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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 17:01

Les Justes au féminin

Lucien Lazare

(Yad Vashem, Israël)

 

 

On lira cet article dans le livre

 

Les femmes dans les années quarante

Juives et non-juives, souffrances et résistance

Les Editions de Paris

Max Chaleil (2004)

 

Colloque de Lacaune du 20-21 septembre 2003

 

Dans le mouvement de la lecture de cet article, j’invite mes lecteurs à lire également mes pages « Un automne à Lacaune » dans mon blog du 16 août 2009 catégorie Shoah.

 

  Lucien Lazare participe à Jérusalem aux délibérations de la Commission pour la désignation des Justes des Nations du Mémorial Yad Vashem. Il a été confronté à des milliers de dossiers et pour nombre d’entre eux, il a assumé la charge de rapporteur. C’est ainsi que Jacques Fijalkow lui a demandé de faire une présentation au colloque de Lacaune sur la part des femmes au plan des Justes des Nations, l’amenant à travailler sur un domaine complètement en friche.

 

Je vais donc essayer de  lire avec vous ce difficile article, de façon linéaire, selon cette méthode qui est la mienne : marcher dans les pas de l’auteur, mon guide, notre guide. La randonnée que je vous propose là est rude, non par le style de l’auteur mais pas le paysage traversé. J’ai pleuré au détour des pages.

Âmes sensibles s’abstenir. On n’en aura jamais fini de pleurer en lisant la transmission de la Shoah mais peut-être est ce nos larmes qui nous aideront à mener toujours le combat contre la bête immonde. Je ne sais pas, en tout cas pour moi mes larmes engendrent mes pas militants.

 

Lucien Lazare souligne que l’une des originalités majeures de la Seconde Guerre mondiale est la place des femmes dans ce combat. Ce faisant, il reprend les propos de l’historien Jacques Semelin (voir références de l’ouvrage, à la fin de mon article.) Jacques Semelin, dans son travail considère les populations civiles européennes.

 

Lucien Lazare a également été encouragé dans son travail par Ilana Rozène (voir références de l’ouvrage, à la fin de mon article.) qui témoigne dans son livre Sœur dans la détresse combien pendant cette guerre  les femmes furent aux premières lignes du combat.

 

Il rappelle aussi le témoignage de Marie-Claude Vaillant-Couturier au procès de Nuremberg. Elle était incarcérée au bloc 26, mais elle raconte le bloc 25 réservées aux prisonnières condamnées à l’extermination. Elle raconte le geste qui devait conduire Annette Epaud à la mort, quand elle est entrée dans le bloc 25 pour chercher de la tisane pour en donner aux femmes terriblement assoiffées du bloc 26. Elle passa la tisane aux femmes à travers les barbelés et en elle en fut assassinée à Birkenau le 23 février 1943. Anne-Marie  était repasseuse à la Rochelle, elle avait été arrêtée et déportée pour activités anti-allemandes.

 

Empruntons les terribles questions de Lucien Lazare quand une énumération se fait désastre de l’humain, obscurité, désespoir et pourtant il a eu la force d’écrire alors ayons à notre tour la force de lire :

 

-  Nombre global des Justes ? Ne pas oublier que ce fut hélas un phénomène marginal au plan quantitatif.

-  Pourquoi plus de Justes au féminin qu’au masculin ?

 

Cette dernière question est  incontournable et requiert plusieurs point de repères :

 

-  Quand un français marié aide un juif sa femme est également reconnue Juste

-  Tenir compte de la longévité des femmes supérieure à celle des hommes.

-  Vertu de la sensibilité des femmes est-elle à prendre en compte ?

-  A noter, les auteurs des violences sont souvent des hommes tandis que les sauveteurs sont souvent des femmes.

-  Référence à l’histoire des Justes du Tarn.

