriante, l’attentive, la mélancolique, la chaleureuse, l’absente, l’enchantée, la désenchantée, la colorée, la douce, si douce. Je suis la flouée. Je suis des Toujours de tous la lectrice.


Oui, c’est cela sans doute dont il va être question : de mon identité au risque d’être lectrice  dans la solitude et dans le partage, dans ma vie personnelle comme professionnelle, dans ma vie de femme, dans ma vie de tous les jours. J’ai élevé mes trois enfants, toujours un livre à la main, dans le mouvement de leurs câlins et des pages tournées. Oui, si on me demandait, à la manière de Hannah Arendt : « qui êtes-vous ? » je répondrai à sa manière : « je suis lectrice » (Hannah Arendt répondait : « je suis juive »

 A la manière de Novarina, auteur que j’ai tant lu, j’ai écris :

« Je suis l'enfant Chair du Temps et Charnière du nom advenu. Ici tomba Roger et naquit Jeanne, enfant entelrinée. J'ai vécu quarante ans de suite sans me ressembler un seul jour, sans me rassembler jamais. Injustice ! J'ai dévécu les solstices en silence. Sans retour, j'ai détalé, j'ai détroué, j'ai dévalé les rapides, j'ai ratelé du crépuscule à  l'opuscule, j'ai sonné les matines. Ding! Ding ! Dong ! Je suis Jeanne la Brève, je suis Jeanne-du-Temps des autres, de ceux d'avant moi, qui tous vécurent dans plein de trous, qui tous moururent. A portée de ma main, les tombes absentes. Réalité qui n'en finit pas de s'évider jusqu'à l'évidence.

Je suis née à charnier; du côté d'incommensurable, on y accède par une bretelle de l'Infini, mais on peut aussi l'atteindre par le versant Néant. Ils sont tous morts à Drancy ou à la guerre, déportés ou fusillés. Même à vingt ans. C'était à la Toussaint, peut-être, ou à la nuit de la Saint-Jean, je ne sais plus, je ne l'ai jamais su. Je suis Jeanne-Sans-Date, je suis Jeanne-sans Repère -et -sans Reproche. Mes pancartes on me les a volées, on me les a cachées. Je suis Jeanne-la-Falsifiée. Tous m'ont dévolue et expulsée hors de leur trou. Je suis Jeanne-de-la-Tombe partie lors de la quatorzième heure d'un jour d'été en l'an septante treize trois cent virgule quarante huit, ça reste flou, mais c'est comme ça que ma bouche l'a dit à mes oreilles qui l'ont répété à ma tête. Eux mes ancêtres, ils sont morts en zéro ou en deux, peut-être en trois du nombre quarante neuf après dix neuf. De toute façon personne ne le sait et tous l'ignorent. Les chiffres n'ont laissé d'autres traces que moi, Jeanne-la-Trouée.

J'ai grandi dans une rouge banlieue où tous n'en finissaient pas de brandir des pancartes qui disaient des choses toutes rondes. C'était facile à comprendre, il suffisait de lire les mots. Moi, j'étais assise sur le trottoir d'en face et je pleurais sans le savoir sur mes inconnues pancartes. J'aurai pu être "Jeanne l'écriture" mais ça m'était interdit par les morts. J'étais par eux, condamnée à dévivre malgré moi, j'étais de là-bas du côté des trous, mais je devais rester ici du côté du bitume.

Je suis Jeanne-la-Bannie-Ici-Vit, je suis Jeanne-l'Exilée-Ici-Git. A l'âge de six ans on m'apprit à lire des mots qui disait tout faux et à compter les chiffres de mes trous., ceux là dans lesquels j'habite. J'étais la fille du comptable expert, Jeanne-fille du-père. J'étais. Je suis. Jeanne sans Nom et sans Dieu, sans objet et sans sujet. Je signe, je persiste, j'écris, je dévie. Je suis Jeanne la Déviante. Soixante et huit. La révolte gronde, la colère monte. Le bitume saute en éclats. Place aux nouvelles pancartes ! Il est interdit d'interdire ! La vie ressemble à la vie et moi je ne ressemble toujours à Rien.

