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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 11:30

 

 

Le 12 et 13 septembre 2009 j’étais à Lacaune  avec de très nombreux amis qui comme moi participaient au

 

Cinquième colloque de Lacaune sous la direction de Jacques Fijalkow

(amitiés Judéo-Lacaunaises)

 

La Shoah

dans les départements français

Déportation, sauvetage, survie


 

 


Je suis très fragile pour tout ce qui est relatif à la Shoah. A cause de ma grand-mère, à cause de mon histoire, à cause de mon noir. C’est ma vulnérabilité.

Dimanche soir, après ce long et dense colloque, je suis rentrée chez moi forte, construite, ma vulnérabilité vaincue. Que s’est-il donc passé ? Qu’ai-je donc entendu qui chez moi a fait réparation ?

 

J’ai d’abord entendu la France ; Ils étaient là, inventeurs d’humanité, venus de toutes les provinces, villes grandes et petites pour dire leurs recherches.

Ils sont venus, par ordre d’entrée en scène de Paris, des Bouches du Rhône, du Lot et Garonne, de l’Hérault, de Bordeaux, de Marseille, du Tarn, du Haut-Rhin, du Gers, de la Dordogne, de Caen, de Bretagne, de Sarthe, du Massif central, d’Auvergne, du Cher, Loir-et-cher, Indre, Indre et Loire et Loiret, d’Isère, de Haute-Savoie, de l’Yonne et bien sûr de Toulouse et de Lacaune. Quant aux participants ils venaient partout et même d’Israël et de Belgique, de tous les coins de France et un peu du vaste monde !

 

Une grande salle des fêtes, des chaises simples et sagement rangées, une grande estrade, des micros. Le premier jour, je suis arrivée en avance pour prendre la mesure du silence qui soudain s’emplirait de voix et de travail, des voix qui diraient des recensements, des arrestations, des déportations, des enfants cachés, des sauvetages, des gestes simples écrivant l’humanité, des préfets de toutes sortes, des journaux régionaux, l’antisémitisme, la collaboration, les paradoxes de Vichy, des voix qui diraient des chiffres, des fiches, des témoignages, des voix qui diraient la France dans le mouvement de l’histoire de la Shoah. Des voix passionnées, mais nuancées, des voix engagées dans la reconstruction du souvenir et de la trace de tant d’êtres que les nazis ont voulu éradiquer définitivement. Mais les historiens, les ethnologues, les témoins, les chercheurs sont là, eux aussi définitivement inscrits dans leur engagement si plein de ferveur pour réinventer les empreintes disparues. Ce que je veux dire là, c’est que ce qui m’a touchée dans ce colloque c’est l’alliage précieux des recherches précises et des voix émues, souvent tremblantes d’émotion des intervenants. Leur tremblement et leur fermeté disaient leur humanité, l’humanité de ce colloque. La salle était silencieuse, les visages tendus, les corps à l’abandon, la salle se nourrissait de ces informations multiples et rigoureuses, de ces chiffres, de ces actes, de ce désespoir mais aussi de l’espoir, car des sauvetages et des actes bons ont eu lieu dans une multitude étonnante. La lutte contre la barbarie a existé. C’est cela qui m’a tant aidée moi la si douloureuse de la Shoah et de l’humain, moi la si douloureuse de l’insensé et de l’absurde, moi la descendante de l’horreur, je pouvais vivre.

Après ce colloque je savais que je pouvais être juive laïque et française, juive laïque et femme sauvée, juive laïque et femme militante, juive laïque et femme d’espérance. Je pouvais exister dans mon immense croyance aux livres et au savoir. Je le pouvais grâce à l’extraordinaire engagement de ces chercheurs dans leurs écrits et livres quotidiens, dans leur travail de fourmis de lumière.

Les livres : une immense table de livres et de documentation.

Dans mon grand sac, je suis revenue avec :

 

- Les enfants de la Shoah sous la direction de Jacques Fijalkow : Les éditions de Paris Max Chaleil Paris 2006

- Le passé au présent de Léa Markscheid CRPR 2009 (Centre de Recherches du Patrimoine de Rieumontagné)

- Une feuille d’information d’Erès qui fait paraître le 15 octobre 2009 le livre de Marion Feldman : Entre trauma et protection quel devenir ? (Les enfants juifs cachés en France (1940-1944)

- Un bulletin de l’Association Pour Perpétuer le Souvenir des Internées des Camps de Brens et de Rieucros

- Une brochure sur Dora Schaul, Résistante allemande en France éditée à l’initiative de L’Association Pour Perpétuer le Souvenir des Internées des Camps de Brens et de Rieucros et de la mairie de Brens (Tarn), avec le soutien du Syndicat Mixte du Pays Vignoble Gaillacois, Bastides et Val dadou, Union Européenne, programme Leader+. Cette brochure fut éditée à l’occasion de la Route de Dora Schaul 12 mars 2006 à Brens Tarn. J’ai ouvert cette brochure et j’ai été émue par le beau visage de cette allemande résistante : Dora Schaul. Oui, vivre dans la nuance et dans la paix est possible

- Une autre brochure : Un camp pour les femmes 1942-1944 / Les chemins du souvenir : Brens Tarn

- Une splendide bibliographie des enquêtes régionales sur le sort des Juifs  en France et sur le camp d’internement des Juifs en France constituée et offerte par Serge Klarsfeld, présent ce jour.

