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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 12:41

 

 

La lecture comme espace transitionnel :

(semences)

 

 

Le lecteur établit un permanent va-et-vient par sa lecture entre moi et non-moi, entre intérieur et extérieur, entre projection (c’est pas moi, c’est lui le personnage) et introjection (je suis le personnage,je dévore le livre). Je répare ce que j’ai fantasmatiquement abîmé, je sublime, je transforme dans l’aire neutre qu’est le livre. C’est en cela que je peux parler d’aire intermédiaire, que je peux parler d’un espace transitionnel dans lequel je peux élaborer, créer une activité ludique, culturelle, réparatrice et vivre une nouvelle relation d’objet : je ne suis pas l’autre, le personnage ou l’auteur, je suis comme l’autre, le personnage ou l’auteur. C’est peut-être avec ce « comme » que se débat l’illettré. Un « comme »,  qui trace une distance d’avec l’absence, celle qui organise les lettres. Ce « comme » mal maîtrisé peut-être générateur d’angoisse et de chaos. Chaos que traduit tragiquement le chaos des lettres car l’illettrisme est un chaos de lettres métaphore probable d’un chaos archaïque venu de l’enfance et de l’être, un chaos lié à de la séparation mal digéré. Je dirais « Illettrisme ? Chercher la mère ».

L’objet transitionnel est  un objet crée qui est déjà là sur lequel on peut inscrire sa trace.  Ce qui est le cas pour livre. Je tends la main pour le saisir, pour le lire mais aussi pour inscrire ma trace, le feuilleter, marquer la page, le souligner.. Le livre s’use comme un nounours.

Le livre est, comme l’objet transitionnel aux confins du monde intérieur et du monde extérieur, aux confins du processus d’introjection (j’avale, je dévore le livre) et de projection  ( je projette mes affects, mes fantasmes). C’est par ce double jeu d’introjection et de projection que le livre est un viatique pour me construire et construire le monde (comme l’objet transitionnel). C’est cette activité symbolique qui fait identité.

Les deux registres de la lecture : la toute puissance du texte et ma liberté de reconstruire le texte. (exemple de Kassan et du texte tchétchène). marquent aussi la transitionnalité du livre : jeu entre illusion et désillusion

Mettre en place une aire transitionnelle c’est mettre en place une aire de création qui peut se substituer à la mère. (sein créé, retrouvé dans l’absence). Ce qui est le cas dans la lecture qui est une aire de jeu et de reconstruction.

Lire comme créer comme jouer c’est se situer dans l’absence représentée par la création, le jeu, le livre. Dans la lecture tout est absent : L’auteur, la réalité décrite. Tout est substitué par les mots et leur organisation. Le lecteur réorganise le morceau de monde crée, proposé par l’auteur. Cette organisation est re-création, récréation (Voir Picard). Le lecteur produit sa lecture. Picard : « le lecteur passe de l’imaginaire, de la solitude, de la détresse d’une durée répétitive ou morcelée au Symbolique, aux totalités, à la temporalité »....  « C’est bien de lui qu’il est  question. Il ne subit pas sa lecture il la produit » (Picard p.52). C’est cette production qui est un jeu et il joue gros nous dit Picard. Coloration d’une attitude face à une réalité extérieur.

J’aime ce mot de coloriage.
La lecture comme collage, découpage et maintenant coloriage comme autant d’indices de l’enfance. C’est peut-être avec ces indices là que les personnes illettrées ne peuvent jouer. Quelque chose qui les englue à leur enfance.

Les phénomènes transitionnels sont à l’origine de la créativité et de l’expérience culturelle nous dit Winnicott..

Le livre comme décrivant une aire transitionnelle va bien être à l’origine du développement culturel, celui dont Freud dit qu’il me protège contre toutes pulsions de violences et de destruction cette aire culturelle qui dit notre prise sur le monde mais non notre maîtrise du monde. Créer c’est trouver le monde qui est déjà là , qui nous attend avec les livres.

Lire c’est tendre la main vers les livres qui nous attendent pour être dévorés, avalés, transformés, introjectés, projetés. Lire c’est inventer, sublimer, imaginer, bouger. Lire c’est renaître de notre naissance inachevée. Lire c’est splendide et c’est pour cela que je conçois mon métier de formatrice non pas comme « apprendre à lire » mais générer de l’être lisant toujours en mouvement. Accoucher l’autre de ses lettres hésitantes, balbutiantes pour lui permettre d’être enfin lecteur.MJC


Ceci est passage de Madame, je veux apprendre à lire! Marie-José Colet en collaboration avec Anne Dubaele- Le Gac et Nicole Rouja.  Erès 2008

 

 

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
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