Au début de ma vie, là tout au bout du temps, il y a une tombe et ça fait tâche de néant, tâche de lune. Je suis Jeanne-la Dune-Sable-du-Temps-au-Jour-de-l'An-Neuf. Je suis Jeanne la divisée en segment et en trous. Je les ai tous entendus disparaître mes ancêtres. Je voulais compter les larmes mais on m'a dit soit heureuse et tais-toi, tout ça ne compte pas, il faut croire au bonheur et oublier l'horreur, il faut faire des enfants qui pour toi compteront le décompte de l'expert. On m'a dit compte sur eux, ils compteront sur toi. Alors, tous nous avons compté. Mais, avant, j'ai tout daté en secondes, ma nuit, ma vie, mes phrases, j'ai rangé, j'ai trié, j'ai plié, j'ai empilé, j'ai étiqueté, j'ai classé. C'était bien net. Je me suis comptabilisée au nombre des vivants déjà nés, j'ai chiffré le montant de mes cassures, j'ai évalué les réparations, j'ai fait le bilan blanc de mon enfance.. J'ai totalisé les morceaux de mon moi le plus présentable. Je peux affirmer, la tête penchée, qu'au jour dit d'aujourd'hui : je suis sept millions sept mille sept cent soixante dix sept mots. Tout frais déduits et ce en nouveaux francs. Chacun des mots est un moi. Parfois, j'en fais une année, il m'arrive aussi d'en prendre cent et d'en faire une guerre, mais ce que je préfère est d'errer de mot en mot, de moi en moi, sans loi. Je suis Jeanne des Milles et Un mots, la Shéréazade-du-Temps-Troué; je suis celle qui toujours se cherche en avant mais s'attarde à l'arrière, celle que la vie appelle mais que les morts retiennent J'ai grandi et quitté l'école du tout faux. On m'a décerné le titre de "supérieure en incapacité".  J'ai même eu une mention "pense sans les choses" j'en suis fière, très fière même encore à ce jour. Puis, j'ai fermé le cahier de mon silence dans lequel je n'avais jamais pu inscrire ma vie. Je suis entrée à l'Ecole cassures. J'ai eu mal, j'ai pleuré, j'ai hurlé. J'ai refusé le Dé. Je ne voulais plus être vivante malgré moi, je ne voulais pas ressembler à ceux qui raturaient mes trous, qui jamais ne rataient mes vides. J'avais perdu mes noms et le goût des choses.. J'étais Jeanne la Déprimante dont le seul rêve était d'être Jeanne l'imprimante.. La nuit le ciel était noir, le jour l'herbe était vivante, le printemps les arbres bourgeonnaient, en hiver, il y avait de la neige qui toujours étaient blanche. On appelait un chat un chat et en règle générale il y avait une place pour chaque chose. Ceux qui voulaient aller loin ménageaient leur monture et ils étaient tous unanimes à dire qu'un tien vaut mieux que deux tu l'auras. Peu dormaient, tous dînaient et s'occupaient à voir la paille dans l'oeil du voisin. La vie avait perdu ses reflets, ses ombres, ses lumières. Tout avait été dit. Les trous étaient fermés, les valises étaient bouclées, les fenêtres étaient closes et personne n'en parlait à personne.. J'étais Jeanne-la Détrouée-sur-le-Vide-en-Plein. Et cela dura cent ans, montre en main.

Enfin, je quittais 'Ecole cassures avec de nouvelles mentions : folle incurable, caractère intraitable, folle entêtée, folle qui s'obstine à ne pas voir la réalité en face, qui la préfère de profil et qui, en cachette,  la regarde de dos, les pieds au mur et la tête en bas. Folle atteinte de strabisme de l'âme. Folle faillible. Inopérable.

