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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 17:57

 

Viviane Gross, Présidente de la région  Cimade Sud- Ouest,  accompagnée du Délégué régional Pierre Grenier,  a eu  la gentillesse de me donner le texte de sa conférence qu’elle a faîte à l’Ancien collège de Montauban 

Le mercredi 24 juin 2009.

Je la remercie vivement.

La Cimade, ce soir là était l’invité du SMERP : Société Montalbanaise d’Etudes et de Recherches sur le Protestantisme.

C’est donc à partir de notes prises le 24 juin dans le fil de ses mots passionnants et à partir du texte écrit de sa conférence, dont je cite de larges passages, que cet article est rédigé

Viviane Gross donne un aperçu détaillé de l'histoire de La Cimade Elle le fait non d’une place d’historienne mais de sa place d’équipière bénévole. J’aime ce dernier terme qui dit la notion d’équipe et de bénévolat à la Cimade, d’amitié et d’engagement.

Une histoire de la Cimade fondée sur des statuts dont Viviane rappelle quelques uns d’essentiels. Je la cite :

« La Cimade a pour but de manifester une solidarité active avec ceux qui souffrent, qui sont opprimés et exploités et d'assurer leur défense, quelles que soient leur nationalité, leur position politique ou religieuse. En particulier, elle a pour objet de combattre le racisme.

La Cimade est une forme du service que les Eglises veulent rendre aux hommes au nom de l'Evangile libérateur. Elle travaille en liaison avec le Conseil Œcuménique des Eglises, la Fédération Protestante de France, l'Eglise Orthodoxe en France, et collabore avec divers organismes catholiques et laïques, notamment au service des réfugiés, des travailleurs migrants, des détenus et des peuples des pays en voie de développement.

La Cimade rassemble des personnes d'horizons nationaux, confessionnels, philosophiques et politiques divers, engagées dans ce service.

La Cimade entre ainsi dans un vaste réseau d'actions œcuméniques, nationales et internationales, humanitaires et politiques, pour un monde plus juste. »

Des points forts de l’histoire de la Cimade :  Je cite Viviane :

« Dans les années 30, la pensée protestante, en France comme en Allemagne, n'est pas sans réaction devant la montée du nazisme. Quelques noms qui font référence : Martin Niemöller, Dietrich Bonhoeffer, Karl Barth et son célèbre : « La journée doit commencer avec une bible dans une main et le journal dans l'autre ». Roland de Pury, Marc Boegner, Pierre Maury et Suzanne de Dietrich. Celle ci fut avec Madeleine Barot l'une des premières chevilles ouvrières de la Cimade.

En effet, en 1939, au moment du déclenchement des hostilités, le gouvernement français déplace les populations civiles habitant autour de la ligne Maginot, et les regroupe dans le sud de la France. En Haute-Vienne plus ou moins 60 000 personnes, en Dordogne 70 000, dans le Gers 6 000, les Landes 28 à 30 000 et le Lot et Garonne 12 000, Béarn (Mulhouse), Htes Pyrénées (Colmar).

Suzanne de Dietrich, alors secrétaire générale de la Fédération Universelle des Associations Chrétiennes d'Etudiants (La Fédé), s'adresse au CIM = Comité Inter-Mouvements de jeunesse, qui réunit Eclaireurs et Eclaireuses unionistes, Union Chrétienne de Jeunes Gens et Union Chrétienne de  Jeunes Filles et la Fédé. Elle leur demande de « témoigner de l'amour du Christ » en faveur de ces déplacés, population accueillie souvent de façon précaire. Elle fait au Comité un rapport détaillé sur la situation des évacués. Les dirigeants du CIM décident alors la création du Comité Inter-Mouvement Auprès Des Evacués. La Cimade est née. Madeleine Barot en devient la première secrétaire générale et Marc Boegner le président.

Dans la même période, Madeleine Barot est appelée à visiter le camp de Gurs par le pasteur Jacques Rennes de Sauveterre de Béarn qui se rend régulièrement au camp où il organise des cultes. Ce camp ouvert en avril 1939 accueille tout d'abord les républicains espagnols, et des combattants des brigades internationales dont le retour dans leur pays d'origine était impossible. Ce qui représente environ 20 000 personnes originaires de 52 nations. Les conditions d'accueil sont déplorables. En 1940 la population du camp est largement modifiée par les départs des premiers internés (il reste quand même 1 500  espagnols), et l'arrivée des indésirables du gouvernement de la France, soit  plus de 9 000 femmes, 300 enfants dont 39 nouveaux-nés, 1 300 communistes ou pacifistes français.

