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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 17:18

Le savoir-déporté

Camps, Histoire, Psychanalyse.

Anne-Lise Stern


Précédé de Une vie à l’œuvre

Par Nadine Fresco et Martine Leibovici


La librairie du XXIè siècle

Seuil 2004


Présentation des auteures sur la 4ème de couverture :


Anne-Lise Stern Membre de L’Ecole freudienne de Paris, fondée par Jacques Lacan en 1964 et dissoute par lui, un an avant sa mort, en 1980,

Anne-Lise Stern est Psychanalyste à Paris. Elle est née en 1921


Nadine Fresco est Historienne (CNRS, Centre de sociologie européenne).

Martine Leibovici est philosophe (maître de conférences de sciences politiques, université Paris XIII-Villetaneuse. (j’ai dans ma bibliothèque une excellente et passionnante biographie sur Hannah Arendt écrite par elle et dont je vous parlerai un jour ou l’autre.)


J’ai choisi d’inscrire cette article dans la catégorie « femmes » et non « Shoah » après un temps d’hésitation mais en fin de compte  ces trois femmes nous parlent certes, de la Shoah mais tout autant de psychanalyse. Mon ancrage d’identification à elles est d’être « femme ».


Je fais également le choix de vous le présenter en plusieurs parties respectant les « blocs de pensées  »  de la table des matières.


Aujourd’hui, je vous présente :

Une vie à l’œuvre, par Nadine Fresco et Martine Leibovici


Puis dans les jours suivants, je vous présenterai :

Textes du retour (1945)

Le savoir déporté

Lecture-montage

Le temps des cerises


Enfin, j’attire d’ores et déjà votre attention sur la richesse des notes et de La Librairie. C’est donc avec timidité que je vous présenterai ce livre érudit d’historienne, de philosophe et de psychanalyste. Je ne suis ni historienne, ni philosophe, ni psychanalyste. Je vous prie de m’excuser  par avance d’éventuels contre- sens.


Je lis et commente cet ouvrage de ma place de femme, de juive et de lectrice, descendante de la Shoah nouant dans une simultanéité absolue et non relative ces quatre termes que j’ai appris à connaître, à apprivoiser tout au long d’une psychanalyse lacanienne qui m’a enseigné et révélé mon identité. Puis, j’ai fait suivre cette longue psychanalyse, d’un tout aussi long travail de psychothérapie de soutien, non lacanien cette fois-ci. Aux confins, de registres théoriques différents, dans la pluralité de ces « chercheurs d’identités », à qui j’en profite pour dire ma gratitude, j’ai découvert « l’or » d’exister, notamment différente de ma mère « Laure » à qui je dois tant.


J’espère faire une lecture fidèle de cet ouvrage difficile non par son écriture mais par ce qu’il emporte de la Shoah et de la psychanalyse, par ce qu’il emporte d’indicible et de réel, par ce qu’il emporte de mémoire et d’oubli, par ce qu’il emporte d’elles les auteures et de moi, la lectrice.


Aujourd’hui : Une vie à l’œuvre Par Nadine Fresco et Martine Leibovici


Naître, c’est naître après, c’est naître de. Voilà ce dont il est question dans le Savoir-déporté. Le travail de Anne-Lise Stern s’inscrit dans la Transmission, elle s’écrit de sa place de « transmissionnaire » pour reprendre le terme des auteures, Nadine Fresco et Martine Leibocvici. Le savoir-déporté s’articule dans chez Anne-Lise Stern avec le savoir de la psychanalyse


Naître, de :

Anne-Lise est originaire de Mannheim, ville du pays de Bade. Elle est née en juillet 1921 à Berlin. Ce n’est qu’un an après que les parents s’installent à Mannheim..

« Naître de » signifie aussi naître « d’une histoire ». Nadine Fresco et Martine Leibovici racontent avec exigence l’histoire qui précède Anne-Lise, tant l’histoire de la famille que le paysage historique dans laquelle s’inscrit la vie de la famille. J’aime retrouver les même démarches que celles de Xavier Schapira et Léa Markscheid (cf. mon blog « Shoah) quand les histoires de vie s’entrelacent avec l’Histoire.

Histoire de Anne-Lise et histoire de l’Allemagne  ce que les auteures appellent « les années entre. »

Référence auxThibault : 1914

- Le président Poincarré proclame que la France sera héroïquement défendue par tous ses fils.

-  L’empereur Guillaume II, quant à lui, donne le ton : « je ne connais plus de partis, je connais les Allemands ». Tout les députés du SPD votent les crédits de guerre.

- 1917 : révolution en Russie : radicalise les positions de tous qui se répartissent alors entre réformistes et révolutionnaires.. Le SPD devient majoritaire.

  - Le 9 novembre 1918, Guillaume II abdique et la république est proclamée.

- Le 11 novembre Rosa Luxemburg et les siens créent  La ligue Spartakiste. Clara Zetkin, 50 ans, les rejoint.