Je suis Jeanne-la-Femme-de-Fond-en-Comble, du sol au plafond, de A à Z, de pied en cap, séparée du temps par le mouvement des mots. Je noue le vide, je tresse l'or, j'émiette l'azur, j'épelle le blanc, je cueille les brisures, je noie le feu, j'apprivoise les fêlures, je ramasse la sciure. Je compte. Je suis Jeanne la Splendide.

J'ai lutté pour donner un nom à chaque trou, pour trouver le milieu de chaque orifice, à gauche, à droite, en avant, en arrière. A chaque trou sa cause. j'ose. Je suis Jeanne de l'ordre du Vide-en-Plein, Jeanne des Oiseaux et Jeanne des Taupes. J'ai appris comment on n'avait jamais rien sans rien, c'est comme cela que j'ai grandi à en mourir. Pour m'apaiser, j'en parla à tous mais tous ne m'écouta pas et nul ne m'entendit. Ni de cette oreille-ci ni de cet oeil là. Caïn me l'avait dit mais je ne l'avais pas cru. Vint alors le temps des insomnies et je devins Jeanne la "Sonique" qui rêvait sa vie éveillée au lieu de la vivre endormie. Jeanne- des- Songes qui longe les nuits, ronge les jours. Le temps passait. J'allais de blanc néons en bleus néons, de boulimie en abandon, mes parallèles se mêlèrent à mes verticales.

Je devins Jeanne des chemins, Jeanne des chiffres et vice versa. J'allai d'ailleurs en ailleurs, ma bouche épelant mes lieux, mes mains découpant mes trous dedans moi, ma tête se retournant sans cesse sans jamais m'apercevoir et pire encore sans jamais me reconnaître. Je suis Jeanne-l'Inconnue -à- Moi, à tu et à toi avec l'Innommable, Jeanne l'Indomptable. Je suis la Disparue, l'Engloutie qui vainement tente sa sortie.

Je suis la jacteuse de sorts, la jeteuse de morts. Encore et encore. Je porte la parole, importe le silence, reporte l'échéance, déporte les mots. Encore et encore.. J'emporte les chiffres et mes trous je déchiffre. Qu'importe ! Je suis Jeanne qui passe, Jeanne qui lace ses souliers, Jeanne qui enlace et qui s'Elance. J’ai le temps à commettre, les comètes à mettre, les bouts à démettre, les trous à compter, le vide à dompter. Je suis Jeanne-l'Occupée-des Nazis à dénoncer. Ma vie, ils me l'ont prise, ils m'ont volé mes pancartes et à la place ils ont mis la mort et m'ont dit que  c'était du lait. Ils ont tout embrouillé. Chair, charnier, cadavre, fusillé, bébé.  Je suis sept millions sept cent soixante dix sept mots, mais il me manque les mots grand-mère, oncle, le mot père est double et le second cache le premier. Le mot mère est irrémédiablement brisé par la douleur. Je suis Jeanne-Fille-des-Pleurs, je suis Jeanne-Mots difficiles- à -Compter, je suis Jeanne des Morts-en-Vie. Quand les morts ne meurent pas, les mots ne respirent plus. Les morts doivent mourir et les vivants courir. Moi, je voulais courir mais on m'a dit qu'il valait mieux lire.

Ainsi, suis-je devenue Jeanne l'Avaleuse-de-livres. Les livres délivrent du plein du dedans, ils écrivent le vrai comme le faux, l'or comme l'argent, ils écrivent les couleurs, le grondement des jours, ils écrivent le savoir de chacun, l'ignorance de tous. Avec un peu de chance, parfois, ils disent l'amour, racontent les étreintes, les clairs de lune, les luttes et les silences, les baisers et la différence. Ils racontent le temps qui passe.

