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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 12:57

Le Nouvel homme islamiste. La prison politique en Iran

Chahla Chafiq

Edition du Félin. 2002

 

Dans le N° d’ Empan  53 Trajets de femmes au risque du social P120, j’ai écrit :

«  Le voile ou le foulard sont des expressions qu’on ne peut interdire. Chacun ses repères culturels, chacun son histoire. Ne pas se confronter. Se côtoyer.  Il y a plusieurs significations au voile et au foulard, significations religieuses ou identitaires, reconnaissance de, présence de.  Histoires de femmes et de mixité, se cacher et se mettre en valeur. Histoire du regard à livrer ou à préserver, chuchoter la différence sexuelle ou la clamer, écrire les différents espaces sociaux, dire sa pauvreté ou sa richesse. Parler doucement, avec amour de la femme voilée à l’école, en entreprise. Respecter mais aussi dire la différence, dire l’autre possible. Chercher un pourquoi, un comment en sortir de cette différence là sans blesser. Difficile certes mais à tenter avant l’interdiction fatale, avant la sanction qui dit non. Je ne veux pas oublier que le voile cache une femme avec son intelligence du monde, sa sensibilité, son regard. Cette femme je la respecte. Du respect naît la paix entre  les êtres. Trop souvent la question du voile pose la question de la différence et de la haine dans cette différence. »

Femmes voilées, jeunes filles au foulard vous êtes mes amies même si parfois nos identités diffèrent. Je veux parler avec vous, je veux ouvrir mon coeur au vôtre, je veux comprendre votre différence, interroger mon dévoilement et alors avec vous parler de la loi et de la laïcité. Avec vous, je veux inventer la paix avec ou sans voiles dans le respect de nos traditions à toutes, avec ou sans voiles. Selon nos vies.

J’ai écouté Chahla Chafiq, un samedi de novembre  à l’Ancien collège. Elle était invitée par Point Gauche ! Journal contradictoire. C’est pour cela que je le lis et que je lui confie mes contradictions.

 

J’ai aimé de Chala Chafiq, son intelligence, sa douceur et sa fermeté. Elle était femme et affirmait ses idées avec force, dans l’urgence de sa lutte, de notre lutte de femme et d’homme, dans notre lutte à être humain. Tant de travail pour continuer d’exister dans un monde de justice, d’égalité, de fraternité, de liberté, toujours à inventer… J’ai acheté son livre « Le nouvel homme islamiste. La prison politique en Iran. Edition Le Félin 2002. Elle me l’a dédicacé et j’en suis heureuse. Elle a écrit :

 

« A Marie-José avec l’espoir que ce livre lui apporte une réflexion complémentaire sur les sujets liés à la liberté »

 

Et j’ai lu. Passionnément. Parce que la liberté, c’est passionnant. J’ai lu son introduction. Emouvante. Pas d’engagement sans émotion. Pas de liberté sans humanité. La liberté ce n’est pas une idée. C’est un flot de tendresse qui invente la mémoire humaine. Elle écrit :

Ainsi débute son livre sur le printemps de la liberté, liberté si éphémère. Chahla prit le chemin de l’exil, lieu de mémoire pour échapper à la prison, nous confie-t-elle. Exil, liberté, mémoire…Cela nous concerne tous : pays islamiques ou non, femmes ou homme. Un livre, le sien, encore toujours, un instant de saga, celle de l’humanité. J’aime lire.

Il était une fois. Là bas, en Iran, dans le pays d’Aladin, la lampe perdue, la lumière éteinte. L’oppression, la répression, les prisons : le Chah d’Iran. Une princesse aussi dit-on et puis le faste. C’était comme ça.

Le 16 janvier 1979, le Chah, s’en va. Et c’est l’espoir. Ils vont pouvoir être iraniens, libres. Mais voilà, tout simplement, ça recommence. Tout simplement et tragiquement.  Chahla dit et je la lis P.59 : Elle écrit comment Khomeny les interpelle  en affirmant que gouvernement islamique et loi de l’Islam, pour lui, ça va de pair. Il ne veut ^pas renoncer à la loi divine. Il dit qu’à partir de maintenant (1979) le gouvernement d’Allah s’installe en Iran. Voilà, la liberté brisée. Voilà ça continue, la dure condition d’être femme en Iran.

C’est de cela dont il s’agit : de l’échec de la séparation de la religion et de la loi et de l’état. Dieu et encore Dieu. Toujours Dieu. En son nom, persécutions et tortures continuent. L’Iran pleure sa liberté. Et avec ses mots de femme, dans sa clarté de femme, elle écrit mémoire et liberté. Toujours à proclamer. Le désespoir est  là où la liberté n’est plus. En Iran et ailleurs. Et donc , elle décrit p.65, le terrible sort des femmes, le voile qui s’impose, la séparation des hommes et des femmes dans les lieux publics, et les multiples actes de violence du Hezbollah contre les femmes no voilées.

Le voile est loin d’être une question secondaire. Il est l’articulation même de la liberté et de l’égalité.

La liberté des femmes est une fois encore bafouée. Prison. Mina Zarine. Lire, la volonté d’être une femme sujet (P.14 et suivantes.)

Lire le livre en entier pour comprendre l’urgence du problème du voile. Ce que je n’avais compris. Mais le livre de Chala Chafiq m’a fait progresser « sur les sujets liés à la liberté » comme elle me l’a écrit si profondément dans sa dédicace. Et je la remercie infiniment.

La question du voile est là dans ce livre de femme si intelligente, si combattante pour la liberté Son livre est un récit passionnant, elle raconte, et l’Histoire est triste. Je comprends, je reconnais à quel point porteuse de mon doux humanisme, je ne suis pas dans le ton. Vais-je changer d’avis ?

 Il y a nécessité d’urgence et de fermeté dans le déploiement du combat des femmes islamiques, dans notre solidarité mais je maintiens la douceur de mes propos et le respect de la femme voilée. Il ne faut pas confondre l’oppresseur et ses opprimées et parfois, je le maintiens j’entends de la haine ou de la dureté dans ce combat pour « une femme islamique libre. » J’en ai entendu à l’Ancien collège, dans la salle et je n’ai pas aimé.  Certains propos emportaient, j'en suis convaincue, une petite musique raciste.Il y a dans cette haine, dans cette dureté exprimées des propos souvent superficiels sur la liberté des femmes. Je veux dire l’importance d’approfondir nos propos sur les combats de toutes, de les approfondir par  la force des livres, du savoir et du respect de l’Islam.

A nous, femmes de tous les pays, à vous hommes de tous les pays qui veulent nous accompagner dans notre combat d’allier urgence et douceur, paroles lentes et actes urgents. Pas  facile. Mais qui a jamais écrit et dit que le chemin de la liberté et plus encore celle de la liberté des femmes étaient faciles ? Certainement pas  Chahla ou moi !

Bonne lecture de ce beau livre pour la liberté et bonne marche sur le chemin de la liberté… Celles de toutes les femmes.

 

Cette note de lecture, à quelques corrections près, (j’essaie d’être toujours au travail de ma pensée et de mes paradoxes)  a été publiée dans EMPAN N°58 sous le titre : Ai-je changé d'avis ?

 

MJC

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Published by Marie-José Colet - dans Empan
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