 

Les inventeurs d’humanité de ce week-end se nommaient

 

Jacques et Eliane Fijalkow

Daniel Filâtre

Roger Fitchenberg

Serge Klarsfeld

Jacques Sémelin

Roger Mencherini

Alexandre Doulut

Michaël Iancu

Philippe Souleau

Renée Dray-Bensoussan

Olivier Héral

Patrick Garnier

Geneviève et Georges Courtès

Bernard Reviriego

Nathalie Roussarie

Colette Zytnicky

Yves Lecouturier

Claude Tockzé

Karine Macarez

Patrick Cabanel

Martin de La Soudière

Simon Osterman

Robert Pistre

Tal Bruttman

Ruth Fivaz-Silberman

Hean Rolley

Chantal Benayoun

Daniel Blatman

Philippe Joutard

Denis Péchanski

Renée Poznanski

Dominique Calas

Béatrice Nègre

Léa Markscheid venue d’Israël pour présenter son livre Le Passé au Présent qui racontait le Lacaune de son enfance de guerre. Femme très émouvante, tremblante de son passé…

 

Et aussi toute cette salle anonyme et recueillie, attentive à cette reconstruction, à ce NON à l’éradication d’un peuple mais trois personnes pour moi sortirent de cet anonymat pour devenir mes amis à venir. Le colloque fut aussi pour moi source de rencontres précieuses.

 

Ce week-end fut aussi une promenade matinale avec Tita Perdberger-Engelberg, une des  rescapées de la rafle de Lacaune par la police française. Elle avait 16 ans.

 Toutes deux, femmes devenues amies, nous nous sommes arrêtées devant le Mémorial de la Déportation des juifs de Lacaune. J’ai lu

618 juifs étaient assignés à résidence à Lacaune.

Le 26.08.1942, 89 d’entre eux dont 22 enfants ont été raflés et livrés à la gestapo.

Le 20 février 1943, 29 juifs ont connu le même sort.

 

Pour donner la pleine portée à ces chiffres il faut savoir que Lacaune à cette époque était un village de 2000 habitants… (Actuellement 3000 habitants)

 

Nous avons revu la maison de Tita, la rue Théron autrefois rue de la gare, la mairie, la gendarmerie, le lieu de l’ancienne gare de Lacaune, nous sommes passées devant la boutique qui portait encore l’enseigne de Madame Riols Durand, magasin de tissu. Madame Riols Durand m’expliqua Tita, était protestante et résistante. Elle a pris des risques énormes et a aidé de nombreux aviateurs et civils.

Tita, femme de 83 ans a revu son enfance dans ce dimanche matin de paix et ensemble nous nous nous sommes promenées au marché. Ce fut une heure de vie précieuse pour elle, pour moi, pour notre amitié naissante.

 

Voilà, ce que je voulais écrire sur ce cinquième Colloque de Lacaune. Bien sûr j’attends avec impatience les actes qui seront publiés l’an prochain toujours aux Editions de Paris. Je vous invite à  lire ce travail prodigieux de recherche, de savoir, de transmission, d’humanité enfin.

 

La transmission est sans doute le plus grand bâtisseur de paix. Mais je sais, il y a tant à faire… Cette satanée pulsion de mort qui poussent les hommes à s’auto-détruire est tellement présente toujours et toujours dans un incessant mouvement mortifère bourreaux, victimes, bourreaux, victimes… Alors avec nos livres et nos recherches, avec nos émotions, nos chagrins et nos espoirs, avec nos amitiés nouvelles, dans la douce brise de Lacaune continuons d’inventer la vie.

 

Infiniment merci à tous. MJC

 

PS : j'oubliais : le samedi soir, "les survivants" (comme le mentionna avec humour Jacques Fijalkow) de cette première journée de travail si dense et il est vrai fatigante, se retrouvèrent pour écouter un  concert Klezmer d'un groupe de jeunes de Mazamet "Klezmaz". Un peu contesté par les purs et durs mais moi, j'ai bien aimé. C'était doux et sympa.

 

 

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans La Shoah
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