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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 16:00

Françoise Collin

L’homme est-il devenu superflu ?

Hannah Arendt

Edition Odile Jacob

Novembre 1999

332 pages

Chapitre 5

Pluralité et natalité

 

Françoise Collin raconte Hannah Arendt ; je raconte Françoise Collin. Lecture en abîme d’un chapitre difficile pour moi car très philosophique et je n’ai pas tellement de connaissances philosophiques. Donc, mon récit pêchera considérablement par omission et je m’en excuse auprès de vous mes lecteurs. Je vous invite à lire le texte dans le texte. Toutefois, je vous livre avec humilité ce que j’en retenu.

 

Hannah Arendt, qui dans toute son oeuvre s’occupe bien plus de la natalité que de la mortalité..

 

La naissance est avant tout un commencement nous dit-elle. Le commencement d’une nouvelle vie qu’elle ne prend pas dans le sens biologique car si la naissance est certes un acte biologique, elle est aussi prise dans des mots. C’est un acte de chair et de paroles. J’aime cette expression si pleine de sens. Un enfant avant de naître est pris dans une chaîne de mots qui le précèdent. C’est avant même sa naissance l’inscription de l’enfant dans ce qui le précède mais qu’il va rompre par l’effet même de sa mise au monde. Hannah Arendt insiste beaucoup sur l’effet de rupture que constitue une naissance. Le commencement d’une nouvelle vie est à la fois recommencement (prolongation de l’antériorité) et commencement cément  (rupture qui fait liberté). Une naissance est un évènement qui prolonge l’humanité et invente sa liberté la situant aux confins du public et du privé. La naissance est un acte privé ayant de nombreuses répercussions sur le public et c’est en ce sens que le concept de natalité est chez Hannah Arendt une pierre angulaire qui ébranle les catégories de public, privé et politique. La naissance, quand elle dépasse le biologique est un agir de l’humanité, elle est du biographique, du pur récit qui engendre de la pluralité. Une naissance écrit le pluriel d’un famille et l’identité unique de celui qui naît. La natalité, c’est du singulier pluriel, du bibliologique et du biographique, du récit singulier qui s’inscrit dans le dialogue pluriel de la famille et même de la cité. C’est en cela qu’elle est autant l’affaire du privé que du public et du politique. L’enfant qui naît s’inscrit dans du symbolique constitué du donné qui le précède. Hannah Arendt insiste beaucoup sur ces notions symboliques que sont les données et l’antériorité. C’est de là qu’elle articulera ses notions d’autorité, de promesse, de pardon. Nous le verrons plus avant dans le chapitre.


L’enfant  devient quelqu’un à partir de ce qui le constitue non-un, l’enfant devient être de récit à partir de ceux qui inscrivent un lieu de mots pour l’inscription de son récit, l’enfant devient une possible liberté à partir de ceux qui ont déjà écrite la leur, l’enfant devient un à partir du « Nous » qui l’accueille, l’enfant prend son envol à partir de ceux qui le retiennent. L’enfant brouille et illumine les distinctions antérieures du public et du privé, l’enfant permet le nœud du synchronique et du diachronique qui enveloppe l’homme par la transmission qui le constitue.

 

Le dialogue dans l’espace du pluriel est un dialogue difficile, voire même nimbé d’opacité qui surgit de l’irréductibilité de chacun. La communication peut rester dans le suspens de l’autre. On retrouve là Freud : c’est l’autre qui constitue le un du quelqu’un mais qui aussi le limite par le malentendu de toute communication. Tout dialogue, tout pluriel, tout public demeurent inachevés. C’est à ce point du synchronique opaque que s’inscrit le point d’insertion du diachronique générationnel qui autorisera l’initiative de tout nouveau venu. Hannah Arendt définit tout toute naissance comme évènement à la croisée de deux temps, synchronique (inachèvement du dialogue) et du diachronique (le temps des générations et de leurs données). C’est du croisement de ces deux temps que naîtront liberté et initiative du nouveau-né.

 

La naissance est un temps. Un temps d’évènement, de liberté, de promesse. Cet enfant qui nous apparaît tiendra-t-il la promesse qui est la sienne de faire perdurer l’humanité dans son inachèvement mais dans sa possibilité d’initiatives et de liberté ? L’attente du nouveau-venu tiendra-t-elle la gageure de la mémoire et de la transmission ? Inventera-t-elle l’imagination ?  Reliera-t-elle les humains à d’autres humains ? Inventera-t-elle la postérité à postériori ? Viendra-t-elle bousculer la fameuse égalité de l’agora grec ? Entre similitude et pluriel, un nouvel-enfant nous est né pour réinventer génération et politique, pour réinventer singulièrement notre monde commun si pluriel. Nous sommes là, très près de la pensée freudienne et des notions d’imaginaire (singulier) et de symbolique (pluriel.)

