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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 18:23

Cents mots pour les bébés d’aujourd’hui

Réunis par Patrick Ben Soussan
Erès . 2009. 361 pages

 L’ombilic

 Tu feuillettes ce livre doré. Des textes réunis par un ami que tu ne connais pas. Des photos qui disent l’enfance de chacun et soudain tu es triste. Tu fermeras ce livre avant de l’avoir lu dans son entier. Il y a des livres comme ça qu’on ne peut pas lire parce qu’ils blessent, parce qu’ils griffent, parce qu’ils t’attrapent le regard violemment et te font presque pleurer. Des livres trop vrais.

Il y a 61 ans à quelques jours près, tu naissais, beau bébé de 4 kilos et 300 grammes. Belle comme un pruneau. Paraît-il. De photos de toi bébé il n’en existe pas. Si, une seule photo peut-être, une toute petite photo où ta mère te tient très loin du corps. A part ça rien. Mais passons.

Il y a 36 ans jour pour jour naissait ton fils. Te ne te souviens plus comment, tu t'étais fait une grave entorse. Ah ! si tu te souviens. En marchant dans la rue principale de Montpellier. tu avais dû rester immobile avec un plâtre. On t’avait brisé le plâtre juste avant l’accouchement. Trente six ans après, jour pour jour , tu te  retrouves avec une entorse et une lourde attelle à porter pendant un mois. Comme le plâtre. Ainsi, tu fêtes  l’anniversaire de ton bébé, sa venue au monde en ne pouvant marcher. Entorse et natalité. Quel est donc ce curieux rapport, entorse, natalité, souffrance, immobilité ?  Tu dirais l’expression de ta douleur de te séparer de ton enfant, de rompre le cordon ombilical. Tu ouvres le livre, qui épelle l’alphabet des bébés ; Qu’ont-ils mis à la lettre O. Ils ont mis : Obésité, Opéra, Oublié et c’est suivi de Papa. Toi, tu aurais mis Ombilic. Ton petit-fils de 2 ans aime à montrer son nombril et à le chercher chez les autres. Il regarde et dit « Oh ! c’est beau ! »

C’est beau mais c’est si douloureux cet ombilic qu’on coupe. Voilà petit homme, tu es grand, tu as quitté ta mère. Et l’ombilic on n’en finira pas de le couper : le sevrage, l’école. Tu te souviens de tes larmes et non de celles de ton enfant, le premier jour de la maternelle, puis le collège, l’université, puis le mariage, puis le voici homme, père. Ombilic. Il a trente six ans et voilà ton entorse qui revient là au même pied. Les médecins disent qu’une cheville tordue demeure toujours fragile. Toi, tu crois plutôt à une empreinte visible de l’âme. L’annonce de la  première séparation de la jeune maman que tu étais avec ton bébé. Et soudain l’anniversaire. Les 36 ans. Tu en vois 36 chandelles, 36 bougies. Tu prends un anti-inflammatoire. Ta cheville te fait trop mal. Tu as mal à la lettre O. Tu as mal au mot Ombilic, à ton ombilic. Trois enfants ; tes trois bébés sont là, grands. De séparations en séparations te voilà au seuil de la vieillesse. Ta vie est passée en un jour de la lettre O à la lettre V.


Basta, tu fermes le livre !

 

Et voilà comment on peut fermer un beau livre… Mais  surtout lisez le  ! C’est un livre vrai et sa couverture dorée dit l’or de la maternité, l’or del’ombilic. L’or du bébé dehors.  L’or de l’ombilic qui invente l’humanité au singulier de chaque naissance dans une promesse universelle de recommencement.

Je ferme le livre, mais le temps venu, je saurai l’ouvrir à nouveau car c’est un livre plein de talent. MJC

 

PS Qu’est-ce qu’ils ont mis à la lettre M ? Ils n’ont pas mis "Maman."


La maman c’est celle qui est toujours là mais dont parfois on n’oublie  la lettre. MJC

 


 

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Published by Marie-José Colet - dans Force et vulnérabilité
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