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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 00:09

Je suis une cracheuse de mots, alors je crache mes mots.  Sur ma petite table, ma colombe en résine  se tait et me regarde.

-         Tu as bientôt fini de cracher tes mots ?

-         Non, je n’ai pas fini

-         Pourquoi tu craches des mots ?

-         Je crache des mots, parce que je suis paumée 

-         Pourquoi, t’es paumée ?    

-         Aujourd’hui, c’est le 1er mai, le jour du muguet mais c’est aussi Yom Ha Shoah 

-         Ça te fiche le bourdon ?

-         Oui, parce que le muguet ça colle pas avec la Shoah

-         T’as qu’à cracher des mots de haine et de colère, contre ceux qui ont ensanglanté le muguet

-         Je peux pas

-         Pourquoi que tu peux pas ?

-         Parce que je peux pas.

-         Pourquoi tu peux pas ?

-         Je sais pas

-         Tu craches des mots mais t’avance pas

-         Non, j’avance pas

-         Pourquoi ?

-         Je sais pas. Je crache mon chagrin de toutes les guerres qui brisent les enfants de tous les pays, qui emmêlent les religions et tout le monde dans des flaques de sang. C’est pour ça que je crache des mots, parce que je supporte pas les guerres, ça embrouille les générations, partout.

-         Arrête de cracher des mots. Fais comme moi, tais-toi et envole-toi !

-         Oui, mais j’ai pas d’ailes, j’ai que des mots et je les crache

-         C’est pas bien malin, moi, je crache pas mes ailes

-         T’as raison

-         T’as qu’à lire un peu

-         Oui, c’est ça au lieu de cracher des mots, je vais me poser, je vais ouvrir le livre qui raconte le Colloque de Lacaune 17-18 septembre 2005, sous le direction de Jacques Fijalkow. « Les enfants de la Shoah » qu’il s’appelle le bouquin.  J’aime bien à la fin, il y a des beaux poèmes, tiens écoute petite colombe en résine, je t’en lis un pour toi toute seule, mets le au chaud sous tes ailes.

-         D’accord, lis, je t’écoute, ça me changera de t’écouter cracher tes mots,

-         Le gars qui a écrit ce poème, il s’appelle Rémy  Handourtzel. C’est triste, tu sais, ça va pas avec le muguet

-         Vas-y, je t’écoute, toutes ailes déployées :

 

 Képis, képis

 

 Des grands boulevards

Aux Maréchaux

Hérold-Pâquis

A la radio

Et ton étoile ?

Mets ton manteau !

Traits noirs

Fond jaune

Interdit aux Juifs

Et aux chiens

Contrôle d’identité !

Vos papiers !

Képis, Képis

Allez, allez !

 

Allez, allez !

Et pas d’histoires !

Juste une valise !

La concierge est dans l’escalier

Remise des clés

Et ma poupée ?

Képi Képis

Allez, allez !

 

Au Vélodrome

Il fait si chaud

En plein hiver

Montez ! Descendez !

Attendez ! Arrêtez !

C’est où ici Maman ?

Reste-là mon enfant

Les parents d’un côté !

A bientôt mon amour !

 

Képis, Képis 

Allez, allez !

 

Rémy Handourtzel

Mars 2005

 

 

 

-         J’en ai froid dans les ailes

-         Tu sais, je vais te dire, Rémy Handourtzel, comme moi, il aime beaucoup Janusz Korczak.

-         Qui sait Janusz Korczak ?

-         Il est né en Pologne, entre les deux guerres mondiales. Il faisait des émissions à la radio, tenait un journal d’enfants. C’était un médecin éducateur, tu sais un peu comme Maria Montessori, Freinet et quelques autres généreux et surtout respectueux des enfants. Il a écrit un livre que j’adore Le Droit de l’enfant au respect et c’est les éditions Fabert qui l’on publié en 2009. C’est de l’écriture de ce livre qui est naît La Convention relative aux droits de l’enfant concernant l’implication de l’enfant dans les conflits armés et aussi La Convention des Nations-Unies pour les droits des enfants, tu sais Colombe, tu dois absolument lire ça, si tu veux voler pour la paix et l’enfance

-         D’accord, je lirai tout ça

-         Et puis tu sais Janusz Korczak, il a fondé deux orphelinats pour des enfants juifs pendant la guerre et le 6 août 1942, il a accompagné au camp d’extermination de Treblinka, 200 enfants juifs qu’ils n’avait pu  abandonner dans le ghetto de Varsovie. Alors, tu vois petite colombe, il est mort au camp avec ces 200 enfants

-         Oui, tu as raison, je comprends que tu sois paumée. C’est un 1er mai difficile. D’accord, faut pas cracher la haine, faut mieux que tu craches des mots pour le respect et le droit à l’enfance de tous les enfants de tous les pays du monde, toutes religions confondues.

-         Oui, mais aujourd’hui, j’ai pas envie de cracher des mots. J’ai plutôt envie de pleurer, mais je ne pleure pas, je saute dans mes tennis et je vais au défilé à 10h30 devant la Maison du peuple.

-         Quel défilé ?

-         Le défilé du 1er mai, de tous les travailleurs qui revendiquent plein de jolies choses « Liberté, ! Egalité ! Fraternité ! » Ils marchent toujours sur le trottoir de gauche, depuis 1789 et ils tentent obstinément la paix mais parfois, il n’y arrivent pas,  parce que des fois ils sont divisés.

-         Je vais avec toi ! Je vais essayer de faire quelque chose.

-         Allez on y va ! Aujourd’hui, je crache des pas !

-    Et moi, je déploie mes ailes ! Mon ciel sera celui d’un monde presque meilleur !

-         Allez ! en route !

-         Mais surtout pensons à Gavroche, que jamais plus il ne pleure, que jamais plus il ne meurt. Pour tous les enfants morts à la guerre, sous le feu de nos haines d’adultes, avec une pluie de muguet, implorons leur Pardon et où qu’ils soient qu’ils nous pardonnent. L’humain en dépend.

 

A tous, chers Inventeurs, je vous souhaite un heureux 1er mai ! MJA

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans La Shoah
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