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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 19:29
Agressivité, culpabilité et réparation Donald W.Winnicott (VII)
Petite Bibliothèque Payot N°491 1984, 1994, 2004. 144 pages

Dans ce chapitre Winnicott traite du sujet passionnant des rapports entre destructivité et créativité et ce du point de vue du développement de l’enfant. J’associe cet article avec celui dont je traite dans mon blog qui s’intitule : « La psychanalyse, un acte de paix » dont le sujet traite du premier chapitre de cet ouvrage Agressivité, culpabilité, réparation. Cet article est un des articles le plus lu de mon blog et je m’en réjouis car sa matière en est essentielle. Winnicott nous dit qu’il est essentiel de repérer et comprendre la culpabilité de l’enfant (enfant qui deviendra grand, emportant avec lui ses processus de développement) en rapport avec sa destructivité et sa créativité. C’est le moment où se constitue la culpabilité de l’enfant, culpabilité qui va engendrer la destructivité mais aussi la créativité qui intéresse Winnicott.
Cela peut se repérer aux alentours de la fin de la première année de l’enfant mais aussi à l’adolescence et dit-il dans un sourire qui est toujours le sien à l’âge adulte : les adultes ont-ils seulement un âge précis interroge-t-il ? Je suis entièrement d’accord avec lui : nous avons ce que Dolto appelle notre âge symbolique, (qui le savons-nous ?) est peut-être un an ! Winnicott, quant à lui dit que nous avons tous les âges ou alors nous n’avons aucun ! Cette interrogation paradoxale sur « l’ÂGE » me plaît bien et me paraît faire partie du cadre analytique et surtout de la situation transférentielle.
Winnicott fait une remarque intéressante concernant la destructivité. Nous la repérons facilement dit-il lorsqu’elle est liée à de la colère, à de la haine, à de la peur. Par contre dit-il, nous avons du mal à l’assumer quand elle est liée à un être qu’on aime. A ce point, il fait intervenir le mot « intégration » et il définit la santé comme une intégration de tous nos sentiments sans avoir recours à un taux élevé de projection. Il fera la suite de son développement en partant du principe que les parents ont été des parents suffisamment bons et que les enfants dont ils parlent ne sont pas dans la pathologie. Il va décrire le triangle destructivité culpabilité créativité dans le processus sain d’une intégration réussie de l’enfant ou de l’enfant devenu adulte.
Winnicott étudie dans ce chapitre le triangle culpabilité, destructivité, créativité à partir de 4 études de cas vraiment significatives. Le premier cas raconte l’histoire d’un homme psychothérapeute qui sort du cadre thérapeutique et va voir son patient sur son lieu de travail. Il s’interroge devant Winnicott qui est le thérapeute de ce thérapeute. Il s’interroge en séance sur le bien fondé de sa démarche et décrit le travail de l’homme comme un travail hautement spécialisé, demandant des gestes rapides et efficaces. Puis le thérapeute (patient de Winnicott et thérapeute du travailleur ingénieux) confie à Winnicott ses propres goûts pour toutes activités manuelles et relevant de la mécanique et bricolage. Il décrit une machine avec des « grandes dents » qu’il regarde chaque fois avant d’aller à sa séance avec Winnicott. Il retrouve ainsi dit ce dernier, son agressivité orale, sa cruauté de l’amour primitif. Winnicott note avec une grande finesse de langage que l’homme vient chez lui pour « une tranche d’analyse », tranche du gâteau qu’il souhaite manger non sans agressivité orale mais peut-on manger le gâteau et le garder interroge Winnicott. Winnicott analyse : de même qu’il avait vu son patient faire son travail donnant ainsi du sens à des mouvements incohérents de la séance (quand l’homme se tournait vers lui pour décrire son activité), de même si Winnicott pouvait le voir lui dans son jardin, il le comprendrait mieux.  Les hommes acceptent mal de repérer leurs intentions destructrices mais peut-être accepteraient-ils mieux si, près d’eux, un homme bienveillant repérait aussi l’intention constructive associée à l’intention destructrice.
J’aime cette possible définition du psychanalyste : accompagner l’autre dans ce qu’il peut avoir de destructeur mais aussi en pointant avec lui la constructivité de son être. C’est peut-être pour cela que toute psychanalyse réussie débouche sur de la créativité : repérer ses pulsions destructrices, les intégrer parce qu’un autre bienveillant, attentif repère aussi notre créativité.

Je vous propose une métaphore
Certes nous mangeons à pleines dents le gâteau, à pleines dents féroces mais avec une petite recette dans la poche (comprenez dans l’âme), un bon moule et bon four « on peut créer, » confectionner un nouveau gâteau et si on laisse tomber la culpabilité d’avoir mangé à pleines dents le premier on ne brûle pas le second et on peut l’offrir à ceux qu’on aime ! Dans les autres cas développés, que je vous invite vivement à lire, Winnicott insiste bien sur le fait suivant : il ne s’agit pas de dire au patient que « créer » signifie qu’il a le désir de détruire, ce serait catastrophique, il s’agit de lui faire sentir par des mots nuancés, et certainement pas de cause à effets, qu’il peut accéder à son désir de détruire, qu’il peut s’y autoriser car, là tout près, il a sa créativité ; J’ai mangé le gâteau certes, mais je peux en refaire un tout aussi bon…Alors la vie est viable !
 Winnicott donne une série de couples qui disent que oui, c’est possible de repérer sa destructivité puisque oui, c’est possible de repérer la créativité associée :
-Annihilation /création
Destruction / recréation
Haine/amour renforcé
 Cruauté/tendresse
Salir / Nettoyer
Abîmer /raccommoder
Et ainsi de suite.
Savoir donner à l’autre la possibilité de réparer… Oui, mais est-ce toujours possible quand la destructivité a été trop loin ? Mais cela est un autre sujet puisque Winnicott nous avertit dès le début du chapitre qu’il étudiait ce triangle destructivité/culpabilité/ créativité dans un cadre non pathologique Et donc, une fois de plus à la lecture de ce chapitre, j’affirme combien la psychanalyse écrit des actes de paix puisqu’elle permet d’intégrer la destructivité dans l’histoire du sujet, elle le permet car elle lui dit aussi sa possible créativité, certes par le prix de la culpabilité mais le jeu en vaut la chandelle !
J’ai aimé cet article qui m’a éclairée sur ma propre destructivité et créativité. J’ai appris en le lisant qu’il n’était pas bon de créer pour créer, comme ça à perte de pages, ou d’actes, au risque de mourir de fatigue, par un déploiement d’énergie psychique trop grand mais qu’il fallait bien repérer son potentiel de destructivité pour la dompter, l’amadouer, la moduler, la reconnaître, l’accepter et enfin l’intégrer grâce à la douceur de la créativité dans le plaisir du don.

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Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
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