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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 11:25

Les groupes de parole

Marcel Frydman

 

On peut lire cet article dans le livre

 

Transmettre la Shoah

Dans la famille, à l’école, dans la cité

Sous la direction de Jacques Fijalkow

Les éditions de Paris Max Chaleil (2009)

(Pages 112-120)

 

Dans le mouvement de la lecture de cet article, j’invite mes lecteurs à lire également mes pages « Un automne à Lacaune » dans mon blog du 16 août 2009 catégorie Shoah.

 

Marcel Frydman est Professeur émérite en psychologie, université de Mons en Belgique. Il est également l’auteur du livre Le traumatisme  de l’enfant caché, l’Harmattan, 2002

 

Cet article étudie le traumatisme de l’enfant caché pendant la seconde  guerre mondiale, la spécificité de ce traumatisme, son silence, son désarroi et une possible façon de traiter ce traumatisme : le groupe de parole

 

Ce qui rend spécifique le traumatisme de l’enfant caché c’est qu’il s’inscrit en fait dans série de traumatismes, série qui fait poupées gigognes : rafles, insertion dans la clandestinité, transfèrement d’une cache à une autre, la séparation avec les parents, les graves carences affectives. De plus l’enfant est condamné par ces poupées gigognes à se taire, au mutisme complet sous peine d’être découvert et ce silence bien sûr vient douloureusement charger le traumatisme initial d’affects refoulés. L’extériorisation émotionnelle étant impossible, l’enfant ne pouvant pleurer, le traumatisme s’enkyste et habite des années durant toute la vie psychique et les nuits de l’enfant devenu adulte

Frydman parle aussi des malentendus que rencontre l’enfant avec son entourage  à l’époque du traumatisme et au moment des retrouvailles avec les parents (quand elles ont lieu…) après la clandestinité : un terrible « tu as eu la chance d’être caché » vient clore toute expression des affects vécus. L’enfant n’a d’autres solutions que se murer définitivement dans son silence. L’enfant aurait pu s’exprimer mais hélas le si lourd vécu  des adultes viennent l’en empêcher.

Se pose aussi la question des enfants qui ne découvrent leur identité juive bien des années après le traumatisme et Fridman livre un témoignage émouvant : l’identité juive non reconnue obturait la personnalité de l’enfant devenue adulte. Retrouver son identité juive lui permet de se vivre un sujet à part entière. Ce passage de l’article est très beau, profondément humain car il dit que l’homme ignorant ses racines culturelles est un être mutilé de lui-même.

 

Frydman partant d’une hypothèse bien connue, que tout chagrin peut se supporter si il est raconté à d’autres (et je pense à Hannah Arendt qui écrit cela avec ses mots) met en place La première réunion internationale d’enfants cachés qui s’est déroulée à New-York en 1991. Tous les participants étaient dans ce douloureux paradoxe du silence et du désir de parler alors dans l’empathie du groupe ils se sont mis à parler et à exister dans le temps de leurs mots et affects retrouvés.

 

Je fais une parenthèse pour dire que cette démarche est la mienne dans les ateliers de lectures pour personnes en situation d’illettrisme. Le groupe créant souvent l’empathie des participants permet l’expression de la souffrance de l’illettrisme et de la souffrance identitaire qui lui est accolée. Dire cette souffrance est à mon avis le premier pas vers la résolution de l’illettrisme par l’apprentissage de la langue et de ses règles si complexes. Poser dans l’espace/temps du groupe son rocher identitaire pour se coltiner à la complexité de l’écrit. Fin de la parenthèse.

 

Pour revenir à Frydman, il pose aussi la passionnante question de la transmission du traumatisme et dit fort à propos que ce n’est pas le traumatisme qui se transmet mais les lacunes autour du traumatisme. Je dirai moi, pour l’avoir vécu que c’est le trou génocidaire qui se transmet et ce trou devient à son tour trou ou lacune chez l’enfant de la génération suivante. C’est pour cette raison cruelle qu’une guerre fait des ravages sur plusieurs générations. Réfléchissons donc avant de partir en guerre !

L’holocauste a amputé de leur histoire ceux qui l’ont vécu mais ceux qui en sont issus. Nous ne le dirons jamais assez fort et Frydman sait l’écrire avec clarté.

 

J’ai aimé cet article qui sait décrire avec sobriété le traumatisme des enfants cachés, qui sait présenter une solution humaine qui passe par la parole et qui pose ce traumatisme dans l’espace intergénérationnel. Un article court mais efficace.

 

Frydman, un inventeur d’humanité qui cherche et qui trouve. A lire.

 

Bibliographie de l’article

 

ABRAHAM n ET Torok., L’écorce et le noyau.Paris ; éd.Aubier Montaigne 1978

FREMONT H., After long silence –Amémoir, New-York, DellePublishing – Ramdom House, Delta Trade, Paperback,2000

Frydman M.,Le traumatisme de l’enfant caché –Répercussions psychologiques à court et à long terme, Paris l’Harmattan, 2002.

 

Huyghens S.,Souvenirs d’enfants cachés. Rémémoration et répétition du traumatisme. Mémoire de licence non publiée, Faculté des Sciences psychopédagogiques, université de Mons-Hainaut, 1994.

Kurzem A. The Extraordinary Story of A Jewish Boy And An SS Extermination Squad Rider  et Cy, 2007

Vegh Cl., Je ne lui ai jamais dit « au revoir ». Des enfants de déportés parlent, Paris, éd. Gallimard, 1980.

Vincenot A., Je veux revoir maman. Paris, éd. France Loisirs. 2005

MJC

 

 

 

 

 

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