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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 17:55

La problématique paternelle

Sous la direction de

Chantal Zaouche-Gaudron

Erès (2001)

 

4

 

Le père sous questions (2) ou Les fonctions du père dans la société contemporaine postindustrielle : enjeux anthropologiques et subjectifs par Françoise Hurstel

 

Françoise Hurstel interroge dans son exposé, deux questions.  La première est celle que constituent les nouveaux enjeux anthropologiques et subjectifs de la paternité ; la seconde question interroge les fonctions du père dans la période contemporaine.

 

Françoise Hurstel, se présente tout en même temps qu’elle présente le travail de ce chapitre :

 

A la frontière de l’anthropologie et de la psychanalyse, guidée par l’évolution historique de la paternité, sa pratique de psychanalyse et de chercheur en psychologie clinique, la dirige vers l’étude de la dimension psychique de la paternité inscrite dans la dimension sociale.

 

Penser la paternité contemporaine, c’est la penser dans l’histoire, c’est déconstruire cette paternité contemporaine dans son statut social, juridique, dans son rôle familial, dans son image collective et enfin dans ses fonctions sociales et psychiques. C’est penser le pater familias.

 

Mais c’est aussi interroger le père privatisé.  Mais qu’est-ce donc que ce père qui a cessé d’être tout puissant, qui privatisé, est à égalité avec la mère ?

 

L’auteure va jusqu’à parler de pulvérisation de la fonction fondamentale liée à la filiation, filiation qui articule du vital tant pour les sujets que pour les sociétés. En effet, rappelle l’auteure, via Jacques Lacan (qui sera sa référence essentielle), le père est la figure de la loi depuis toujours car le père est mis depuis la nuit des temps en position de soutenir et de « supporter » l’interdit organisateur des identités et des liens, appelé par les anthropologues, « interdit de l’inceste » ou « interdit de toute forme de fusion et de confusion » ou encore (Legendre 1989) « de tout collage au semblable » car cette fusion provoque haine et amour tout à la fois et engendre le cannibalisme.

 

 

Ainsi, la fonction du père ferait séparation, coupure, différenciation, ce que Freud nommerait Castration. Mais les faisceaux culturels actuels fragilisent cette place du père créant un « malaise paternel » écrit l’auteure. Elle interroge alors, la signification de la place symbolique du père qu’est le tiers.

 

La question est « Qui est le père ? » De quelle place, est-il père ?

 

L’auteure souhaite penser cette question du cœur des histoires singulières avec souffrance et ratages, réussites aussi.

 

D’un père politique à un père privatisé : sens et enjeux d’une mutation de la paternité

 

1938 : article de 1938 de Jacques Lacan : « Déclin social de l’image du père » et donc Françoise Hurstel s’interroge :

 

Qu’est-ce qu’un père aujourd’hui ?

 

La disparition du pater familias : un lent affaiblissement des pouvoirs des pères.

 

1970 : loi sur l’autorisation parentale

 

disparition du pouvoir du père se fait progressivement. En fait, elle est préparée depuis la Révolution française : forte portée symbolique de l’exécution du roi, comme si on coupait la tête de tous les pères de familles dira Balzac en 1814.

 

Mais en 1804, le Code civil rétablit peu à peu les pouvoirs du père, mais par paliers successifs, dans un contexte socio-économique précis, les droits des pères vont à nouveau se réduire (apparition des droits et de l’intérêt de l’enfant, puis le droit de correction et abandonné et notion de père indigne (localisé dans le prolétariat).

 

Après les droits, ce sont les fonctions qui disparaissent, le triangle père,    mère, enfant avec le père au sommet, devient le triangle, enfant, père, mère avec enfant au sommet.

Enfin en 1970, l’enfant peut reconnaître son enfant mais peut ne pas avoir le droit d’exercer son pouvoir parental.

 

Conséquences et enjeux de la disparition du pater familias

 

Un père dit « démissionnaire »

 

Cette perte progressive de puissance n’a pas été reconnue comme telle, mais elle a produit, écrit l’auteure un ensemble de faits idéologiques.

 

Puis sous l’effet de l’industrialisation les pères s’éloignent du foyer ; les mères assurent l’éducation des enfants : père absent (vient s’ajouter au père carent) : sacralisation du couple mère-enfant

Cette sacralisation aura des effets néfastes sur les enfants, rendant symboliquement le père trop absent.

 

Puis les femmes gagnent un statut de citoyenne et l’auteure souligne un paradoxe intéressant : le droit des femmes est venu réduire le rôle du père mais aussi en même temps leur en a donné d’autres : ainsi le père participe plus à l’éducation des enfants. J’aime toujours quand la pensée révèle le paradoxe des lois et des évolutions.

 

Un père privatisé

 

Mai 68. Qu’est-ce qu’un père ?

 

1970 : autorité parentale partagée : contrat légal et contrat de parole :  Jacques Lacan souligne un point très important : importance dans la famille des relations de parole

 

Fonctions sociales et œdipiennes du père : qui est le père ? ou les enjeux œdipiens des bouleversements paternels

 

Dès 1972, deux questions se posent :

 

Qu’est-ce un père ?

Qui est le père ?

 

La dissociation des fonctions sociales du père entre plusieurs hommes

 

Reprise des idées de Legendre : C’est l’institution qui désigne qui est le père (institution juridique : le père est celui qui a la charge des enfants) mais en fait il assure trois fonctions : donneur du nom, procréation, affection et nourriture.

 

Distinction essentielle entre fonction sociale et fonction psychiques. Les fonctions psychiques sont les fonctions œdipiennes.

Les fonctions œdipiennes du père

 

Jacques Lacan : fonction du père ; interdire la fusion mère/enfant. La mère comme parent et non comme ventre, qui a une place dans une structure de paroles et donc « il n’y a pas de mère sans père » ; ceci renvoie bien sûr au symbolique dans lequel chaque enfant doit y rentrer au risque de devenir fou.

 

L’auteur développe amplement tous ces concepts à partir de l’étude des séminaires de Lacan et bien sûr son travail nous invite à nous y replonger faute de quoi nous risquons de faire de sérieux contre sens et donc

 

Je m’avance à tout petit pas vers la fin du chapitre qui raisonne la clinique à partir de vignettes cliniques et l’auteure conclue ainsi sur la fragilisation du rôle du père ainsi vécue dans des histoires, certes singulières, mais aussi dans des bouleversements sociétales qui viennent bouleverser les étayages symboliques et imaginaires sociaux de la paternité.

 

Ce chapitre, qui pour moi, fut d’une lecture difficile, m’a beaucoup intéressée par toutes les notions que j’en ai pressenties : histoire, anthropologie, droit des familles et psychanalyse. C’est une véritable galaxie de savoirs que nous propose avec érudition Françoise Hurstel. J’ai parcouru sa bibliographie avec admiration et désir d’y aller  : De Badinter à Lacan, en passant par Duby, Legendre et Sahouane.

 

Je plaide non-coupable pour les contre-sens éventuels et j’invite fortement le lecteur à se rendre au chapitre lui-même pour en faire sa propre sérieuse lecture.

 

Merci Françoise Hurstel pour tant de savoir partagé et pour votre art de clinicienne.  MJC

 

 

 

 

 

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