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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 12:18

Le samedi 20 novembre 2010 s’est tenu à Bourganeuf, le forum

« quelles lectures pour les lecteurs en panne ? »

 

Forum heureux, forum chaleureux mais surtout forum au travail du meilleur dans la lutte contre l’illettrisme.

 

Marinette Minne, Présidente de l’Association Lire en Creuse ouvre le forum et présente l’organisation des interventions. L’organisation tout court aussi qui devait se révélait à une nuance ou deux près, efficace. Parfait Marinette ! Merci aussi pour votre sourire et votre enthousiasme que vous avez su nous offrir la journée durant.

 

Et donc, la première d’entre nous à prendre la parole fut Catherine Tabaraud de Prisme Limousin (relais en région de l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme).

 

Voici mes notes à l’arrachée et je demande à Catherine de m’excuser de leur incomplétude. Son exposé fut d’une telle richesse, que ma main maladroite bien que rapide à filer sur le papier, n’en retint qu’une très insuffisante teneur mais mon cœur au travail, lui, en retint la totalité. Voici donc mes notes et j’invite les inventeurs à en faire une synthèse intelligente.

 

Terme d’illettrisme : chaque situation est particulière et je trouve que cette remarque est importante : elle introduit à l’humanité de notre travail. Ce sont des êtres humains dans leur singularité que nous rencontrons à chaque fois et non l’  « Illettrisme. »

 

Des chiffres importants. C’est bien, cette exigence de chiffres qui introduisent à la symbolique sociale de notre travail :

 

-         53% des personnes illettrées ont plus de 45 ans. On compte plus d’homme. Cela m’amène à un commentaire : lorsque je travaillais, notre public, était, je m’en souviens, des femmes. Est-ce à dire que l’illettrisme chez les hommes est plus dans l’invisibilité que chez les femmes ? A réfléchir

-         La moitié des personnes illettrées sont en Zone rurale.

-         57% travaillent : ils ont des degrés divers de savoir-faire

 

Suit un historique de la lecture et de l’illettrisme, passionnant que j’ai écouté bouche bée et donc, j’ai pris peu de notes. Mais je vous invite tous à ne pas ignorer cet historique de nos pratiques. Oui, une personne en situation d’illettrisme est toujours singulière mais elle est prise dans le social et dans l’histoire. Merci Catherine de nous l’avoir rappelé. Ainsi, jusqu’au 18ème siècle l’écriture était uniquement pour les élites. Avant, le pays était constitué de 68% d’analphabètes. Aujourd’hui, on sait que « l’échec scolaire est le grand frère de l’illettrisme » et Catherine nous rappelle à bon escient  que c’est bien plus des personnes scolarisées en France que des étrangers qui sont en situation d’illettrisme

 

Qu’est-ce que lire et quel en est l’enjeu ?  Catherine Tabaraud se réfère sagement à Boismare et à ses passionnants travaux que je vous invite tous à découvrir sur la médiation culturelle. Selon Boismare, nous dit Catherine, il faut pour faire des personnes en situation d’illettrisme : la famille et l’école. Lors du débat, je mettrais un bémol, retenu par Catherine : il faut être trois : la famille, l’école et la cité.

 

  Puis elle continue son exposé avec rigueur :

 

Il est nécessaire pour lire :

 

-         de supporter le manque

-         de supporter l’attente

-         de supporter la règle

-         de supporter la solitude

 

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai associé à ce moment là, avec l’aube de ma recherche sur les bébés et le livre. J’associe aussi avec mes lectures sur Winnicott sur l’avènement de l’enfant à la solitude et au manque pour s’ouvrir aux activités culturelles. Ça me plaît tout ça !!!

Quand l’enfant scolarisé échoue à tout cela il développe des stratégies d’anti-apprentissage, alors dit Boismare, ou Catherine ou les deux ( !), il faut du « nourrissage culturel ». J’aime cette expression et je pense encore aux bébés. Ce nourrissage culturel doit entraîner celui qui est en difficulté des lettres, à parler et ce nourrissage doit permettre de créer, recréer, par une « remédiation » (la première ayant échoué) des conditions pour entrer dans l’écrit.

