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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 17:55

Françoise Collin

L’homme est-il devenu superflu ?

Hannah Arendt

Editions Odile Jacob

Novembre 1999

332 pages

 

 

Introduction

 

 

 

Le chapitre commence par un exergue de René Char qui rappelle comment nous invitons toujours la liberté à s’asseoir parmi nous, que sa place demeure vide mais que son couvert est toujours mis

 

Je vais donc vous raconter ce chapitre comme nous l’a raconté Françoise Collin.

D’emblée, d’ailleurs, elle nous parle du rapport existant dans la pensée d’Hannah Arendt qui lie toujours de façon étroite les verbes penser et raconter.

Penser c’est raconter.

 

J’ajouterai, écrire c’est raconter, lire, c’est écouter une histoire. Il y a dans la lecture quelque chose de l’enfance, du temps où maman nous racontait (ou ne nous racontait pas) des histoires. Notre identité nous l’avons forgée à partir des récits entendus, découverts, acceptés, reçus enfin.

 

Quel est donc le récit d’Hannah Arendt tel  que nous le raconte Françoise Collin ? C’est le récit d’un double horizon qui ne s’oppose pas de façon dialogique mais qui s’interpénètre dans les articulations de la pensée qui se déploie dans « un monde commun. » Ce double horizon se constitue entre violence et dialogue, entre domination et pouvoir partagé, entre société de masse et pluralité, entre propagande et débat d’opinions, entre faire (poièsis) et agir (praxis), entre public social et privé, entre parole esseulée et dialogue. Le mot essentiel qui dit que les deux horizons ne s’opposent pas  c’est le mont « entre. » Le registre d’Hannah Arendt n’est jamais le « ou » mais bien celui du « et »,  « du entre. » Un « et » qui écrit la pluralité, l’égalité à partir de la diversité, la démocratie. Mais à ce point, Françoise Collin souligne le sort qu’a fait au mot « démocratie », Hannah Arendt. La démocratie n’est pas la panacée, ne résout pas tout. Hannah Arendt approfondit le terme de démocratie avec Aristote et il arrive parfois que le peuple dans un « plusieurs mal différencié » se constitue en monarque. Il est arrivé dans l’histoire de la démocratie qu’adviennent des formes d’exclusions et de violences. Hannah Arendt, remarque aussi, souligne Françoise Collin que l’horreur totalitaire a été issue sur le fond de l’histoire politique occidentale. Donc ne pas mettre le mot « démocratie » à toutes les sauces. Il nous faut à chaque fois poser l’exigence d’analyser ses composantes avec rigueur. Hannah Arendt a étudié comment la violence sur l’humain peut-être instaurée en instrumentalisant chacun jusqu’à le renvoyer à une condition d’animal où le meurtre lui devient indifférent. L’homme ne pense plus. C’est à ce point qu’intervient son analyse de la banalité du mal et d’Eichmann. Dans tout à chacun peut dormir un Eichmann.

 

C’est à ce point qu’elle fait intervenir la nécessité de penser et donc j’ajouterai la nécessité de lire. Penser, lire sont des possibles freins à ne pas devenir des Eichmann. Penser, lire, interroger l’évidence mais dans d’autres textes Hannah Arendt dira la nécessité de ne pas penser dans une tour d’ivoire mais avec tous, dans un monde commun.

 

Je dirai donc que lire est un verbe essentiel pour vivre avec tous de la naissance à la mort. Partager les livres avec d’autres c’est engendrer du monde commun, dans un recul si nécessaire à la non-violence.

 

François Collin met en lumière le concept d’Hannah Arendt : ambivalence de la vie active et de l’esprit (dans La vie et l’esprit) qui dit combien nature et culture sont indissociables. Le déferlement de l’horreur de la pensée unique totalitaire peut être limité par la double initiative de la parole et de l’action dans un art du commencement qui s’origine dans toute naissance. Françoise Collin nous dit comment Hannah Arendt décline le possible d’être ensemble mais toujours à la lumière de l’impossible, je dirai, le possible à partir de « notre infracassable noyau de nuit », je dirai l’enjeu de toute pensée, de tout livre, c’est raconter ce que j’appelle dans mon blog  notre « noyau de nuit et de lumière » et non pas ou notre nuit ou notre lumière. Tout être humain s’inscrit entre ombre et clarté.

 

 Lire c’est reconnaître et non dénier les deux dimensions de l’humain, lire c’est s’offrir au « Contr’un Arendtien » comme le cite fort à propos Françoise Collins et contre lequel il faut faire barrage. Un vrai barrage contre le pacifique qui n’en finit pas de se laisser engloutir et reconstruire entre pulsion de vie et pulsion de mort, inscrivant définitivement l’humilité de l’homme mais aussi sa splendeur de lutteur et de résistant.

 

Mais lire n’est pas une simple affaire ; lire est bien plus qu’une histoire de code. La loi également. Lire, légiférer c’est interpréter. Françoise Collin, souligne combien la définition du texte et de la loi chez Hannah Arendt est interprétation dans sa dimension essentielle : la vie. Je dirai donc avec elles deux, que lire c’est interpréter, c’est vivre. Je vous parlerai, à nouveau dans ma diaspora, de Ouaknine et de bien d’autres. Pour une lecture diasporique signifie comment chaque texte nous renvoie à un autre, nous déplace dans notre pauvre intelligence, entre nuit et lumière de notre pauvre âme. Quelle est donc cette diaspora dans nos livres de ce que Hannah Arendt nomme « le quelqu’un » que nous sommes. Cette notion de « Quelqu’un » est très intéressante et Françoise Collin la circonscrit bien : le « Quelqu’un » c’est ce qui s’inscrit à la fois dans le privé et le public comme dans une torsade. Ce n’est pas le sujet de l’inconscient, ce n’est pas le citoyen, c’est le sujet « torsadé » (le terme est de moi) au citoyen. J’aime cette notion de « quelqu’un » qui lutte contre notre inachèvement. Certes, nous sommes inachevés mais nous avons cette possibilité d’être quelqu’un. Lire, penser s’inscrit largement dans cette possibilité là. Je dirai, que notre nécessité d’une lecture diasporique, de la naissance à la mort s’origine sans doute dans  notre désir de décliner notre « quelqu’un » vivant et partageant avec tous un monde commun viable

 

Françoise Collins reprend avec clarté la notion « d’opinions » et de « débat d’opinions » pour que ce monde commun ne s’écroule pas, pour qu’il perdure de la force et de la conscience pensante de tous ; la seule vraie politique est celle qui naît du dialogue de tous les « quelqu’un (s). » Mais ajoute-t-elle, attention de ne pas tomber dans des illusions généreuses ! J’ajouterai des illusions non pensées, déniant la vraie pluralité, celle qui n’existe qu’à partir des diversités, des différences reconnues, reconnues puis acceptées. C’est cela, la vraie liberté, la vraie égalité, selon Hannah Arendt, nous dit Françoise Collin.

 

Selon moi, lire c’est découvrir les différences de chacun, tant psychologiques, que sociologiques, que politique, que culturelles, selon moi, lire c’est penser nos « quelqu’un (s) » pour mieux les reconnaître et les accepter et non pour s’affronter.

 

Pour moi, lire, c’est déployer de la paix, de la naissance à la mort et livres en main, je soutiendrai cette argumentation en 2010 et jusqu’à ma mort.

 

Dans ce chapitre, il est aussi question de Freud et D’Hannah Arendt, du meurtre du père et du meurtre du frère, des « pères fondateurs » si essentiels dans la pensée d’Hannah Arendt écrivant par eux la seule liberté possible, celle qui s’écrit dans la transmission intergénérationnelle, celle qui pose la filiation, celle qui pose la naissance, non comme acte de reproduction mais comme événement, emportant du passé et de l’avenir, emportant du commencement à partir du déjà là, emportant du lien, emportant non un contrat mais une promesse avec appel de l’autre à exister.

 

Lire, c’est tout cela : du passé et de l’avenir, une reconnaissance de sa parenté symbolique, lire c’est tenir sa promesse d’être dans un monde commun, lire c’est tout recommencer en continuant.

 

Françoise Collin, à propos d’une lecture possible de Hannah Arendt emploie le

terme de « lecture diasporique ». J’aime beaucoup cette expression qui dit « le mouvement », « la marche », « le déploiement » de l’acte de lire : dans le temps, et dans l’espace.

 

Lire, c’est se mettre en mouvement, marcher, déployer son intelligence et sa sensibilité dans l’espace constitué des lieux de sa lecture (chez soi, à l’école, en bibliothèque etc.) et dans le temps (de la naissance à la mort.) C’est donc sur cet espace/temps de la lecture que je me pencherai prochainement inventant, je l’espère, la nécessité d’une lecture diasporique dans laquelle une fois de plus, il le faut, s’envolera La Colombe de Picasso. Mais est-il encore temps dans cet infracassable  noyau de nuit et de lumière de notre pauvre humanité ?

 

Et donc, à la manière de René Char, mis en exergue de cette introduction, je conclurai :

 

Invitons avec nos livres, la paix à notre table et même si elle est toujours absente, n’oublions pas de mettre son couvert. MJC

 

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Pour une lecture diasporique
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