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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 18:15

Marcel Proust

Le  Temps retrouvé

Edition établie par Pierre Clarac et André Ferré

Avec la collaboration d’Yves Sandre

Bibliothèque de la Pléiade

NrfGallimard 1914/1954

 

Page 1047

 

« J’éprouvais un sentiment de fatigue et d’effroi à sentir que tout ce temps si long non seulement avait, sans une interruption, était vécu, pensé, sécrété par moi, qu’il était ma vie, qu’il était moi-même, mais encore que j’avais à toute minute à le maintenir attaché à moi, qu’il me supportait moi, juché à son sommet vertigineux, que je ne pouvais me mouvoir sans le déplacer. La date à laquelle j’entendais le bruit de la sonnette du jardin de Combray, si distant et pourtant intérieur, était un point de repère dans cette dimension énorme que je me savais pas avoir. J’avais le vertige de voir au-dessus de moi, en moi pourtant, comme si j’avais des lieues de hauteur, tant d’années. »

 

Je trouve que ce passage  est d’une essence proustienne absolue. Marcel Proust, malgré l’invisibilité du temps, le rend visible comme le ferait un peintre, comme le ferait Munch. Le Cri de Munch, n’est-il pas le cri de l’homme juché sur le Temps ? Alors que Marcel Proust prend comme repère  le bruit de la sonnette du jardin de Combray, moi, je prendrai comme repère mon premier abécédaire, découvert sur les genoux de mon père. Comme Proust, je me sens juchée sur la hauteur des années ; j’en ai le vertige.  Mais je ne crie pas : je lis et j’écris dans les rets du temps. Humblement, quotidiennement. Chaque jour scande de régularité mon vertige et mon effroi. Mes livres, mes pages écrites, sont mes repères du temps qui me collent  à la peau.

 

J’ai peur du temps, je lis, j’écris.

Tu as peur du temps, tu lis, tu écris

Il ou elle a peur du temps, il ou elle lit, écrit

Nous avons peur du temps, nous lisons, nous écrivons

Vous avez peur du temps, vous lisez, vous écrivez

Ils ou elles ont peur du temps, ils ou elles lisent, écrivent

 

Même tome P.1044

 

« Tout s’était décidé au moment où, ne pouvant plus supporter d’attendre au lendemain pour poser mes lèvres sur le visage de ma mère, j’avais pris ma résolution, j’avais sauté du lit et étais allé, en chemise de nuit, m’installer à la fenêtre par ou entrait le clair de lune jusqu’à ce que j’eusse entendu partir M.Swann. Mes parents l’avaient accompagné, j’avais entendu la porte s’ouvrir, sonner, se refermer. »

 

Tout s’était décidé au moment, c’était un dimanche soir, je rentrais à la pension, j’avais 7 ans, ne pouvant plus supporter d’attendre jusqu’au samedi suivant pour poser mes lèvres sur le visage de ma mère, j’avais pris ma résolution, j’avais sauté du lit et étais allée en chemise de nuit, m’installer à la fenêtre par ou entrait le clair de lune.

 

Depuis, je n’ai de cesse de regarder la lune, je n’ai de cesse de demander à Pierrot de me prêter sa plume pour écrire un mot. 

 

Même tome page 1039

 

« Moi je dis que la loi cruelle de l’art est que les êtres meurent et que nous-mêmes mourions en épuisant toutes les souffrances, pour que pousse l’herbe non de l’oubli mais de la vie éternelle, l’herbe drue des œuvres fécondes, sur laquelle les générations viendront faire gaîment, sans souci de ceux qui dorment en dessous leur « déjeuner sur l’herbe. »

 

J’espère que ma thèse et mon blog seront féconds, que l’herbe qui sur eux pousseront sera belle et drue, j’espère que mes petits enfants et leurs petits camarades devenus grands feront de tendres « déjeuners sur l’herbe ».

 

J’aime tant les déjeuners sur l’herbe ! Du dessous de la terre, je les entendrais penser, lire et rire, alors je serai heureuse ! MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Marcel Proust
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