Plus je lisais, plus j'avais de trous et plus je guérissais du plein qui me ravageait le Vide du Milieu. Je devins alors Jeanne-des Trous-en Vide-tous -Vides. Ma solitude cessa d'errer et trouva sa voie lactée. On la repéra, on la nomma, on la chiffra. On l'inonda de lumière, on la voila, puis on la dévoila. Je lus en vrai dans le néant, j'entendis pour de bon et ma tête jusqu'alors surchargée de  mots s'allégea du TROP ou du RIEN. Bien sûr une cicatrice me resta un peu partout précisément  de temps en temps mais une poussière d'aurore l'effaça. Maintenant, je peux chanter à tue-tête, le silence qui me divise. Je suis Jeanne-du-Chant-Retrouvé :

 Au clair de la lune

              mon ami Pierrot

             prête-moi ta plume

              pour écrire les dunes

              Prête-moi ta plume

              pour écrire les mots

              J'ai toujours du feu

              Ma chandelle vit

              la ! la ! la !

              Ma chandelle vit et danse ma vie !

A tue-tête, atout coeur, la dame de pique perd la bataille. Le temps passant, j'ai semé mes cailloux, je reconnais mes trous. Reste à chanter l'éternelle ritournelle d'une femme cannelle et sur mes deux ailes j'écris : je suis Jeanne.. ."

Je suis Jeanne, je suis Marie-José. Un prénom pour la vie, dirait Rémy.

Mon identité s’écrit au risque d’être lectrice. Voilà, le sens de mon blog. Mon blog est mon miroir d’encre dans lequel je vous invite à vous mirer. Mon blog est mon antre dans lequel je vous invite à entrer. Il mêle prose et poèmes., il est mon coffre fort dans lequel je vous invite à puiser,  il est mon Je, et celle-ci qui est  Une, qui le  devient grâce à votre lecture si plurielle. Parfois, dans le mouvement de l’amitié et du partage, je tutoie, j’écris en vers parce que la poésie est un chemin de mon écriture.

MIROIR D’ENCRE


Un je d’encre

Miroir noir

Ivoire bleu

Miroir de feu

Miroir de je

Miroir de peu

Miroir d’encre

Entre

Dans le je et l’encre

J’existe

Dans l’antre de mon encre

Entre


Je te montrerai un coffre fort plein d’or. L’or de mes lectures. Les livres enrichissent l’âme.


Pour toi, pour moi, j’écrirai mon autobiographie à partir des pages lues, tournées, feuilletées, soulignées, souvenues, oubliées et j’inventerai ma fiction si plurielle.


Et si tu le veux, en me lisant tu pourras t’inventer !


Prends ton élan, ça va durer vingt ans à l’aune du temps de l’ambre et deux milles pages !


C’est ça le temps de l’ambre, du temps généreux, à profusion, du temps qui n’en finit pas de glisser et de déglisser, de voiler et de dévoiler, de ralentir pour s’envoler plus haut encore, du temps comme une robe qui se dérobe, qui te couvre et te découvre. Tu auras froid, tu auras chaud, tu riras, tu pleureras, tu te briseras, tu te révolteras,


Tu écouteras la confidence et le secret, tu sauras qui tu es pour aussitôt de perdre, tu découvriras les saisons et tu vivras avec elles, tu seras consternation devant la simplicité des lunes et des soleils, devant l’amour de certains et la cruauté d’autres. Tu t’engageras politiquement dans le présent et par les mythes, tu découvriras mon histoire prise dans la grande Histoire, tu liras le mal absolu et son néant mais tu verras comment j’ai vaincu le néant et comme moi, tu le vaincras. Peut-être tu liras mon désespoir mais avec, tu verras comment il emporte à sa semelle l’immense espoir que d’être en vie et d’aimer dans le respect tout ce qui palpite, tu sais les feuilles d’arbres qui tremblent, qui tournoient, ce nuage qui s’avance creusant tes rides dans le temps qui file mais au creusant ton savoir de la vie et des autres. Tu découvriras mes larmes et mes deuils et les immenses efforts qui furent les miens pour ne pas en mourir. Tu découvriras mes nouveaux soleils et  mes nouveaux midis


Tu découvriras mon écriture et ma mouvance intérieure.


