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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 19:57

J'arrive où je suis étranger

 

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon


Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux


Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus


Peu à peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps


C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie


C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux


Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
À l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Louis Aragon La diane française

 

Aujourd’hui, j’ai appris le décès d’un de mes maîtres le professeur Birouste.  J’avais  22 ans, je commençais, fièrement, une licence en psychologie. Je revois le grand amphi, à Montpellier. J’étais assise au premier rang, près de l’allée de droite. Je l’écoutais attentivement, mon carnet neuf sur les genoux, mon stylo caressant ma joue. Il m’a appris ce jour-là, ce qu’écouter veut dire. Je n’ai jamais oublié son cours. Clinicienne, je suis devenue. Puis j’ai grandi. Je suis devenue doctorante, j’ai appris à penser, un peu différemment. Mon désir le plus cher aujourd’hui est d’unir mes deux modes de pensées : la clinique, j’avais 22 ans, la recherche, j’ai 66 ans. Comme un pont fragile et persistant, la poésie qui ne m’a jamais trahie. Larmes de mots, pause du sens, rires soufflés, souffles de l’intervalle.


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


J’aime ces vers. Je les offre en exergue de ce jour à mon professeur, nous l’appelions « Birouste ». Ma vie durant, autodidacte, étudiant sans fin le savoir de la lecture, professionnelle écoutant la détresse, j’ai essayé d’être digne de son enseignement. Ma vie n’est pas finie, et je continuerai d’être ce qu’il m’a enseigné, à l’écoute des autres et du savoir de la psychologie et du livre.


Merci « Birouste ». Merci d’avoir été vous, Professeur universitaire d’excellence.


Ainsi s'achève mon blog "Les Inventeurs de lecture". A tous, bonne route et bonne lecture ! Marie-José Annenkov

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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commentaires

plombier paris 20 02/02/2015 12:42

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

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