 

Puis Catherine Tabaraud se réfère à Bernard Lahire qui mentionne la double solitude de l’enfant en échec scolaire :

-         souvent chez lui il n’y a pas d’échanges autour de l’écrit

-         à l’école : il est seul aussi car l’école ne s’appuie pas sur les références familiales.

Alors le travail sur l’oral est la base pour l’apprentissage de la lecture et pour la production de l’écriture. Ça me fait plaisir d’entendre cela car mes ateliers de lectures, c’est ça, pique poil !

D’ailleurs, c’est là-dessus que Catherine Tabaraud termine son exposé passionnant : faire la différence entre l’oral et l’écrit, ce n’est pas seulement du fonctionnel mais il faut aussi passer par le plaisir de lire !

 

Catherine, nous sommes en symbiose parfaite et en plus du plaisir de t’entendre, j’ai eu le plaisir de retrouver intacte notre si vivante amitié et nos rires, suspendus quelques temps par nos occupations de vie de femmes tellement femmes !

 

Bravo ! bravo ! bravo !

 

Intervint ensuite Francis Lavoine, conseiller technique de l’Institut européen de recherche et évaluation pour l’action éducative. Son sujet était, nous le savions par le programme : Lecteurs en panne, quelles difficultés ?

 

Il nous a dit qu’il était le frère du chanteur et que lorsque quelqu’un frappe à votre porte, il ne faut pas gueuler « entrez ! » mais dire doucement « Entrez !» Il nous en a fait une riche démonstration sonore ! Avec le micro, ça donnait !

Il parla aussi de la « promesse » que l’école se devait de tenir  et de l’illusion éducative, il dit aussi que lire permettait l’entrée en résistance et d’ailleurs, ce fut sa conclusion, efficace à mes yeux. Toutefois, Francis Lavoine, je veux vous dire gentiment que j’ai trouvé étonnant que vous partiez tout de suite après avoir parlé sans prendre le temps de nous écouter, nous les obscures fourmis laborieuses... et surtout de partir sans vous en excuser... Mais bon, ainsi va le monde, ainsi tourne la terre ! Passez muscade !

 

Puis vint le temps de La table ronde, un peu Marathon (10 minutes par intervenant !) mais les dieux furent avec nous, alors que nous ne nous connaissions pas, nous avions tous choisis des approches différents et complémentaire de nos engagements de vies si semblables. Bravos à nous quatre ! Comme les trois mousquetaires nous ferraillâmes avec brio et panache !

 

Qui étions nous ? Par ordre d’entrée en parole :

 

-         Monique  Hervy Formatrice : « écrire pour lire ». Elle a choisi, pour notre plus grand bonheur, d’attaquer le versant de sa montée par l’imaginaire qui crée un temps avec autrui, dans la singularité de chacun, par la puissance de l’écriture et la découverte d’écrivains « tous vivants encore ! » .

Comment l’atelier d’écriture peut-il donner envie de lire ? Avec un sens de la synthèse étonnant, elle nous présenta son atelier et son entrée dans l’imaginaire. Elle nous présenta le petit ouvrage de l’atelier intitulé

 

Et les mots se mettent à pousser

Atelier d’écriture et rencontre littéraire

Pour un public éloigné de l’écrit

FEL (Formation Entreprise du Limousin)

 

Un petit livre noire avec un arbre de vie aux fines branches vertes. Un joli petit objet dont elle  fit don aux participants. Merci Monique pour votre intervention, votre livre et votre talent, talent, qui d’ailleurs, fut confirmé par les participantes à votre atelier d’écriture l’après-midi. Oui, une jolie montée du côté de l’imaginaire et de l’amour de votre pratique. Bravo !

