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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 22:07

Proust, dans les premières pages de son livre intitulé Sur la lecture  évoque ses premiers livres d’enfance, ses livres préférés, qu’il compare à des calendriers, alors j’ai souligné le mot calendrier. Ce qui me paraît essentiel dans ma longue pratique du livre c’est de le repérer comme un Temps. Les mois du moi. Ce soir, je suis plombée par la fatigue d’une lecture difficile dont je vous ai parlé les jours précédents, un essai de Ricœur intitulé Identité personnelle et identité narrative. Parfois, je lis comme une araignée tissant sa toile et mes fils de lecture s’enchevêtrent dans des liens imprévisibles. Une telle lecture me demande un grand effort intellectuel et me laisse épuisée sur mes pages. Lire peut se faire un lent  labeur du temps par le temps.

 

Je vais me reposer, laissant reposer mes lectures difficiles mais passionnantes de ce jour. Je sais combien l’élaboration de la nuit est précieuse. L’acte de lire est parfois comparable à l’acte de cuisiner. Laisser reposer le temps,  un temps. Je cherche du côté de Ricœur et de Proust. C’est difficile mais je le pressens essentiel. Situer l’homme dans son historicité, appréhender l’historicité par le récit et ça commence dès l’enfance. Avec les livres l'enfant rencontre son historicité et apprend à traiter avec elle. Mais c'est dur, alors il le fait dans une interaction avec un adulte, souvent sa maman qui de son corps écoute ses "encore, maman !"

 

Parfois, comme aujourd’hui, lorsque je lis un livre difficile, je m’identifie à l’enfant qui découvre son livre, alors qu’il n’a pas les moyens de conceptualiser seul et qui de fait a tant besoin d’être accompagné pour ne pas s’épuiser psychiquement. Je pense aussi à ceux qui sont en difficultés scolaires, je sais à quel point il est difficile de lire un livre difficile, seul (e). Lorsqu’on cherche du côté de l’enfance, il est bon parfois de retrouver avec empathie ce que l’enfant peut vivre... Par exemple ce soir, après ma plongée dans Ricœur, après mon exploration solitaire, entourée de gros baobabs et de phrases-lianes, j’ai sommeil comme une enfant qui toute la journée a appris à lire... Une chanson douce que me chantait ma maman ... Dodo !

 

A suivre... Du côté de chez Swann, non pardon,  de chez Proust et de chez Ricœur et même si vous êtes sages du côté de Bruner. Ma colombe en résine me regarde perplexe. T’as pas bientôt fini de cracher des mots savants, me dit-elle ! Je lui réponds que moi, j’aime les mots savants. Je ne sais pas pourquoi. Depuis toujours, c’est comme ça. Les mots savants ça me repose de moi-même.Le premier mot savant que j'ai appris était "éditeur" mais je le confondais avec le mot "auteur". Ainsi, un jour un adulte de ma famille me voyant toujours plongée dans mes livres m'avait demandé qu'elle était mon auteur préféré et j'avais répondu sans hésiter "Nathan" ! Mot d'enfant authentique qui en disait déjà long sur mon ipséïté dans un de ses désirs de vouloir être écrivaine publiée !

 

Une pluie d’étoiles tombe sur mon cœur heureux d'adulte abritant toujours et toujours son enfance (et si l'ipséïté c'était l'enfance en plein vol de son histoire déployée dans le temps de l'éternité de notre vie ?) mon coeur heureux d’avoir tant étudié mais maintenant,  j’ai trop sommeil ! MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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