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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 17:30

D.W.Winnicott : Jeu et réalité (1)

L’espace potentiel.

D.W.Winnicot 1971

Traduction française 1975

Folio essais


Préface de J.-B Pontalis :

Trouver, accueillir, reconnaître l’absent.


Belle, très belle préface de J.-B Pontalis au livre de Winnicott, Jeu et réalité.

Dans cette préface J.- Pontalis nous introduit en premier lieu aux définitions essentielles du mot « Jeu » En français il n’existe qu’un seul mot, là où en anglais, (langue de Winnicott) il existe deux mots : Play et Game. (Game : jeu avec règles. Plays, jeu sans règles.) Pour le bébé, il semblerait à l’observer quand il joue que nous sommes dans le « play » mais nous disent Winnicott et Pontalis ce n’est pas si évident que cela. Il y a parfois dans le jeu du bébé une règle « cachée » qui échappe à une observation rapide mais à bien y regarder, il y a du « game » parfois dans « le play du bébé ». Déjà, nous sommes au cœur du sujet tel qu’il est traité par Winnicott.


Par ailleurs, nous l’avons déjà vu dans d’autres articles du blog, Winnicott ne décrit pas des « espaces arrêtés »,  des actions « arrêtées » mais des espaces et des actions en devenir, ce qui se traduit par le « ing » anglais (Playing, Beeing etc) et le « ant » français (Jouant, Etant etc.) L’observation winnicottienne s’ouvre sur une action en mouvement.


Ainsi en est-il de l’objet transitionnel dont je vous ai parlé tant de fois. Mais, comme Pénélope à l’ouvrage du savoir, chaque jour je me remets tissant de mes mots notre étonnant noir quand il se fait obscurité de notre savoir.


Bien retenir : ce dont il est question, ce n’est pas d’objet mais d’espace/temps transitionnel. L’objet s’inscrit entre deux temps : entre le moment où l’enfant prend son pouce et le moment où il prend son nounours ou son coin de drap. Ces deux moments inscrivent dans l’espace une aire transitionnelle entre pouce qui appartient à l’enfant (réalité intérieure) et le nounours (réalité extérieure) ; L’objet transitionnel, l’aire intermédiaire sont des histoires entre intérieur et extérieur. Ce sont des histoires qui signent la perte de la mère et ses retrouvailles, son absence et sa présence. C’est ce rapport entre intérieur et extérieur, présence et absence, perte et retrouvailles qui signifie à l’enfant qui deviendra homme (au sens générique du terme) le rapport symbolique à partir duquel s’inscriront les apprentissages scolaires ou non et les expressions créatives, artistiques, religieuses, culturelles. C’est à partir de ce rapport vécu harmonieusement que l’enfant grandira en harmonie avec ses semblables. Et c’est à partir de là que le bébé se structurera après l’effondrement qui se produit lors de l’absence de la mère. Effondrement que Mélanie Klein traduit par une position dépressive de l’objet internalisé (le sein de la mère). Chez Winnicott l’objet n’est pas internalisé. Il est symbolisé. Ce n’est pas pareil. Le lieu de l’effondrement et de la perte première, n’est ni le sein ni le corps du bébé, il est dans un nulle part situé ENTRE le sein et le corps de la mère, il est à construire par l’enfant qui renoncera à l’illusion bienfaisante que le sein est déjà construit par lui (puisque la mère le tient là toujours près à la demande de l’enfant

.

Pontalis a très jolis mots pour décrire cette perte venue de nulle part, cette absence soudaine qui traverse le corps de l’enfant sans s’y loger pour autant. C’est notre premier blanc, notre première perte, notre première douleur et c’est à partir de cela qu’il nous faudra nous inscrire dans un rapport symbolique grâce à la mise en place de l’aire transitionnel, grâce à notre objet transitionnel. Le bébé alors pense l’impensable : l’absence du sein maternel. Il ne se soumettra pas douloureusement à cette absence, Le bébé créera de la présence, ni subjective, ni objective. Il créera un « ENTRE » qui le fera entrer dans le monde symbolique, celui de tous. Pontalis, reprend le terme de Winnicott : « la créativité primaire. »


En fin de préface Pontalis cite l’ouvrage de Henri Michaux : « Entre centre et absence » et dit comment à partir  du « soi » qui se loge dans de l’entre-deux du dedans et du dehors, le bébé accède aux replis de l’être.


J.-B Pontalis met en regard avec talent  et érudition Freud, Mélanie Klein et Winnicott.


Freud décrit la dramaturgie du Père et de la mère dans un théâtre d’ombres  où se jouent dans les fantasmes des représentations, des retournements, des dédoublements, des travestissements. Fantasmes, lieu (ou temps ?) de mouvements et de déguisements.


Mélanie Klein nous emmène dans un réceptacle, dans un « moi-sac », sac dans lequel ont trouve des bons et des mauvais objets que véhiculent des mouvements d’introjections et de projections.


Winnicott, lui nous parle d’un terrain de jeu dont les frontières mouvantes font notre réalité dans laquelle vont se loger notre identité d’adulte et notre certitude d’exister.


J.-B Pontalis conclue poétiquement son texte et nous dit comment lire ce livre de « Jeu et de réalité ».  Nous devons manquer ni a rencontre avec Winnicott ni  le lien qu’il tisse avec nous.


 jJai envie d’ajouter que lire c’est cela : c’est retrouver le lien qui nous unit à un auteur et, précieusement, retenir le meilleur de notre rencontre avec lui.


J’insiste sur ce dernier point, « celui de la rencontre »,  parce que tout au long de ma lecture de Winnicott, j’ai toujours posé la question de l’acte de lire quand il se fait création, certes de l’auteur mais aussi du lecteur.


Nous reviendrons sur ce point essentiel pour moi, dans les jours qui viennent.


Pour le moment, retenons la notion d’aire intermédiaire et de l’objet transitionnel qui lui est associé comme un processus qui appartient autant au bébé qu’à la mère, qui s’inscrit autant dans le dedans que dans le dehors et qui par le mouvement de l’être qu’il implique permet la respiration du bébé en l’absence de sa mère parce qu’il lui permet de recréer symboliquement sa présence. Très beau.


Merci J.B- Pontalis pour cette préface limpide et poétique. MJC






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Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
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