 

-         MJA « Ecouter lire ». (Voir mon intervention de lundi dernier, sur mon blog, même catégorie.) J’ai insisté sur l’identité, la citoyenneté, la lutte contre le fascisme. Mon intervention donna lieu à un débat sympa et...tumultueux. Je me suis plantée magistralement sur la notion de dignité qui bien sûr est le lot de tous, ce que Catherine me souffla être « la dignité intrinsèque » de chaque humain, mais ce que je voulais dire, c’est que cette dignité là, existante pour tous, souvent, d’un regard dévalorisant, l’autre peut la voler... et que donc nous, praticiens, nous devons la restituer, la restaurer. Mais je remercie cet homme un peu colère qui m’a interpelé. Il m’a fait progresser. J’espère à mon tour, l’avoir fait progresser sur le rapport possible entre avènement du fascisme potentiel et illettrisme. Sur ce dernier point, cher interlocuteur,  je ne cède pas un pouce de terrain !

 

-         David Linkowski, médiateur du livre « Lire en Chœur ». J’ai beaucoup aimer son expression « Entrer sans frapper en littérature ». Il était jeune, il était passionné et c’était un régal de l’entendre parler de sa pratique avec clarté et de son désir de « jouer » mais aussi de ne surtout pas désacraliser l’écriture. Lui aussi a parlé de dignité. C’est bien, nous avons ainsi approfondi cette histoire là, histoire complexe à manier, certes avec prudence, avec nuance, mais à ne pas dénier... Bravo ! David ! Vous étiez un sacré jeune mousquetaire !

 

-         Enfin, ce fut le tour de Marie Peyrat : « Créer son livre ». Pour moi, la si maladroite de mes mains, la présentation de son travail d’artiste et de praticienne du livre fut stupéfiant. Elle nous exposa, durant ses pauvres dix minutes, comment elle s’y prenait pour permettre à chacun « de faire son livre » et surtout de créer un véritable objet d’art. A partir de la création de l’objet amener à lire. Elle cita quatre ouvrages que je vous livre pour vos inventions de lectures. Vous surferez pour les références exactes : Le goût des mots, Les nouvelles en trois lignes, Notes de chevet, A la manière de Francis Ponge.

 

Ainsi , nous quatre, nous donnâmes, avec brio, mais aussi dans une précieuse complémentarité, je trouve, nos expériences pour inventer le mieux lire, le mieux écrire, par l’imaginaire, par le plaisir, par le jeu, par la création artistique.

 

L’après-midi, chacun d’entre nous anima un atelier pour approfondir les données livrées dans plein vol fulgurant du matin. Cela permit un bon approfondissement du travail et chacun des participants sut le dire dans une synthèse fidèle aux engagements de tous.

 

La table ronde fut animée avec talent et de façon très vivante par Marie-Laure Guéracagne, directrice du Centre Régional du Livre en Limousin. J’ai eu le plaisir d’être placée à côté d’elle à table et nous avons pu ainsi approfondir les propos du matin. Au passage, le repas était sacrément bon et les tartes aux myrtilles divines !

 

Merci à Marie-Pascale Bonnal, Directrice de la Bibliothèque Départementale de la Creuse à Guéret et à Viviane son adjointe pour tant de cœur à l’ouvrage pour préparer ce Forum. Nos conversations furent riches de travail et d’amitiés. Je les remercie aussi pour leur sourire et leur adelphité.

 

Nous nous sommes tous quittés avec un désir de « continuer », certes nos pratiques, nos recherches, mais aussi un désir de donner suite à ce travail du forum par d’autres rencontres. Peut-être des formations. Enfin, quelque chose qui disait la difficile séparation d’une rencontre heureuse.

 

Bravo à nous tous ! Ce jour là, nous fûmes de vaillants Inventeurs au travail du meilleur de la lecture !

 

Bravo ! Bravo ! Bravo ! MJA

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Les inventeurs cherchent et trouvent
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