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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 18:31

Intervention du 20 novembre 2010 à Bourganeuf

Forum : Lectures pour des lecteurs en panne

 

Ecouter Lire : l’atelier comme temps de remédiation avec des personnes en souffrance

 

Je remercie les organisateurs de leur confiance et de m’avoir invitée à participer à cette journée de travail et de réflexions, à cette journée de partage.

 

J’adresse ma gratitude à Marie-Catherine Tabaraud qui fut par une histoire de ticket de métro et de Récit de vie, très certaine à l’origine du travail de ce jour

 

Je remercie Marie-Pierre qui a constitué le choix des livres pour l’atelier de lectures de l’après-Midi

 

Et surtout je remercie Marie-Pascal Bonnal pour son accueil chaleureux.

 

Cette intervention sera posée dans mon blog, Les Inventeurs de lectures. si vous le désirez vous pouvez vous dispenser de prendre des notes.

 

Et donc...

 

Il était une fois un nourrisson qui découvrirait les livres et s’éveillerait à la lecture. Après tout, dans la vie tout commence, même l’illettrisme,  au cri fulgurant de la naissance. Je me réfère aux si persévérants travaux de Marie-Bonnafé : « Les livres, c’est bon pour les bébés » et aux revues du Site ACCES. Tous travaillent à la mise en évidence de l’instauration du poste de lecteur dès la tendre enfance, dès les caresses premières aux livres. Là commence la découverte des autres, et le métissage interculturel, dès le premier album raconté par la tendre voix de la maman. Là commence, la nécessité du livre, pour s’endormir, pour se construire, pour vivre sa permanence intérieure, pour se différencier de l’autre, pour atténuer le chagrin de la séparation, du clivage entre le jour et la nuit, bref pour devenir grand.

 

Là commence la nécessité d’écouter l’autre lire une histoire : « lis moi une histoire ».

 

Je crois pouvoir dire que pour des raisons multiples ma mère ne m’a jamais raconté d’histoires, alors, je n’ai eu de cesse dans ma vie professionnelle et personnelle d’écouter lire. Histoire d’un manque sublimé

 

J’ai été formatrice, 13 ans durant, dans une association d’insertion et de formation. Je trouve que ces deux mots vont bien ensemble : insertion et formation. La rime est productive de lutte contre l’exclusion. Je ne développerai pas, cela relève presque de l’évidence à toujours conquérir.

 

J’ai écrit, comme ça, pour le plaisir de transmettre, un petit livre, en collaboration avec Nicole Rouja et Anne Dubaele-Le Gac, qui dans le temps d’une  caresse à mon expérience professionnelle, la transmettait, le moment de la retraite venue. Nous posions dans ce texte, mes amies et moi, les questions suivantes

 

-         Quel est l’enjeu de l’acte de lire ?

-         Qu’est-ce qu’occuper son poste de lecteur ?

-         Quelles sont les difficultés à occuper son poste de lecteur ? J’ai défini cela être « Lecteur vacant. » (vacant de son poste dont il faut se saisir)

-         A quel âge commence-t-on à lire ?

-         Quelles sont les conséquences du verbe lire quand il ne peut s’épeler ?

 

Toutes ces questions m’ont accompagnées, je les ai engrangées pour mieux écouter lire les personnes en souffrance que je devais accompagner dans un mieux savoir lire, certes pour répondre à une demande institutionnelle certes, mais aussi par injonction personnelle.

 Mon livre , Madame, je veux apprendre à lire !, témoignage de ma vie professionnelle, à portée de main de ma retraite, commence par une dédicace à ma grand-mère, déportée par les nazis à Sobibor :

 

1° Par la lecture de ces lettres, j’ai découvert qu’elle était illettrée

2° Mon travail s’inscrit dans la lutte contre le fascisme.

 

Oui, écouter lire les autres en souffrance, dans le cadre citoyen d’un atelier de lecture, les faire advenir peut-être à la lecture mais surtout à leur poste de lecteur est pour moi, femme citoyenne ma façon de me positionner contre le fascisme. Je ne peux concevoir mon engagement dans la lutte contre l’illettrisme hors de ce positionnement . Un hiver, j’ai lu longuement Hannah Arendt et son étude du totalitarisme. Je l’ai écouté écrire et j’ai su que rien n’était pire pour la démocratie que de priver les citoyens de penser. Pour penser, il faut lire. Ma démarche est simple ; pour lire, il faut advenir à son poste de lecteur. Mes ateliers de lectures n’ont de cesse, par mon écoute et par mes séquences en groupe, et par mes visites de bibliothèques de faire advenir l’autre à la lecture. C’est pour moi, un acte citoyen fondamental que de les faire advenir à leur citoyenneté par la lecture entendue et reconnue par moi, par le groupe que constitue l’atelier de lecture.