Très vite à l'intérieur du camp, l'installation d'une baraque, intitulée « secours protestant », est autorisée. Cette baraque qui a un coin logement pour les équipières et une salle de réunion, devient un lieu privilégié. La Cimade s'occupent autant des questions matérielles (distribution de vêtements, de produits d'hygiène etc.) que des besoins psychologiques, culturels (expositons, concerts, causeries) que spirituels. Ces actions s'adressent à celles et ceux qui le désirent sans distinction. Jeanne Merle d'Aubigné, équipière, disait : « l'activité culturelle et cultuelle surgissait comme une protestation de vie. 

D'autres camps ont vu le jour : Agde, Argelès, Riveslates, Brens, Noé, Nexon. »

Les premiers équipiers bénévoles s’engagent et commencent à travailler à l’accueil. Ils aident à traverser les Frontières et à constituer des papiers. Mise en place d’un réseau de Partenaires et la réflexion continue avec divers théologiens venus d’Europe. En 1942, des textes sont rédigés sur les rapports de l’église et de l’état, sur le respect des libertés individuelles, sur l’antisémitisme.

Puis c’est le temps de la libération. La Cimade aide les personnes déportées, les réfugiés venant des pays satellites de L’URSS et commence les visites dans les prisons. S’active aussi dans les villes reconstruites telles que Caen, Dunkerque et quelques autres sinistrées (notamment, villes de l’Est)

Puis, je cite Viviane encore

La  Cimade  œuvre aussi à la réconciliation. A la demande des Eglises allemandes, dans un souci de réconciliation et une perspective œcuménique, la Cimade accepte d'aller en Allemagne dans la zone française. Elle organise, parallèlement à cette présence, l'accueil des étudiants allemands en France.

« Toujours en 1945 des réfugiés Polonais arrivent en France. Un centre d'accueil est alors créé à Sèvres, puis à Massy par l'Eglise orthodoxe. »

En 1955 la Cimade commence son action au Sénégal avec un envoi de soins ophtalmologiques et crée à Dakar le centre BOPP, centre qui deviendra sénégalais en 1975.

« En 1957, à la demande du Conseil œcuménique des Eglises (Organisation Internationale des Réfugiés – changement en 1950) la Cimade installe une équipe féminine à Alger puis une autre à Médéa. Jusqu'en 1962 elle agira toujours en réseau (Eglise réformée en Algérie, associations locales, le Comité Chrétien de Service en Algérie, le Service d'Entraide protestante de Suisse, la Croix Rouge, le Secours Catholique, etc.). La Cimade organise un soutien, surtout parmi les femmes et les enfants. Elle est autorisée à entrer dans les Centres d'Assignation à Résidence en 1958. 

La Cimade lance différents appels dénonçant la situation catastrophique en Algérie. Elle appelle à la reconstruction, au vivre ensemble.
La Cimade sera aussi présente en 1962 à Marseille à l'arrivée des rapatriés, mais aussi dans les camps d'anciens Harkis dans les Cévennes.

En 1961 diverses actions de solidarité démarrent avec des résistants d'Angola, du Mozambique. La Cimade aidera à la sortie clandestine et mouvementée de tout un convoi d'étudiants angolais du Portugal vers la France. »

 La Cimade agit toujours sur les causes des situations d'exil et d'exclusion, « afin de tenter d'infléchir les politiques, que ce soit ici, en France et en Europe, ou là-bas, dans les pays d'émigration. »

Quelques exemples donnés par Viviane Gross :

- Critique de la loi Bonnet-Stoleru de 1979 sur les conditions de séjour et de travail des étrangers.