Tu découvriras mon hymne dont je te livre déjà  dans un souffle et d’un seul trait l’essentiel


Alors, tu l’auras compris, mon blog c’est quelque chose de la vie qui n’en finit pas de bouger  et de s’inventer.


Les inventeurs de lectures c’est du pur mouvement de femme. Celle que j’ai la chance d’être.


Mon blog c’est du pur être qui traverse le désert du désêtre mais qui toujours en voit le bout. Le bout du désert, le bout du tunnel.


Mon blog c’est de la pure lumière qui parfois va jusqu’à l’ombre mais jamais jusqu’à la nuit.


La nuit sera pour plus tard, la mort pour encore plus tard.

   

Mon blog je te le confie, c’est le toujours de mes jours dans le toujours de mes pages.


Un jour encore, je lis, je copie, je découpe. J’intériorise. La lecture est mon chemin. Mes livres sont comme des bornes dans ma vie. Mes livres préférés sont: les livres sur les livres, les livres qui disent l’acte de lire, qui disent des livres le don. Le Don paisible d’aimer, de chercher, d’inventer. Créer et recopier à perte de lettres pour ne plus me perdre dans ma solitude. A perte de passé. Ma solitude est immense mais infiniment plus petite que celle de celui qui ne lit pas. Ma solitude est peuplée de toutes les pensées partagées  que j’ai fait miennes, que j’ai assimilées dans le fil du temps. Je ne suis que ces autres qu’un jour j’ai lus.  Ces autres, mes amis qui me disent que vivre est possible parce que pour eux cela l’a été dans le temps de l’écriture et ce qu’ils ont pu écrire, moi, je peux le lire. Histoire d’une dette contractée, d’un testament légué par mes ancêtres les auteurs. Ma patrie, les livres. Comme Amos Oz, je suis patriote du langage. Mon étendard est le savoir de tous, mon hymne, le bruissement des ailes de La Colombe de Picasso, mon ciel, les pages de ceux qui un jour ont écrit ma vie.


Je suis une femme qui lit. Je suis une femme libre

Je suis dans le donjon de ma lecture, je suis hors du temps, au coeur de mes lectures. Ce soir, j’avance dans des pages de Proust .Je suis triste de mon temps perdu, de ce silence furieux qui fut le mien tant d’années. Incapable de créer mes lectures comme une cathédrale si pleine de la lumière du Temps, je vais à la ligne,  je lis humblement les dernières lignes du Temps retrouvé, les derniers mots de la Recherche. Comme une géante, plongée dans les années, je m’éloigne sur mes échasses non sans une nouvelle idée, qui me tient à cœur. Je suis sur le point de la réaliser. Je vais écrire un livre immense sur mes lectures retrouvées, recrées qui diront mon identité. J’ai accumulé tant de  verres grossissants dont parle Proust à propos de ses livres lus ; je commence à savoir lire. En ces temps troublés de misère de guerres et d’injustices, il me paraît important de savoir lire et de savoir se lire pour « y être » au jour le jour, avec ses mots  dans sa lumière et dans sa nuit, dans sa presque solitude. Dans une cathédrale, avec tous. Dans une cathédrale ou dans un temple, dans une mosquée ou dans une synagogue ou dans une immense Maison de la culture. Laïque. L’idée, c’est d’être ensemble avec des livres, avec ses livres. L’important, c’est d’être.

J’étais à l’heure, j’ai appris à lire sur les genoux de mon père à cinq ans ; il tenait un grand abécédaire. Peut-être que le A disait Amour, le C disait Continuer, le L disait Lutter  le P sans doute disait Paix et Persévérer. Un jour, je commenterai Marcel Proust, comme à vingt ans, le jour de mon baccalauréat. Le temps est venu pour moi d’écrire ma "Cathédrale." , puisque j'aime tant cette métaphore proustienne. Une jolie cathédrale de papier et d’encre sur un joli blog qui roule jusqu'au bout du monde...

