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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 14:48

Je rentre de vacances ; des vacances heureuses, dans le temps de l’amitié à Nevers et de mes enfants et petits enfants, dans la solide douceur de Lille, sous le merveilleux ciel de Paris que j’aime tant,  ciel de nuages et de tourmente,  lumière unique de ce ciel qui déjà me manque terriblement. Je me suis promenée à perte de rues, plongée dans mes pensées, si secrètes à moi, couleur de ma solitude de femme. J’ai arpenté dans  tous les sens le quartier du Palais Royal et des Tuileries, je suis allée au Mur des noms, je me suis promenée dans le quartier du Marais. Je suis née et j’ai grandi à Paris. Un peu. Je ne suis pas allée au musée, j’étais trop fatiguée par mon année mais je me suis lovée dans la médiathèque du Louvre, bijou de silence et d’art, je suis entrée dans de beaux magasins, j’ai caressé des robes très belles, j’ai essayé des jolies bagues, dans un sourire lucide, j’ai regretté de n’être pas plus riche.

J’ai embrassé mon petit-fils à perte de tendresse, à perte de câlins et d’éclats de rire, de cache-cache et de coucous. Emerveillée, je l’ai observé découvrir ses premiers livres et s’en nourrir. Emerveillée, le cœur battant, je l’ai écouté grandir.

Puis, le temps de quelques heures de train, j’ai retrouvé mon quotidien, mon large appartement, ma colombe en résine posée sur mes livres fétiches, Les fleurs du mal, les enfants de la Shoah, Charlotte Delbo, L’orthographe française, mes livres fétiches écrits par un poète, un ami, une femme qui a su inventer une danse de vie, une cousine. J’ai retrouvé ma musique, mes livres, ma petite télé, mon grand frigo, si souvent vide, ma chambre silencieuse, ses étagères et ses photos, ses grands vases et son vieux tapis.

J’ai retrouvé mon bureau, mon texte de thèse écrit en juin, sa bibliographie qui m’attend patiemment, mes chemises de travail, mon ordinateur et mes grands classeurs.

J’ai retrouvé mon quotidien, mon espace de vie et ses replis, ses coins et recoins, ses portes ouvertes, ses larges fenêtres de lumières. J’ai retrouvé la force de mes Toujours, mon amour des volets ouverts chaque jour sur ma vie, « le vent dans mes cheveux blancs, le soleil à l’horizon, », chanterait Jean Ferrat, j’ai su que ma vie était belle de ma dignité de femme si chèrement acquise, aux confins de la douleur de tant d’heures de chagrin mais aussi d’études balbutiantes mais obstinées.

J’ai retrouvé mon marché du samedi que j’aime tant, j’ai acheté un génèreux bouquet d’œillets de toutes les couleurs pour accueillir ma rentrée, et sereine d'être moi, j’ai écrit ce texte : « J’écris pour passer le temps », dans un gentil clin d’œil à Léo Ferré qui,  lui, chantait pour passer le temps, Léo, disparu aujourd’hui, il y a quelques années.

Oui, j’écris pour passer le temps, à l’ombre de mon quotidien de femme, toujours au travail des livres, au travail de vivre. Être vivante est le plus beau métier du monde, le plus difficile et le plus simple. Se laisser porter par les heures de labeur et de loisirs, par les heures de l’amour et de l’espoir, se laisser porter par nos pages tournées, inventer les possibles de nos livres. En ce moment, j'en lis un très beau : Les Disparus de Daniel Mendelsohn ; je vous en parlerai sans aucun doute. La Shoah, ce n’est pas 6 millions de morts, c’est 6 millions de familles détruites, 6 millions de singuliers qui s’égrènent dans le silence d’un néant qui éclabousse l’histoire et celles des familles frappées de chagrin, notamment celle de Daniel Mendelsohn. Lui, n’écrit pas, comme moi, pour passer le temps, mais pour creuser de son talent et faire vivre,  revivre, retrouver Les disparus de s famille, « le frère de son grand-père, sa femme et ses 4 filles tués par les nazis »

Quant à moi, la presqu’écrivaine, par l’écriture de mon blog, je creuse un peu de l’éternité de nos livres et de nos engagements, d’hommes et de femmes de bonne volonté. Je creuse nos silences et nos absences, nos espoirs et nos talents. Je creuse notre persévérance. Je nous nomme, jour après jour.

J’écris pour passer le temps et nous inscrire dans celui du presque meilleur, dans le temps du symbolique de nos livres écrits et lus, de nos livres partagés, de nos livres caressés, posés sur la toile, là, comme ça, dans la douceur, dans la tendresse de mes heures de femme vivante, dans ma ferveur obstinée dans le meilleur de l'humain malgré tant de ses malgrés. Je crois en nous, voilà tout.

Près de vous, vers vous, pour vous, pour moi, comme ça, pour le plaisir de le faire, dans le lent ressac des saisons, j’écris pour passer le temps.

Merci, chers Inventeurs, de votre fidélité à me lire, pour passer le temps…MJA

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Published by Marie-José Annenkov - dans Ethique du blog
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