- Autorisation pour la Cimade d'être présente, par décret, dans les centres de rétention (1984)

- Campagne pour la défense du droit d'Asile (1990-1991)

- Soutien au mouvement des sans papiers (1995-1996)

- Campagne double peine (2001-2002)

- Critique de la loi Sarkozy. (2006)

Puis publication des « 75 propositions «  qui reprennent 6 principes fondamentaux :

1. Rétablir la libre circulation

2.  Redonner sa force au droit international et aux Droits de l'Homme


 

3. Instaurer un droit stable pour les étrangers

 


4. Réaffirmer que « tous les citoyens naissent libres et égaux en droits »

5. Permettre à chaque personne d'être citoyen du pays dans lequel elle réside,

6. Sortir de la logique d'enfermement et de renvoi forcé des étrangers.


Viviane Gross conclue

« La Cimade c'est d'abord une action de témoignage ancrée dans une réflexion spirituelle préalable à l'engagement.

C'est un témoignage de solidarité envers les plus souffrants.

La Cimade est toujours engagée dans la défense de la personne humaine.

La Cimade est restée un mouvement et pas seulement une structure caritative. Vouloir ainsi combiner l'action et les convictions n'est pas toujours facile à comprendre.

Agir réellement c'est travailler avec les forces politiques, administratives et financières, sans se perdre.

Agir, c'est risquer d'oublier les raisons fondamentales de l'engagement.


Agir pourrait conduire à la satisfaction de la mission accomplie, alors que les inégalités ne cessent de croître, le nombre des exclus de s'agrandir. »

La Cimade est au cœur de la souffrance des exclus, des exilés, des émigrés à qui on a confisqué la parole, créant ainsi une double peine. La Cimade travaille à restaurer leur dignité en les aidant à retrouver leurs droits et leurs papiers

Tout au long de cette conférence, dans le temps appliqué de ma prise de notes, j’ai réfléchi sur mon engagement dans la Cimade.

Je sais que c’est la triple dimension : solidarité pour ceux qui souffrent, œcuménisme, et interculturel qui m’a fait rejoindre la Cimade.

A Montauban, nous avons accueilli cette année, un public composé de 59 nationalités différentes

Trois phrases capitales qui disent la Cimade :

« Solidaires ici et là-bas »

« parce qu’il n’y a pas d’étrangers sur cette terre »

«  parce que l’humanité passe par l’autre. »

 Enfin, je veux préciser que cette conférence passionnante était  accompagnée d’une bibliographie précieuse que je vous invite à consulter.  Il n’y a pas de lutte contre l’injustice sans savoir, il n’y a pas de savoir des hommes sans savoir des livres. C’est mon intime conviction, celle pour laquelle j’ai crée ce blog : les inventeurs de lectures.

Je remercie Viviane Gross pour cette conférence d’une grande richesse et pour sa bibliographie. « La sienne ». L’une comme l’autre ont beaucoup apporté à l’équipière bénévole que je suis.

Viviane, Merci ! Merci ! Merci ! MJC

 

 

Documents consultés

-Madeleine Barot parAndré Jacques. Chez Labor et Fides.1989

-Aux origines de la Cimade. Alain Guillemoles et Arlette Domon. 1990

-Cahiers d'histoire Cimade. N° 1.2. 3 et 4. 1996 et 1997

-Réforme N° 765. Édition spéciale. Novembre 1959.

-Revue  Cimade   septembre   1991. Algérie, résurgence de la mémoire.

-Revue Cimade Causes Communes. Les cèdres de l'espoir, décembre 2004.

-Encyclopédie   du   Protestantisme. Cerf/Labor et Fides.

-Notes de Violette Mouchon dans les archives de la Cimade

-Les thèses de Pomeyrol.

-ÉTHIQUE de Dietrich Bonhoeffer. Labor et Fides.

-Le camp de GURS 1939-1945, un aspect méconnu  de l'histoire du Béarn. De Claude LAHARIE (Infocompo à Pau- 1985)

-Les clandestins de Dieu, Cimade 1939-1945Jeanne Merled'Aubigné. Fayard Paris 1968

-Souvenirs (1921-1950) Jacques Rennes – Archives Cimade

-Doc Alain Brigodiot Texte 2007 – Archives Cimade

-Suzanne de Dietrich (1891-1981) par Antoinette Spindler-Theis – Archives Cimade ou chez l'auteur.

-Cahier Devenir bénévole.

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Published by Marie-José Colet - dans La Cimade
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