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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 23:03

Le savoir-déporté

Camps, Histoire, Psychanalyse.

Anne-Lise Stern

Précédé de Une vie à l’œuvre

Par Nadine Fresco et Martine Leibovici

La librairie du XXIè siècle

Seuil 2004

Aujourd’hui : « Lecture-Montage. »

Dans ce block (orthographe volontaire) Anne-Lise Stern se fait conteuse.

Elle nous conte l’échec de sa première passe en 1971 : ça n’avait pas marché. C’était à l’époque du « Labo de la Bastille » : laboratoire de psychanalyse, ouvert avec Pierre Alien et Renaude Gosset. De quoi avait-elle parlé à ses passeuses ?

de ses parents juifs d’obédience marxo-freudienne ; du rouge, cher à leur cœur. Cela expliquait dit-elle, sa participation au Labo de la Bastille », lieu politique issu du groupe Lander, là où s’étaient élaborées les propositions de Lacan sur la Passe.

Du camp et de ses textes non publiés, accueillis par Jacques Lacan.

Du texte de son père sur ses jeux d’enfant, à elle Anne-Lise, avec son nounours. Référence au séminaire de Lacan 1956-1957, quand Lacan parle de Winnicott

Encore une pierre angulaire avant d’aborder le corps du chapitre, le cœur du block. : le livre de  Toni Engerer : Otto, autobiographie d’un ours en peluche, traduit de l’anglais par Florence Seyros. Paris, l’Ecole des loisirs 2001

Il était une fois un livre de Tomi Ungerer. Il était une fois l’ours Otto. Il était une fois deux enfants : un enfant allemand, un enfant juif. Il était une fois leur amitié. Il était une fois leur objet transitionnel à tous deux : leur ours Otto. Il était une fois la longue déchirure de leur vie ; Il était une fois leurs retrouvailles grâce à Otto. Il était une fois un livre poignant quand Otto joue le rôle de passeur entre les générations.

Ainsi, Anne-Lise Stern introduit-elle « son séminaire » qu’elle a nommé « Recherche-témoignage »  commencé en 1978 et qui plus de 20 durant, s’est parlé devant un public pluridisciplinaire à la Maison des sciences de l’homme. .

Le thème de  « Recherche-témoignage » est le nouage entre « camp, histoire, psychanalyse ».

Ce chapitre est poignant d’intelligence et ma profondément émue, bien que n’ayant pas compris la fin « Le plagiat et la passe ». Trop difficile pour moi, mais quand je lis, j’accepte toujours de laisser choir du sens, j’accepte de ne pas tout comprendre, j’accepte d’être éclaboussée de l’écume mais non de me rouler dans la vague profonde.

C’est donc de l’écume que je vais vous parler, une fois de plus.

J’ai aimé, cette façon qu’elle a de dire qu’on la nommait « Lecan » parce ce que toujours elle a choisi le camp de Lacan mais que toujours aussi elle parlait des camps. J’ai été touchée aussi, lorsqu’elle parle d’un ancien déporté qu’elle connaissait qui disait « j’ai eu le camp » comme on a eu la varicelle… Comme elle, j’aime les mots qui disent tant quand on sait les entendre. Elle, Anne-Lise Stern,  sait entendre, non le jeu des mots, comme certains lacaniens parfois trop légers, mais leur humanité, ainsi donne-t-elle au mot de Psychanalyste ses « lettres » de noblesse.

A la Maison des sciences de l’homme ( extraits 1999-2001)

Anne-Lise Stern, devant son public parle de livres, de textes, d’images « comme autant de vignettes » , explorant son désir de psychanalyste et de déporté. J’en reste très admirative, admirative de son intelligence, de sa force d’analyse, des émotions qu’elle sait transmettre, de son humanité enfin et surtout.

Soins et réparations  :

Comme ça, pour guider mais à vous de faire le travail de lire. Je l’ai déjà écrit, psychanalyse et déportation c’est une histoire de transmission dans la solitude de celui qui transme, de celui qui reçoit…

Anne-Lise en citant un passage du livre : « Mon père couleur de nuit »  (2001) nous donne le désir de lire son auteur / Carl Friedman, fille d’un survivant. Elle est aussi l’auteure de « Histoire perdue » (2003). Les deux livres sont parus chez Denoël

Elle parle ensuite d’un volume de La psychiatrie de l’enfant, où il y a un article en l’honneur de Serge Leibovici qui a créé cette revue où il est question de psychanalyse et de psychiatrie. Elle parle de l’institut Loczi et d’un autre orphelinat post-Ceausescu où  il y a eu l’intervention d’un groupe de psys en Roumanie, avec statistiques, tests pour mesurer le contact humain des enfants ; Ils se sont fait virer et Anne-Lise en est fort contente ; Elle nous le dit, elle aurait préféré qu’on prenne ses enfants dans les bras et qu’on attende de voir alors ce qui se passe. J’aime l’humanité d’Anne-Lise Stern.

Ensuite, elle raconte comment en octobre 1944, partant d’Auschwitz pour Bergen-Belsen, sachant l’allemand, elle avait choisi par ses camarades  comme responsable du block en arrivant à Belsen. Elle, a alors institué des « soirées culturelles ». (Je me souviens des soirées de poésies de J.Semprun.) Elle a parlé d’Œdipe et une déportée qui s’en est sortie a rêvé ; Anne-Lise à l’écoute de son rêve, lui a dit « toi, tu vas t’en sortir ». Oui, j’aime l’humanité d’Anne-Lise Stern.

Elle parle de Budapest, de Myriam David et de « l’importance des soins ».

Elle parle de Drancy qu’on voudrait vider de ses habitants pour en faire un grand lieu de mémoire.

Elle parle du film d’Arnaud des Pallières : « Drancy-Avenir » et des larmes qu’elle a versées en voyant des enfants jouer sur leur ancien terre-plein de déportés. Elle parle de sa carence maternelle de là-bas, celle de Parent de Rosan. Elle parle des caves et de toutes les inscriptions et elle dit qu’il faudrait faire attention à tout ça et réfléchir avant de faire disparaître pour faire un lieu de mémoire qui paradoxalement en effacerait les traces. Paradoxe de ce qui s’institue sur ce qui a été mort et destruction.

Elle parle de son arrivée à Thérensienstadt et là c’est vraiment émouvant : elle met en regard deux textes : un premier, traduit de l’allemand, écrit par une infirmière qui accueillait et soignait, un second, par elle, Anne-Lise , recevant les soins. Le contraste et saisissant comme un film en noir et blanc, comme entre nuit et lumière. Cette mise en regard m’a beaucoup émue.

Enfin, vient l’étude érudite du plagiat. J’aime relire mes livres, un jour je relirai, j’approfondirai et je comprendrai. Alors peut-être je vous raconterai. Alors patience ou… lisez  et prenez le temps de me faire un commentaire explicatif !

J’ai été très touchée par cette partie du livre et par le fort pouvoir de narration d’Anne-Lise Stern. J’ai la senti la nécessité du récit, cette nécessité si souvent interrompue par ceux « qui ne veulent pas entendre » (ainsi le racontent douloureusement Primo Lévi, et de nombreux autres.)

Demain, je vous lirai les dernières pages, « Le temps des cerises » et nous quitterons ce livre d’Anne-Stern difficile mais si nécessaire : « Le savoir-déporté ». MJC

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Published by Marie-José Colet - dans femmes
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