-  Mais aussi noter les forces qui se contrarient : les femmes veulent souvent avant tout sauver leur famille en contradiction avec l’émotion susciter par l’autre en détresse. Je suis très sensible à ce dernier repère car elle dit le tragique de l’humain que l’on soit homme ou femme. On ne peut faire aucune analyse historique sans poser ce tragique là et les contradictions qu’il emporte. Hommes ou femmes nous sommes terre de contradictions.

-  Il faut aussi noter qu’un million et demi de français sont restés en captivité jusqu’en 1945, ce qui bien sûr changent le nombre de Justes masculins. Ce repère là me paraît également important à souligner.

-  Important également à dénombrer les femmes Justes associées à leur mari et les femmes Justes vivant seules, notamment dans le réseau de la CIMADE.

 

Enfin, je parlais d’un article douloureux à lire parce que simultanément à la rigueur d’une logique mathématique s’appliquant à donner sens au phénomène social que représente le phénomène des Justes féminins, Lucien Lazare livre  d’insoutenables situations de détresse ayant nécessité les sauvetages et dans ce chapitre, c’est cela qui m’a tellement émue. Je voulais l’écrire. Les plus exposés furent sans doute les indigents, les immigrants démunis parfois de permis de séjour, ignorant la langue française et cela ne va pas sans rappeler certaines situations actuelles, toutefois bien sûr, il faut peser ses mots, réfléchir aux analogies mais aussi aux différences. Un terrain de réflexion est ouvert pour ceux qui le souhaitent. Réflexion et questionnement.

 

Lucien Lazare conclue en interrogeant la peut-être plus grande sensibilité des femmes et leur compassion plus grande. Quant à moi, j’hésiterai à dire cela, ayant trop d’amis exceptionnels. Mais la question reste ouverte et c’est peut-être là l’intelligence de Lucien Lazare de suggérer plusieurs questions  qu’il laisse en suspens, laissant l’intelligence du lecteur œuvrer.

 

J’ai apprécié cet article difficile dans lequel se mêlent désespoir de la férocité humaine et bonté féminine.

 

Continuer de pleurer et de lire m’a soufflé cet article.

 

Livres cités :

 

-  Jacques SEMELIN, Sans armes face à Hitler. La résistance civile en Europe 1939-1943, Paris, Payot éd., 1989 (page 221)

-  Ilana ROZENE, Sœur dans la détresse, Université Ben Gurionéd., Beer Sheva, 2003 (en hébreu)

Dictionnaire des juifs de France, Yad Vashem, Jérusalem, et Fayard, Parisco-éd.,  (cité à plusieurs reprises)

-  Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, Fayard éd.Paris

-  Archives Yad Vashem, M31- 9509

 

En mentionnant les livres cités dans ces articles, je veux dire l’importance des recherches historiques de l’auteur qui n’en rendent que plus subtiles encore les questions restées en suspens. Nous devons accepter l’inachevé de l’histoire pour la transmettre en laissant à nos enfants la possibilité de l’écrire encore avec leur propre réflexion. L’humanité n’élaborera jamais assez son passé.

 

 Ailleurs dans ma bibliothèque : 

 

- Autrement, collection Mémoires

1939-1945 : combats de femmes

Françaises et allemandes,

Les oubliées de la guerre

2001. Les éditions autrement

 

- Jacques Fijalkow,

Vichy, les juifs et les Justes.

L'exemple du Tarn


Privat Juin 2003

 

Je lis, tu lis, il ou elle lit, nous lisons, vous lisez, ils ou elles lisent.

 

J’élabore le passé, tu élabores le passé, il ou elle élabore le passé, nous élaborons le passé, vous élaborez le passé, ils ou elles élaborent le passé.

 

Je transmets, tu transmets, il ou elle transmet, nous transmettons, vous transmettez, ils ou elles transmettent.

 

Je continue, tu continues, il ou elle continue, nous continuons, vous continuez, ils ou elles continuent. MJC

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans La Shoah
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