Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 22:34

Punir bébé

Les Journées Spirales

Punir Bébé

27 et 28 septembre 2012

Sous la présidence de Jean-Jacques Romatet directeur du CHU de Toulouse

Animé par Claudine Guitard, médecin  de la PMI, Conseil Général de la Haute-Garonne

 

Epuisée, je suis devant mon écran.

 

Epuisée par les « Spiraliens ». Ils sont fous ces « Spiraliens ». Ils nous ont coincés dans un grand théâtre de Toulouse pendant 48 heures et ils ont parlé non-stop. Ils ont parlé du sujet proposé « Punir Bébé » et ils ont fait du hors sujet aussi. Ils n’y arrivaient  pas à l’attraper leur truc, ni par les racines, ni par le tronc, ni par les feuilles. Alors, ils ont essayé les ailes et là, c’était trop génial, je me suis envolée. Je les ai écoutés, médusée, parler  de tout. De Poil de carotte, du petit Poucet, des enfants qu’on mettait dans le lave-linge ou dans le micro-onde, d’une psychologue qui parfois tapait sur le bout des doigts de sa fille, d’une mère qui passait du piment sur les lèvres ou sur les fesses de son enfant, d’une  assistante maternelle qui faisait faire la sieste aux bambins devant la télé. Y en a un de spiralien qui a dit qu’il était circoncis, que c’était Yom Kippour, et que sa pire punition c’était d’avoir une mère juive que manifestement il aimait beaucoup. Moi, ça m’a fait tout drôle d’entendre ça parce que je suis juive, mère, mère juive toute à la fois et je me suis demandée si mes enfants pensaient ça de moi et ça m’a fait du chagrin, cette idée-là. Mais, je n’ai pas eu le temps de m’arrêter à ce chagrin, car ils parlaient, parlaient, n’arrêtaient pas de parler. Y en a un qui nous a raconté une soixantaine de bouquins qui parlaient que de punitions d’enfants ; ça m’a donné la chair de poule car j’avais perdu le fil du sens de tant de livres si sombres et si terrifiants, avec des images ahurissantes et horrifiques. Après, ils ont fait une grande table ronde qui m’a sécurisée ; Ils ont dit que c’était bien de lire pour les très jeunes enfants et ça a mis un peu de douceur. Celle qui animait la table ronde, elle était toute douce. Je n’ai pas vraiment appris grand-chose, car je sais beaucoup de choses sur la question  mais je me suis dit que c’était bien que des gens travaillent à partager des livres avec des enfants. Y a eu encore plein de gens qui ont parlé ce premier jour, très vite, très doucement, savamment, humainement mais à la fin du premier jours, j’avais une bizarre sensation de « hors-sujet » et j’ai pensé à mon épreuve de philo, où j’avais eu 4 sur 20 parce que je n’avais pas respecté le sujet et je n’étais pas contente et je leur mettais 4 sur 20. Mais le lendemain, comme ils ont continué de parler, sans se décourager un seul instant, j’ai pensé qu’en effet, Punir les bébés étaient un sujet de colloque vraiment dans la transgression et qu’il n’était pas simple de plonger dans la piscine. Fallait-il plonger en parlant de sa propre enfance ? En parlant de livres ? En parlant de partage ?  En parlant de psychologie ? Fallait-il en parler avec humour ? Avec sérieux ?  Sur le ton du quotidien ou de la philosophie ? Fallait-il parler des parents ou des professionnels ? Fallait-il parler des enfants ? Et soudain, j’ai compris que j’avais été bien présomptueuse de leur mettre 4 sur 20 à ces courageux Spiraliens, qui dans un premier jour difficile et surprenant nous avaient mis au travail, de ce thème si provoquant : « Punir bébé ».

 