- Le tout nouveau gouvernement social démocrate se débarrasse des « conseils d’ouvriers et de soldats » et fait donner l’armée à Berlin, réprimant dans le sang, le 11 janvier 1919.

- Le 15 janvier 1919 Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg sont assassinés. Leur journal « Le drapeau rouge » est interdit.

L’Allemagne vaincue et humiliée subit le traité de Versailles

-  1923 : inflation et chômage s’instaurent dans le pays

- 1929 : montée du chômage qui touche la moitié de la population active.

La république de Weimar écrase le courant révolutionnaire avant elle-même de prendre fin voyant l’avènement du IIIe Reich.

-  Entre II et III, grand foisonnement culturel. Le PSD est avant tout un parti culturel, son objectif est un socialisme culturel et se revendique de l’ »Aufklärung (les lumières) « dans laquelle le savoir est conçu comme l’acquisition d’une culture personnelle, d’une éducation morale et esthétique. »

- Des grands noms apparaissent : Marx, Freud, Thomas Mann, Albert Einstein. Frieda Reichmann met en place en 1924 un sanatorium psychanalytique.

- Elle, son mari, Erich Fromm élaborent avec Karl Landauer et Henrich Meng, le projet de ce qui deviendra en 1929, l’Institut psychanalytique de Francfort

- Droits de l’esprit, droit des corps. Les femmes sont délivrées de leurs corsets. Encore un nom : la danseuse Isadora Duncan

Climat d’audace intellectuelle, Freud et Marx veulent comprendre et agir.


C’est dans ce climat, dans cette symbolique de ces grands noms que les parents de Anne-Lise, Henrich et Käthe Stern vivent, c’est dans ce climat que la petite Anne-Lise Stern grandit.


Anne-Lise n’est jamais entrée dans une synagogue. La famille Stern n’entretient aucune relation avec la communauté juive de la ville. Le regard se porte vers l’avenir non vers la tradition. « On n’est pas juif on est socialiste » écrivent les auteures.

La république de Weimar a un vif désir d’émancipation. Grâce au combat de Clara Zetkin et de ses compagnes, le droit de vote est attribué aux femmes en (1919) (Bien avant la France qui ne verra ce droit qu’après la seconde guerre mondiale. « Pour Käthe, la mère d’Anne-Lise, ce droit est une évidence familiale ; »

Régina Ruben, « l’énorme grand-mère maternelle » d’Anne-Lise est née en 1859, membre du SPD, elle est proche de Clara Zetkin et Rosa Luxemburg. Elle a eu trois filles dont Käthe, qui n’a pu faire d’études et en a eu regret toute sa vie. Käthe suit d’abord une formation dans un atelier de couture puis acquiert sur le terrain des compétences d’infirmière. C’est ainsi qu’elle rencontrera son mari Henrich, le père d’Anne-Lise.

A Mannheim, secrétaire et comptable du cabinet médical de son mari, elle lit beaucoup. Ainsi crée-t-elle avec son mari une « Aufklärung familiale, traçant ainsi le futur de la petite Anne-Lise. Dans le double sens du  mot AUFKÄRUNG, lumière et raison s’inscrit la pensée freudienne. : le savoir, dans ce qu’il a de raison peut-il faire lumière. Interrogation tragique qui conclue Malaise dans la civilisation. Le savoir associé à la pulsion Eros n’est-il pas menacé par Thanatos, tout aussi pulsionnel. Qui l’emportera de la lumière et du savoir d’Eros du néant de Thanatos ? Freud laisse la question tragiquement ouverte dans ses dernières lignes de Malaise de la civilisation.

La grand-mère paternelle, on la surnomme la « petite grand-mère », femme du grand-père dentiste.


Allemagne 1933 : l’histoire continue.

- 30 janvier, Hitler devient chancelier ; Arrestation de 5000 opposants

- 22 mars ouverture des premiers camps de concentration à Dachau et Orianenburg

- 23 mars vote des pleins pouvoirs à Hitler par 441 voix contre les 94 SPD (la plupart sont en prison)

- 10 mai 1933 : autodafé : Freud et Marx brûlent ensemble


Les auteures relatent encore de nombreux faits historiques et j’invite les lecteurs à une lecture directe de ce texte si passionnant, si émouvant.


Pour la petite Anne-Lise le monde bascule lorsqu’elle constate  que l’instituteur, son instituteur, celui qui lui a appris à lire porte un brassard à croix gammée.


Le père d’Anne-Lise fait de la prison pour ses engagements politiques. A peine sorti de prison, il se rend en France avec sa famille. Les Stern arrivent en France en mai 1933. La petite Anne-Lise n’a qu’un seul souhait : être française parmi les autres. De leur jeunesse engagée, il restera chez ses parents une grande solidarité mais les auteures écrivent que « La pulsion politique s’en est allée » devant la tragédie du stalinisme.

