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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 19:17

Marcel Proust

Jean Santeuil

Précédé de

Les plaisirs et les jours

 

Edition établie par Pierre Clarac

Avec la collaboration d’Yves Sandre

Bibliothèque de la Pléiade

Nrf Gallimard 1971

 

Les Plaisirs et les jours

Appendice

Allégorie (P.177-178)

 

« Il y avait dans le pré un endroit si richement, si diversement fleuri qu’on avait coutume de l’appeler le jardin. Chaque jour il s’épanouissait davantage dans la joie de sa beauté et dans la bonne odeur de ses parfums. Un soir, un orage furieux arracha, puis emporta toutes les fleurs. Puis une pluie torrentielle tomba, glaçant le sol meurtri ; tout ce qu’il aimait le mieux était parti, déraciné de son coeur même. Maintenant tout lui était égal, mais ce froid sans trêve, cette inondation folle, c’était la dernière cruauté. Cependant le vent prenait à poignées toute la terre légère et la jetait devant lui. Bientôt la dernière couche résistante fut à nu, le vent n’eut pas de prise sur elle, mais l’eau ne la traversait pas, et c’était un jardin si imprudemment vallonné qu’elle ne pouvait s’en écouler, restait là. Et toujours elle tombait à torrents, noyant de larmes le jardin saccagé. Au matin, elle tombait encore, puis cessa : le jardin n’était plus qu’un champ dévasté couvert d’une eau trouble. Mais tout pourtant s’apaisait quand vers cinq heures, le jardin sentit son eau calmée, devenue pure, parcourue d’une extase infinie. Rose et bleue, divine et malade, l’après-midi, céleste, venait se reposer sur son lit. Et l’eau ne la voilait ni ne la froissait nullement mais de son amour approfondissait peut-être encore son regard vague et triste et contenait, retenait tout entière, tendrement pressait sa lumineuse beauté. Et désormais ceux qui aiment les vastes spectacles du ciel, vont souvent regarder dans l’étang.

Heureux, le cœur ainsi défleuri, ainsi saccagé, si maintenant  plein de larmes, il peut lui aussi refléter le ciel »

 

Si je refléte le ciel, rien de tout ce que j’ai vécu, douleur et larmes, ne sera perdu ; mon âme reconnaissante à la vie, s’échappera lentement vers la lumière céleste, comme à vingt ans, ivre d’azur, je ressusciterai

 

MJA

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Marcel Proust
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