 

Ecouter lire, faire advenir le « je » citoyen mais aussi dans le même temps le  « je » identitaire. Et là, je me réfère à Winnicott qui a tant travaillé l’espace transitionnel comme lieu d’identifications pour le bébé lui permettant de survivre à la séparation, à l’absence. Séparation, absence, enjeu de la lecture. Souffrance, échouer dans ce processus d’avènement à la culture, au livre. Ecouter lire des êtres en souffrance, dans la remédiation du groupe que constitue l’atelier de lecture, c’est permettre de refaire avec eux le chemin si douloureux de la séparation, de l’absence grâce aux livres et à l’atelier. Et je pense aux traumatismes des étrangers qui ont tout quitté et qui sont si mal accueillis, et je pense aux jeunes en souffrance véhiculant des traumatismes d’enfance pouvant aller de l’inceste à un deuil parental en passant par des déménagements non symbolisés. Ecouter lire des personnes en souffrance, c’est par la médiation du livre  et du groupe qu’est l’atelier, les aider à se situer dans leur histoire de sujet pour les aider à rejoindre l’histoire de leur cité.

 

Dans mon livre, j’ai décrit la vie des ateliers qui permet je l’espère cela.

Des séquences variées pour résister à l’ennui et à l’angoisse du « je ne sais pas lire », des projets, des brochures des sorties, des invitations, des éclats de rire et des moments de larmes ou de colère, pour se situer dans la cité, des récits de vie pour s’y retrouver dans son histoire avec les autres.

 

La remédiation passe par mon écoute clinique et pédagogique certes mais aussi par le groupe, par l’atelier de lecture. Ce sont les participants qui écoutent et valident l’expérience de chacun, les instaurant dans leur poste de lecteur, les transformant petit à petit de lecteur vaquant en lecteur réel, leur permettant d’occuper leur potentiel de leur lecture, leur faisant retrouver leur nécessité perdue du lire.

 

Cet après-midi, je vous proposerai de vivre un atelier ensemble. Ce ne sera pas un atelier « modèle », un atelier « type ». Ce sera un atelier de vie, dans le mouvement des participants et du jours présent. Car écouter lire, c’est à chaque fois, pour moi inventer, puiser dans mon âme pour restituer aux autres leur lecture. C’est un métier difficile, qui exige, je le pense un travail sur soi, pour ne pas s’y perdre entre soi et l’autre, pour différencier dans un talent clinique, le livre psychique de l’un et le livre psychique de l’autre. Le livre psychique de chacun, c’est le livre du vivant sur lequel s’appuie chacune de nos lectures, et je me réfère à Héléne Trocmé-Fabre et je me réfère à un splendide article lu dans la revue ACCES N°5 « La lecture avant les textes écrits. Evelio Cabrejo-Parra », et je me réfère à mon blog « Les inventeurs de lectures » : catégories « Elaboration du lecteur vacant » ou catégorie Les tout-petits ».

 

Et la boucle est bouclée. La prévention contre l’illettrisme, commence dans les crèches.

 

Et la boucle est bouclée, j’en arrive à ma recherche de thèse actuelle, dont je ne peux encore vous parler. Je m’éveille à elle dans mon livre psychique à moi, dans mon langage du vivant que je n’ai pas encore conceptualisé. Rendez-vous donc dans trois ans !

 

Pour conclure, je reviens à Mme, je veux apprendre à lire !, ce livre s’inscrit dans la perspective de penser ce que nous faisons.

 

P.20 / « Lire est une douceur de l’heure. Lire est un sourire devant le pire. Lire, c’est continuer, se continuer, nous continuer. Lire c’est conjuguer le temps, c’est chiffrer nos vies. Capital du cri néonatal. Le seul à faire fructifier. Bénéfice : le bonheur. » Et ce bénéfice, nous nous devons de le partager entre tous, en toute égalité, en toute fraternité, en toute liberté dans le temps de la caresse si chère à Ouaknine et à Levinas, dans le temps du peut-être qui dit de notre savoir, la douceur de l’incertitude

 

La lecture est partage et transmission ou n’est pas.

La lecture est universelle ou n’est pas.

La lecture est plurielle ou n’est pas.

La lecture est connaissance ou n’est pas.

La lecture est déchirure des âmes ou n’est pas.

La lecture est liberté ou n’est pas.

La lecture est démocratie ou n’est pas.

Mais heureusement la lecture est...

Mais heureusement nous lisons.

 

Reste alors à nous écouter les uns, les autres lire, en souffrance ou non, reste à inventer avec nos livres, avec nos ateliers, écriture, lecture, une symbolique de bonheur et de paix MJA

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Les inventeurs cherchent et trouvent
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