Alors, le deuxième jour, après une bonne nuit de repos, j’ai plongé avec eux dans la piscine et avec eux j’ai nagé, « dans tous les sens », je les ai écoutés  parler, parler, parler mais surtout penser, penser, penser. L’enfance.  Les enfants.  La punition. Y en a une qui a fait rimer punition avec d’autres mots pour donner du poids à sa pensée et ça donné ça : punition, solution, réaction, régression répétition et elle nous a dit qu’elle préférait, punition, scansion, respiration, interrogation, inscription. Je trouvais ça drôlement bien. C’est la même qui citant Catherine Dolto a parlé du « chagrin tissulaire de l’enfant », qui nous a dit aussi, les frustrations ne se supportent pas mais se dépassent grâce à un cadre, à un environnement contenant. Ça c’était drôlement bien. On sortait de cette histoire « les enfants ont besoin de limites ». Qu’est-ce qu’on en sait que les enfants ont besoin de limites ? Ils ont besoin d’un bon environnement où ils peuvent « déborder » pour mieux exister. Ils ont parlé de l’existence de l’enfant, malgré nous les adultes souvent d’une ambivalence meurtrière par rapport à notre propre enfance. Oui, ça m’a vraiment plu cette idée-là d’aborder le thème de la punition de l’enfant par le bout de notre regard à nous sur notre enfance et du coup, j’ai mieux compris celui qui a parlé de sa mère juive et j’ai pensé à la mienne et à mon enfance, pas des masses drôle. Une enfance comme une masse, comme un poids où il ne m’a pas toujours été donné d’exister.  Et alors, j’ai réfléchi sur l’autorité. Ils ont beaucoup parlé de l’autorité si distincte de l’acte de punir. Y en a un qui a dit que le verbe UNIR c’était un verbe qui avait perdu son p et tout le monde a ri. Les Spiraliens, ils aiment bien parlé, pensé, rires. C’est une sacrée bande d’amis ! Mais ils aiment se souvenir aussi. Ils ont la transmission et le respect de leurs pairs, de leurs pères et mère. Sur le grand écran du grand théâtre, ils ont projeté Leibovici, Diatkine, Soulé, Green, Misès. On a vu aussi leurs mères, Joyce Mc Dougall, Claude Boukobza. C’était vraiment émouvant et moi, les larmes me sont montées aux yeux de penser à tous ceux-là qui avaient tant donné de leur génie de cliniciens à l’enfance. Les Spiraliens nous ont demandé d’avoir une pensée pour eux qui sont morts mais qui nous accompagnent encore. J’ai noté leurs noms sur mon cahier d’écolière. Je ne les oublierai jamais. C’est promis. Avec eux, je me reconnais presque meilleure.

  Avec eux, les morts et ces sacrés vivants que sont les Spiraliens, j’ai appris tant de choses que ça se bouscule dans ma tête mais dans mon cœur, je sais maintenant, mais je le savais déjà, combien j’aime les enfants qui font oui, qui font non, mais toujours avec leur cœur. L’autre jour, j’ai revu mon petit-fils de 18 mois et je n’avais pas enlevé mon manteau qu’il me faisait déjà non,  en riant des yeux, alors avant même de poser ma veste, je lui ai dit  « Non ! Non ! Non ! » Et tous les deux, on s’est embrassés en riant et j’ai été heureuse ! Lui aussi, je crois.

Alors pour mes petit-fils, pour tous les enfants du monde, pour nos enfants heureux mais aussi pour ceux qui sont maltraités, piétinés, pour les enfants soldats, les enfants affamés, les enfants assassinés, pour tous ceux là traversés de notre violence fondamentale infantile, sociale, historique (merci à ce Spiralien qui a montré le rôle de la musique dans les guerres et pire encore dans la Shoah), j'ai su le sens profond de ce colloque sur la punition des enfants. Poser la question de la punition des enfants c'est poser la question de la violence de l'humain, de notre violence quand elle se transmet par l'enfance et gangrène l'avenir. A bien y réfléchir, les intervenants n' ont jamais été  hors-sujet car la punition des enfants c'est la punition de l'humain et alors là, ça s'étend comme du goudron noir sur la pensée universelle, celle que nous devons tous défendre pied à pied, mot à mot, car la bête immonde, elle rôde, elle rôde, terriblement proche de nous et pire encore s'approche de nos enfants. Oui, il y a faire, il y a dire, il y a à écrire et les Spiraliens l'ont fait... par tous les bouts de leur pensée et de leurs pratiques si diversifiées.

  Alors, j'ai su la fierté, de les avoir accompagnés deux jours durant  à ce colloque de fous, ces dératés de la pensée, qui couraient qui couraient dans leurs mots, dans leur cœur, dans leur ferveur, en proie à une seule idée, dont ils n’ont pas démordu, 48 heures durant, la chantant sur tous les tons du savoir et de l’espoir, avec rigueur, sans rigueur, tous azimuts, en musique, dans les livres, par leur récit de leurs expériences si talentueuses. Tous, passionnément, ils nous ont dit : « Non ! Non ! Non ! Il ne faut pas punir bébé !  

Oui, je suis épuisée, je vais me coucher et dormir, dormir, dormir, car ils m’ont tuée ces Spiraliens, mais avant cela, je veux leur dire à tous un immense merci pour tant de travail qui m’a mise au travail, une fois de plus, de l’enfance et de mon enfance. Oui, bravo ! Bravo ! Bravo !

  Chers Inventeurs, ne manquez pas de lire le N° 62 de la  revue Spirale Punir bébé coordonné par Patrick Ben Soussan et Marcel Sanguet. A tous, je vous en souhaite une  bonne lecture.  

Et, maintenant dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bientôt ! MJA

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Annenkov - dans Les inventeurs cherchent et trouvent
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche