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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 14:41

 

 

Ma mère, mon père. Mon enfance. Un silence sans souffrance,  des années sages. Tout paraissait normal. J'étais là dans mon absence au monde.

 

Souvent, trop souvent, mes nuits furent déchirées par un cri. Toujours le même. Un cri qui me laissait désespérément seule et amnésique, prisonnière d'une parole obturée : je voulais parler mais aucun son ne sortait de ma bouche. Je m'éveillais en sueur, vivante et pourtant morte. Ce rêve répétitif, je le nommais "La parole implosée".

 

Ecrirai-je jamais, le cri de cette enfant que je fus, sérieuse et silencieuse, dissipée pour donner le change mais raidie comme une morte ? De mon enfance bien sage, j'ai gardé des séquelles : mon corps tout entier est dysharmonieux, raide et voûté d'avoir trop porté mon histoire, prisonnière d'un cri qui plisse ma vie de femme, ma vie tout court. Ce cri m'obsède. Parfois je l'écris puis je l'efface. Dix ans déjà, août 1982, j'ai rédigé une courte nouvelle sans titre, légende vraie de ma naissance, légende vraie de ta souffrance. "Cela se passait en 1945. Claire avait 24 ans."  (L’enfant)

 

Cette Claire, c'est toi maman. Cette Claire de guerre, je l'ai décrite avec des mots de silence et d'ignorance. De ton passé, tu ne parlais jamais ni des circonstances qui entourèrent ma naissance. Il y a  là un creux, un trou, une béance.

 

Non, cette Claire, ce n'est pas toi maman, parce que toi, tu as vécu mais tu n'as pas oublié. Un jour tu m ‘as dit d'une voix brisée :

 

"Le mal qu'on m'a fait est gravé, rien ne pourra le retirer".

 

Mon enfance s'est jouée sur la scène de ton impossible oubli. L'homme et l'enfant ont eu raison du joug mortifère nazi mais non de ta mémoire meurtrie.  J'ai grandi au creux de ta blessure. Ce mal que tu n'as jamais abandonné te rattachait aux tiens qu'on t'avait volé, à ta jeunesse choyée. Ta façon de combattre l'horreur était le refus de l'oubli. Ton refus passait par ton silence le jour, par mon cri, la nuit. Ton silence, mon cri disait non à la deuxième guerre mondiale, à Hitler, aux déportations, à la collaboration. Mon cri, ta vie, mes nuits. Hurle la barbarie des hommes. Drancy. Cela a existé et cela insiste dans ma vie. Insiste entre silence et cri dans l'impossible version de ce qui serait mon enfance, mon passé, mon histoire.

 


 

C'est un jour d'orange

Un soir d'orage

Que je naquis

Entre deux éclairs

Entre deux tonnerres

Une légende rose

Peau de pêche

Cheveux pruneaux

J'étais belle

mais

déjà je boudais


 

Ainsi commença

Le silence

Ainsi commença ma vie.

Couleur de l'enfance

Couleur du présent

Un souffle l'alourdit

Le mien

Un souffle l'allège

Le temps

 

Une robe rose et blanche à volants.

Un homme me donnait la main

C'était bien

Je l'appelais

 "Mon père"

 

Mon enfance

Je ne sais pas

Je ne sais plus

Je n'ai jamais su

 

Alors, j'ai lu.

 

Mon enfance pour la dire

Loin du pire

Je conjugue le verbe écrire

à la première personne du singulier



« J’écris »

 

 

Enfance cachée

femme dévoilée

Secrets envolés

 

Dans le temps des mots

et de mon silence vaincu

je joue à cache-cache

avec ma solitude rompue.

 

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans La Shoah
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