 

De tout cela découle des notions d’éducation passionnantes. L’enfant pour tenir sa promesse d’innovation et d’évènement doit être protégé des problématiques du monde qui le précède, nous ne devons pas « le charger » de nos inventions d’adultes, nous devons « le préserver » et respecter sa période de latence après laquelle il prendra son envol, sa liberté, après laquelle il deviendra sujet d’évènements, d’initiatives et de liberté, après laquelle à son tour il se chargera du pluriel de l’humanité. Françoise Collin, dans ce paragraphe « politique et apolitisme de l’éducation » dit que peut peut-être Hannah Arendt peut paraître conservatrice mais en effet dit-elle , on ne peut assimiler le statut de l’enfant à celui de l’adulte pour régler trop simplement le problème de la transmission et des générations. Je le pense aussi, l’approche de l’enfant doit-être douce et s’éclairer d’une lumière de tendresse et d’amour bien plus « que de savoir du pluriel de l’humain ». Il a le temps d’apprendre ce qui constitue le politique. Laissons lui le temps de vivre son enfance dans le suspens d’une latence, la sienne...

 

Enfin, nous arrivons à la difficile mais passionnante fin du chapitre. : pouvoir et autorité, pacte, promesse et pardon.

 

L’autorité est à distinguer du pouvoir qui trop souvent signifie mort de l’autre. Le concept d’autorité est lié à celui de responsabilité qui est imposée par la dimension diachronique et générationnelle de l’humanité. Le monde commun inclut les quelqu’uns du passé et  présent mais aussi ceux à venir car dans toute société il faut aménager le futur et cela ne peut se faire qu’en référence à l’autorité même si elle déloge la notion d’égalité synchronique.

 

Hannah Arendt à consacré de nombreux articles au concept d’autorité qui s’inscrit dans le respect et la force de persuasion. Seule l’autorité du savoir peut transcender la dimension parfois destructrice du pouvoir. Autorité des hommes, autorité des textes, autorité qui toujours induit une référence possible, qui articule des bornes à l’histoire. Aucune révolution dit-elle, ne doit « confisquer le temps » , anéantir l’autorité passée, le nouveau est espace d’initiatives dans le respect de ce qui a fait autorité. C’est à ce point qu’elle compare révolution française qui selon elle confisque le temps et révolution américaine qui respecte les fondations. A approfondir avec  elle. Elle fait également référence aux figures d’autorité que sont Moïse et Washington. L’autorité crée une « dette de sens » des individus à venir vers ceux du passé et cette dette écrit le pacte entre eux, le pacte d’une transmission du monde commun constitués du passé et de l’avenir mais parfois, il y a faille, le pacte commun n’est plus respecté dans faute et disparition de la promesse des anciens vers les nouveaux mais dit-elle, si la faute est reconnue il peut y avoir pardon mais ce pardon a des limites. Par exemple, Eichmann ; n’étant pas « une personne », il ne peut y avoir pardon. Le pardon d’une faute ne peut avoir lieu que si il y a reconnaissance de la faute. C’est cette reconnaissance obligée qui est la seule condition du pardon.

 

Ce qui signifie que, envers et contre tout, même dans la mémoire détruite, dans la faute non pardonnable, les enfants continuent de naître et il faut leur assurer un monde commun possible et transmissible. C’est le mythe de Sisyphe, c’est la toile de Pénélope, c’est le monde commun incluant passé fautif et avenir à construire, est toujours au travail de la transmission. C’est l’appel à l’initiative et aux évènements triomphants du passé défaillant. Ainsi se dessine l’espoir et c’est sans doute l’essentiel du concept de la natalité chez Hannah Arendt. Un concept qui doit faire autorité pour que le monde continue à tourner dans sa dimension du « presque meilleur ». Un espoir à réaliser dans un monde commun, toujours là et à maintenir dans le malaise de notre civilisation, certes mais dans le temps obstiné d’Eros, de toutes ses créations et principalement dans le le temps de ses livres. MJC

 

 

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Pour une lecture diasporique
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