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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 22:38

Le génie féminin 1.

Hannah Arendt

Julia Kristeva

 

Gallimard Folio Essai

Librairie Arthème Fayard, 1999

 

Julia Kristeva  raconte Hannah Arendt et son livre se lit comme un roman qui n’en finit pas de commencer. D’ailleurs, le mot-clé selon moi pour lire Hannah Arendt c’est le mot « commencement » .

 

Je présente le plan du livre de Julia Kristeva.

 

Chapitre I : Le livre est un récit

 

Le commencement par la narration quand elle fait lien entre tous, quand elle fait échec à l’acosmisme dont a tant souffert le peuple juif et dont souffrent toujours les parias, les exclus.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est mieux le supporter par le lien créé.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est créer du pluriel, du lien si nécessaire aux humains pour se révéler humains en transcendant le Dasein d’Heidegger.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est commencer par le Désir, continuer par la mémoire, c’est témoigner du temps, c’est tricoter de l’avenir, du présent, du passé. Une maille à trois temps avec une laine hors-temps, celle de la pensée.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est dire le commencement, « l’initium » sans lequel aucune liberté ne peut s’articuler. La liberté a soif de commencement.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin, c’est poser l’amour dans le respect. C’est la longue saga d’une lecture de Saint-Augustin. Une histoire où l’amour se révèle à partir de singularité et de pluralité comme dans un noeud, comme dans une trame.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est déjà poser le un et le deux de la politique. La narration c’est du politique qui a souvent nous dit Hannah Arendt était pour elle oeuvre de désespoir et désir de la fuir. Mais pour notre bonheur à tous, elle ne l’a pas fuit. Elle en a fait un récit.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin, c’est inventer le théâtre des relations humaines et de ses passions.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est inscrire l’espace de la parole quand elle est déjà action et durée, quand déjà de « n’importe où » et « n’importe quand », elle surgit dans cette « polis » chère aux grecs, dans ce lieu si humains de « l’inter esse » de ces paroles humaines qui fondent « la phronêsis », la sagesse pratique de l’humanité. (A lire Hannah Arendt et Julia Kristeva j’ai bien envie de me mettre au grec, c’est plein de jolis mots qui disent concepts et sagesse, mémoire et histoire... (Mais j’ai déjà des projets d’hébreu et je ne suis pas douée pour les langues !)

 

Raconter une histoire à quelqu’un, dire son chagrin c’est dire le commencement de l’être grâce à sa mémoire et à son témoignage, grâce à sa splendide singularité et à sa nécessaire pluralité.

 

Raconter une histoire à quelqu’un c’est faire advenir et révéler « le qui » , concept cher à Hannah Arendt qui dit le psychologique, le philosophique, le politique de chacun d’entre nous –si  obstinément unique-.

 

Mais soudain, et c’est Le chapitre II :  « L’humanité superflue » Le commencement s’avère impossible et s’effondre dans le néant de la cruauté. Julia Kristeva fait l’analyse  de l’oeuvre majeure d’Hannah Arendt  « Les origines du totalitarisme ». Elle saisit Hannah Arendt dans sa pensée en plein vol, toujours en mouvement. Quand l’espace politique perd son singulier/ pluriel, quand l’un comme l’autre devient néant dans une dialectique mortifère nommé totalitarisme  d’Hitler à Staline. Julia  Kristeva, avec son talent de conteuse de la pensée humaine met en évidence les origines du travail de Hannah Arendt sur le totalitarisme, travail qui s’origine dans ses réflexions et prises de positions sur le débat palestino-israëlien, la réalité américaine et la culture européenne. Elle analyse et fouille avec minutie et clarté Les origines du Totalitarisme ». C’est passionnant et limpide. L’espace me manque pour raconter à mon tour alors, je vous invite vivement à vous glisser dans ces pages si intelligentes dans lesquelles, entre autre, est interpellé la responsabilité française, l’universalisme des droits de l’homme et le rôle des états-nations dans l’antisémitisme moderne et dans lequel est dénoncé, conceptualisé, défriché, élaboré cette tragique et innommable superfluité de l’individu, tragédie de l’extermination.

Quand on a lu Hannah Arendt, la lecture précise, rigoureuse, perçante, analysante des Origines du totalitarisme que nous offre Julia Kristeva  nous sommes incités à relire cette oeuvre difficile mais si essentielle mais tout à la fois cette même oeuvre nous est présentée comme une première lecture innovante.

 

Enfin, advient Le chapitre III : Penser, Vouloir, Juger

 

Quand le commencement recommence dans la naissance, dans le pardon et dans la promesse, dans la volonté et dans le jugement. Quand la naissance se fait liberté,

Quand la liberté se fait volonté, quand la volonté se fait jugement, quand le jugement se fait pardon, quand le pardon se fait promesse. (Sauf, et cette réserve est importante, si le Mal est irréductible). Ce chapitre est un hymne à la vie, à l’espoir, à la pensée cicatrisante de tant de solitude, de ce deux-en-un de Socrate, jusqu’à la faille, jusqu’à la suture. Penser, cicatriser pour retourner au pluriel, dans une singularité jubilatoire, assumée, reconnue, portée. Magnifique ! Un vrai poème en prose, où l’on retrouve Saint Augustin que je n’ai pas encore lu, mais cela ne serait tarder. Ce chapitre dit l’humain, seul avec tous grâce à la loi qui porte volonté et jugement et grâce à la pensée cicatrisante qui transporte l’homme au seuil de l’Eternité.  Du pur Toujours. Agir, vivre, aimer, parler dans la reliance et dans la singularité, dans la volonté et le jugement, dans la béatitude possible, dans l’attente de la naissance qui viendra, dans le pardon retrouvé, dans la promesse choisie.

 

Julia Kristeva nous décrit une Hannah Arendt, femme d’espérance, malgré des illusions aux contours parfois sombres, mais, malgré les Ombres, écriture de jeunesse et permanence de sa jeunesse, Hannah Arendt sait se faire lumière et Julia Kristeva sait nous la restituer lumineuse.

 

Un vrai bonheur que cette lecture !

 

MJC

 

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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