La fille du docteur Stern, la petite Anne-Lise devenue femme, devient selon son désir de si longtemps psychanalyste. Mais il lui faut être médecin. Elle commence ses études de médecine. La guerre continue. C’est l’exode.


Les 22 et 23 octobre 1940, Henrich devenu Henri apprend que sa mère vient d’être déportée  par la mise à exécution de la décision d’expulser hors du Reich tous les juifs du pays de Bade, de la Sarre et du Palatinat. Quelques 800O juifs, hommes, femmes, enfants et vieillards sont transportés dans 9 trains jusqu’à Châlon-sur-Saône. Les autorités de Vichy prennent le relais de la déportation. « Les indésirables » sont internés à Argelès, Bacarès, Saint-Cyprien et à Gurs, ouvert en avril 1939 dans des catégories créées par l’état français : les politiques, les tsziganes, les forains, les clochards et les juifs. La « petite grand-mère"  est à Gurs.


Anne-Lise a 20 ans, pleine de vie. Elle avait toujours  fui son identité juive mais voilà que son identité juive la rattrape. Ils apprendront bientôt que Régina « l’énorme grand-mère », la mère de Käthe a été déportée à Sobibor.


Anne-Lise arrive à Paris en 1944. Elle est arrêtée le 1er avril. Dénoncée comme juive. Par le convoi N° 71 qui part de Drancy le 13 avril 1944, elle est arrêtée à Mannheim. Puis, elle est dirigée  vers Bergen-Belsen, puis, Raguhn.


Le convoi n°71 se composait de 624 hommes, 854 femmes, 22 indéterminés. Parmi ces personnes 295 avaient entre 12 et 19 ans. De ces 1500 personnes sont rentrés 35 hommes, 70 femmes, O enfants.


Merci aux auteures pour ces informations, pour leurs recherches, pour leur mémoire, pour leur travail


Le 30 avril, Hitler se suicide dans son bunker. La guerre est finie.


Le 2 juin 1945, Anne-Lise rentre en France.


Les questions se posent, les apories s’épèlent :

- Peut-on être psychanalyste après la Shoah ? peut-on ne pas être psychanalystes après la Shoah ? (Anne-Lise Stern)

- Peut-on écrire après la Shoah ? Peut-on ne pas écrire après la Shoah ? (Kafka )

- Peut-on vivre après la Shoah ? Peut-on ne pas vivre après la Shoah ? (MJC)


Anne-Lise commence sa longue activité de psychanalyste : longue et belle. Anne-Lise est de tous les combats : auprès de Lacan qui la psychanalyse, auprès de Françoise Dolto et des enfants,  avec Jenny Aubry et Ginette Raimbault, puis auprès d’Olievenstein car « il n’y a pas de drogués heureux », elle lutte contre les négationnistes et les « redresseurs de morts ». Sa vie n’est qu’engagement et clarté. Certes, des ruptures inévitables ont jalonné sa carrière, notamment avec Olievenstein mais elle n’a eu de cesse de chercher ce qui faisait vérité pour ceux qui ont vécu la Shoah ou pour ceux à qui elle a été transmise. Elle a cherché, a dépasser l’affrontement entre ceux qui font de la Shoah un événement indicible, a-historique dans un interdit de représentation et ceux qui lui donnent « le droit de cité » au risque de le « banaliser ». Anne-Lise dans les textes qui suivent dans le livre « Le savoir-déporté » articulent la question de la jouissance face à l’horreur et sur la fascination passive « qui font le sujet regardé et non pas regardant ».


J’étudierai donc, dans les jours qui viennent les textes d’Anne-Lise Stern qui a choisi de vivre si longtemps psychanalyste après la Shoah. Elle a maintenant autour de 90 ans. Peut-être est-ce la réponse à mon aporie.

 

Peut-on vivre après la Shoah ? Peut-on ne pas vivre après la Shoah ?


Merci aux auteures  de ce texte "Une vie à l’œuvre" qui nous racontent  la longue, très longue vie de Lise-Anne Stern, consacrée au Savoir-déporté, ce savoir –déporté que j’étudierai pour vous prochainement. Merci à Nadine Fresco et Martine Leibovici.


A tous mes amis lecteurs, descendants ou non de la Shoah, je souhaite une longue vie ! MJC







 





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Published by Marie-José Colet - dans femmes
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commentaires

mauffret 25/01/2011 14:11


bonjour, je suis une amie d'Anne lise de saint gildas de rhuys? marie du jardin des livres .. j'aimerais beaucoup avoir des nouvelles de Anne lise . j'ai essayé plusieurs fois au téléphone.. peut
être par ce message" réussirai-je à savoir si tout va bien .. je vous remercie. Marie


Marie-José Annenkov 25/01/2011 16:04



hélas, chère amie, je ne connais pas Anne-Lise Stern. Je ne connais que ses ouvrages. Je vous souhaite bon courage pour votre recherche d'elle, votre amie. Amitiés MJA



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