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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 20:39

La marche, la vie

Solitaire ou solidaire, ce geste fondateur

Revue Autrement

N°171. Mai 1997


Introduction


Le marcheur se prend au jeu, il avance, un pied devant l’autre au rythme de son désir et de sa puissance de vie. Marcher c’est avancer dans la civilisation qui s’avance créée par ses pas d’homme obstiné, dans sa solitude solidaire des autres.  Il refuse les chemins balisés, les trajets tout fait, il emprunte les sentiers ou les routes transversales. Seul, il sait où il va, seul, il sait qu’il résiste à tout ce qui n’est pas son désir de cheminer. La marche le fait jouir de l’instant, dans la foulée de ses pas il sait qu’il existe intensément au risque de son cœur qui bat. Marcher est un pari sur sa vie. Fatigué, il s’enrichit de son courage et du ciel qui au-dessus de lui le couvre, l’enveloppe. C’est toujours au même pas qu’il recommence affrontant parfois des destins contraires. Mais solides sur ses jambes, le cœur battant, il se sait vivant.

Parfois, trop solitaire, oubliant qu’il est solidaire de tous, il perd confiance en lui, s’assoit et pleure, condamné aux extrémités de son épopée narcissique, il n’est plus que fleur abandonnée sur le chemin, exposé au vent de toutes les tourmentes de l’univers. Il perd l’équilibre. C’est alors qu’il se tourne vers les mythes et vers le passé, s’en abreuve. Les héros l’appellent et il reprend sa marche, un instant arrêtée dans le temps d’une pause désespérée.

Il conquiert pied à pied sa terre et par l’empreinte de ses pas il invente sa vie. Il se promet d’être et brise l’air de son souffle vigoureux et les yeux écarquillés sur le monde il se sait résistant, inventant ses révoltes, ses rebellions, ses refus. Droit dans les yeux de son destin, il se sait l’impénitent, il se sait espérant ses toujours et ses possibles. Il est décidé à ne pas attendre ses lendemains et vers eux ils marchent avec la gravité de celui qui sait son rythme et ses symboles. Grâce à eux, il a fini de vagabonder, d’errer dans sa vie en quête d’une impossible étoile. Il en a fini avec l’Exode biblique, avec son âme percée trouée de néant.

Il marche simplement dans le temps de sa mémoire retrouvée qui lui dit :

« Avance ! »

Et sans un mot, solitaire et solidaire, il tricote sa marche et ça marche ! MJC

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Published by Marie-José Colet - dans Adelphité
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