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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 15:03

 


Françoise Collin

Un héritage sans testament

Commentaire


L’article commenté est tiré 

Des « Cahiers du Grif »

Les Jeunes, la transmission N°34


Ce texte est le résultat de deux exposés

1985 : dans le cadre du colloque organisé par l’Université de Montréal et la Fondation Marie Vincent, à Montréal

1986 : dans une nouvelle version. Deuxième Université d’été du Grif, organisée à Grivegnée (Liège)


L’essentiel de ce texte pose La Transmission des femmes. Que transmettent les femmes ? Que n’ont-elles pu transmettre ? A qui le transmettent-elles ?  et selon quel processus ? Dans quelle histoire ?


Les femmes longtemps n’ont pas eu d’histoire c’est à dire qu’elles étaient gommées de la scène du savoir, scientifique ou autre. Reléguées au privé, elles ne s’inscrivaient ni dans le social, ni dans le politique tel que le décrit Hannah Arendt : espace égalitaire  et de différences, d’échanges et de dialogue. Elles étaient vouées à la répétition des gestes, du foyer, de la maternité, non conçue comme événement du politique mais comme acte de reproduction.


Le féminisme des années 1970 n’a pas été sans lendemain comme on a tendance à le penser. Il a solidement posé (à défaut de définitivement) la différence des sexes et leur position respective. La question a été posée de façon irréversible écrit Françoise Collin, laissant leur chance aux générations suivantes.


Il est intéressant de noter le mouvement inter génération que pose Françoise Collin. Nous sommes généralement habitués à lire l’effet de transmission dans le sens passé futur. Elle inscrit de façon fort originale une transmission qui « remonte », qui inscrit un reflux des jeunes générations vers la génération des années 70 soulignant ainsi combien le monde des jeunes est aussi le monde « passé » qui s’inscrit certes dans une crise mais aussi dit-elle dans un creuset. Un creuset d’expériences de femmes.


Un creuset : parce que la transmission ne peut être réduite à une question d’histoire. C’est un travail rétrospectif « d’excavation » et « de résurrection » de ce qui existait mais a été enfoui par l’histoire. Il ne s’agit pas d’une absence d’histoire des femmes mais d’une histoire ensevelie.


Cette histoire ensevelie renvoie à la transmission de même que la transmission renvoie à l’histoire.


Une histoire ensevelie par l’immobile des représentations : soins et reproduction dans une maternité biologique qui recouvre totalement la notion de génération et barre l’accès des femmes au symbolique qu’est la parole..


Mais, ne peut-on inventer un autre discours pour se définir femme ? Voilà à quoi s’attelle avec courage et intelligence François Collin.


Courage et intelligence aussi des femmes qui accèdent à ce que les Grecs nommaient la Paideia c’est à dire à la transmission non comme enseignement « du tout fait », non comme la transmission d’habitudes mais comme instauration d’initiatives, de commencements provoquant à son tour de l’initiative et du commencement. La femme ne serait plus objet de reproduction mais sujet d’initiatives, de recommencement. Elle serait sujet de son verbe être et de son verbe parler. La paideia engendrerait parole et existence et ce dans des identifications positives et non mortifères qui détruiraient les modèles anciens de la femme ; Il ne s’agit pas de tuer le modèle précédent mais d’inventer une autre femme, celle de l’avenir, génératrice du symbolique, génératrice de paroles et d’ouverture dans un rapport de sociabilité des femmes qui inscrirait ces dernières dans la lumière du public, les sortant de l’ombre ancestrale du privé. Il ne s’agit plus d’enfanter mais de générer par des mots, des pensées, des écrits des actes, d’affilier bien plus largement que dans le contexte familial traditionnel.


Autrefois, la mère était immobile et muette dans l’espace du privé, soignant, réparant, aimant sa « petite famille ».


On peut imaginer des femmes, certes, soignant « sa petite famille », (il n’est pas question de tuer ce modèle là, il ne faut jamais tuer ce qui précède, il faut le transcender, l’étirer, agrandir ses limites) mais participant aussi à la vie de la cité en inscrivant leurs actes et leurs paroles, dépassant la parenté du sang en réinventant en fonction de son désir une parenté de la langue à travers leurs pensées quand elles font paroles appuyées déjà sur un corpus les précédent. Leurs œuvres ne sont plus isolées mais s’inscrivent dans du donné déjà là de femmes qui les ont précédées.


Françoise Collin donne une très belle définition du mouvement symbolique dans lequel peuvent s’inscrire les femmes grâce à un savoir  du « recevoir la critique », recevoir cette critique sans ce sentir en danger de mort, savoir prendre de la distance à nos mots et productions, savoir participer à des débats en dépassant nos vulnérabilités narcissiques. J’aime ce passage qui du symbolique définit le possible des hommes et des femmes. Parler est un acte difficile et demande un apprentissage. Voilà ce que nous dit avec sagesse Françoise Collin.


Selon Françoise Collin, l’univers symbolique des femmes, celui qui leur permet de générer du commencement et de l’initiative, de l’affiliation et non de la reproduction immobile, répétitive et muette est un espace créatif et ouvert qui se constitue comme un donné à interpréter. Transmettre c’est ouvrir à de l’interprétation. Transmettre c’est constituer de l’identité non répétitive mais traversé de paroles à interpréter pour recommencer… à sa façon, selon sa propre initiative.


La question n’est pas la jouissance des femmes mais la parole des femmes. Voilà ce que nous dit Françoise Collin. Et à cela tout le monde à y gagner. Les femmes comme les hommes. La femme qui parle est moins effrayante. Certes, elle perd son mystère, mais l’homme risque moins de se perdre dans l’infini de son silence. Il y trouvera un être différent avec qui parler, il s’ennuiera moins dans sa solitude d’homme ; Dieu a aussi inventé la femme pour qu’elle parle avec l’homme ! Non pas dans un bavardage futile et répétitif aux couleurs du silence mais dans une vraie conversation existentielle.


La transmission des femmes n’est pas qu’envers ses filles, elle est aussi envers ses fils. Leur apprendre que leur mère n’est pas que fusionnelle, n’est pas que mystère, la mère est aussi, là, toute proche dans les mots échangés avec eux. La mère est génératrice d’initiatives et de recommencement pour tous ses enfants : filles et garçons et c’est à cette condition là que, comme les hommes, elle invente l’humain, recommence le monde et transmet de l’histoire dans la différence.

 


Elle substitue « du semblant » à de « l’apparaître » écrit avec talent Françoise Collin.


J’ai beaucoup aimé cet article qui inscrit les femmes dans le symbolique au profit de tous, hommes et femmes affirmant combien le féminisme ne doit pas tuer le passé mais le repérer à l’aide de concepts vigilants pour le dépasser, pour lui donner sens et inventer toujours et toujours la promesse, l’événement de naître et de devenir une femme non superflue. MJC

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Published by Marie-José Colet - dans femmes
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