Continuer sans relâche dans le L de Lire et dans le E d’Ecrire. Persévérer dans cette éthique et m’inventer singulier/pluriel

Je lis, tu lis, il ou elle lit, nous lisons, vous lisez, ils ou elles lisent.

J’écris, tu écris, il ou elle écrit, nous écrivons, vous écrivez, ils ou elles écrivent

         Au monde, inventons de jolies lunettes dans nos éclats de lire  !

Inventons à gorges déployées nos rires et nos espoirs

Par nos livres et dans nos livres.

Quant à moi, ce que je désire c’est

Ecrire dans un éclat de dire

notre amitié et la joie de se connaître

dans nos présences ailées

dans nos regards croisés

sur les mêmes livres

de nos savoirs emmêlés

toujours à démêler

nous nous aimons mêlés

 

Ecrire dans l’éclat de rire

de nos victoires passionnées

sur un monde contorsionné

tu sais ce terrible cri de Munch

ensemble nous nous en moquons

ensemble nous inventons le savoir

ensemble nous inventons

nos livres et nous écrits pour vivre


Ecrire dans un éclat de dire

nos questions sans réponses

Nous dansons, nous nous envolons

sur l’air de nos passions

ensemble nous rions

ensemble nous partageons

ensemble nous nageons

dans l’eau claire de nos vies

 

Ecrire dans l’éclat de rire

De nos larges sourires

Ensemble  nous tuons le pire

et le noir néant

Ensemble nous inventons nos dires

Et par nos lettres retrouvées

nous inventons le verbe lire

 

Ecrire dans un éclat de dire

nos souvenirs

Nous apprenons à pétrir

le pain de nos années

Pain rompu

Main tendue

Bouches jamais cousues

 

Ecrire dans l’éclat de rire

de nos baisers envolés

de nos pas déroulés

dans nos phrases enroulées

sur nos corps cajolés

Olé ! Olé ! Olé !

C’est le tango de nos mots.

 

Ecrire dans l’éclat de vivre

du bon lait

sans jamais filer

le découragement qui ment

sur l’espoir de combats

pour un monde meilleur

dans un monde  de fleurs


Ecrire à  l’encre noire

tout ce qui obstrue

comme un rocher

mon silence brisé


Ecrire  à l’encre bleue

l’immense feu

de mon corps

qui jamais ne dort


Ecrire à l’encre verte

cette perte qui me perd

dans la grande mer

si loin de toute terre


Ecrire  sans jamais

 me taire et m’envoler

comme un ballon

dans l’air brûlé


Je me souviens

toujours et toujours

de tant de nos jours

noirs, bleus, verts


Nos jours je les raconte

en encre de toutes les couleurs

qui sans cesse disent nos heures

pour taire nos peurs


Un poème  qui pourrait dire

je t’aime je t’aime je t’aime

dans les nuages brisés

de nos cieux irisés


Un poème qui pourrait clamer

un monde presque meilleur

un monde aux couleurs

De notre planète en paix


Je ne sais ce que j’écris

J’écris en couleur

nos mots noirs bleus verts

dans le creux de ma terre


Ma feuille éteinte

laisse des traces

dans des couleurs

de silences et de peurs


Mais dans le temps

Qui jamais ne ment

Je sème un champ de fleurs

Un champ de coquelicots


Dans la fragilité

des pétales carmins

s’emmêlent nos mains

qui étalent nos demains


dans l’espoir définitivement retrouvé.


Mon identité est au risque d’être

C’est cela ma fierté et mon espoir

ma  lumière de femme

entre  solitude et partage


Je n’ai pas d’âge

Je ne suis pas sage

J’écris j’écris, j’écris

Je lis, je lis, je lis


A perte de pages 

je prends le risque d’être

jamais dans le vent

mais à tous les temps !

 

Parce que la vie est humanismes à inventer ensemble, dans le temps de nos lectures communes, je vous dis passionnément :

 

  A suivre !  MJC



Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Colet - dans En route !
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche