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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 07:51

L’enfant confronté à la mort d’un parent

Sous la direction de Patrick Ben Soussan

Erès,  2013

 

La nuit tombe lourdement du ciel.

Je commence à lire.

Je commence à ne rien ne lire. Je trébuche. Je n’y arrive pas à mettre du sens, à recevoir le sens, à l’accueillir, à le pressentir.

C’était un dimanche d’été. Il m’a dit : « A dimanche prochain ! ». Mais le samedi suivant, mon père mourait de la suite d’un accident de voitures,  au petit matin, sur une  route d’Auvergne. J’avais 11 ans, interdite d’enterrement, on m’offrit un livre sur la préhistoire et les dinosaures. Alors là,  je connus une des plus grandes colères de ma vie !  J’étais déjà coléreuse. On m’a retirée de la pension et je suis devenue « Le rayon de soleil de ma maman ». C’était ma mission.

Ce livre L’enfant confronté à la mort d’un parent, par la force  de travail puissante de ses auteurs Patrick Ben Soussan, Mireille Destandeau, l’Envolée d’Yves Navarre, L’Envolée de Roland Barthes, Magali Molinié, Wadjdi Moudwad, Michèle Benhaïm, L’Envolée de Jacques Doillon, Jacques Dayan, L’Envolée d’Harold Pinter, Jacky Israel, L’Envolée de Kitty Crowther, d’Elisabeth Brami, Tom Schamp et de Corinne Dreyfuss, de Marcel Ruffo, abritent les envolées au-dessus de ma vie qui chaque fois m’ont immobilisée. Mais à chaque fois, malgré la spirale se faisant nuage ou cyclone, j’ai recommencé à marcher et à lire et surtout à aimer et surtout à épeler le mot vie.

Ce livre qui prend à bras le corps les mots autour de la mort m’a immobilisée. Je ne peux conceptualiser la mort. Je ne peux lire sur la mort. Je ne peux symboliser ces adieux impossibles avec mon père. Ce blanc du noir est tatoué sur mon âme. Il est ancré dans ma mémoire. L’encre est indélébile. Mais la puissance magique des livres, par la pluie de signifiants qu’ils emportent, la grêle de lettres et de virgules, tracent nos passages, jusqu’au silence.

Ce livre s’est adressé à mon silence, par son titre, par son sujet même. Le livre parle  d’un sujet avec l’ambiguïté du mot sujet. Quel est le sujet du livre ? Quel est le sujet qui le feuillette ? Ce livre parlant à cette envolée blanche m’a immobilisée. Mais, il est bon, parfois, de ne plus avancer, de regarder en soi, de caresser la soie de ses mots et de ses morts. Il est bon, parfois, de se rompre le cou sur le sens d’un livre. C’est la force des bons livres que de provoquer cela. Proust parle des lunettes qu’il souhaite donner à ses lecteurs, afin que se regardant avec, ils s’y reconnaissent.

Je n’ai pu lire ce livre, mais je l’ai feuilleté attentivement. Dans le titre même, j’ai reconnu ce à quoi, j’ai été confrontée un instant de ma vie, toute ma vie : la mort d’un parent, une mort qui devait se jeter dans bien d’autres morts encore. Une mort inaugurale. J’ai alors, intérieurement, remercié les auteurs de s’être penchés sur  ce travail de symbolisation de l’enfant confronté à la mort d’un parent.  Au prix d’une plongée dans leurs propres chagrins. On ne dira jamais assez la générosité des écrivains.

Un livre qui parle d’envolées. Les leurs, dans le temps des souvenirs, celles de leurs patients, celles tragiques de leur de famille.  « Tu crois, toi qu’on peut arrêter de mourir ? » dit la petite qui va devenir orpheline. Oui, de l’insoutenable, malgré ce coquelicot, fleur de toutes les mémoires, fleur que j’aime tant.

Oui de l’insoutenable que je n’ai pu soutenir mais que je vous invite à soutenir.

Un livre à lire ou à ne pas lire, selon l’état de soi, mais un livre à avoir chez soi ou sur son lieu de travail.

Le temps venu, je lirai plus avant  L’enfant confronté à la mort d’un parent. Il faut un temps pour lire un livre. Parfois, il nous devance, nous attend. Certains livres sont mystères qui se terrent et nous font taire. Ce livre fait partie de ceux-là.

Nécessaire lecture, pour l’enfant que nous avons été. Nécessaire lecture pour parler avec les  enfants  de l’envolée d’un de leur parent.

L’enfant confronté à la mort d’un parent.

Dire. Ils ont écrit sur ce dire. Les lire. MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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