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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 09:42

Adam Phillips Winnicott ou le choix de la solitude

Edition de l’Olivier penser/rêver 267 pages


Ce que j’ai lu d’essentiel dans le chapitre VI intitulé  « Le jeu de l’interprétation »

Ainsi arrivons-nous au dernier chapitre du livre.

Ainsi donc Adam Phillips souligne l’essentiel des idées de Winnicott/

Winnicott introduit le couple de la tétée dans le langage ou plus précisément dès les mots qui baignent le nourrisson dès son arrivée au monde et même avant avec la préoccupation primitive de la mère. Il élabore la théorie de l’Infant c’est à dire de l’enfant avant l’apparition du langage.

 

Paradoxe Winnicottien :

L’enfant baigné de mots avant même l’apparition de son langage va s’inscrire dans une relation constitutive de son identité non pas par le langage exclusivement mais par le holding c’est à dire grâce à l’environnement.

 

L’enfant est introduit dans l’ordre symbolique du langage par un bon environnement et par sa relation au miroir avec sa mère qui accueille son image. C’est grâce au regard de sa mère, à ses bons soins, à la tolérance  bienfaisante mais ferme qu’elle manifeste à ses colères que l’enfant pourra s’assurer de sa permanence et se constituer dans une identité durable. (Lacan quant à lui inverserait la syntaxe et dirait l’ordre symbolique introduit l’enfant à la permanence de son identité c’est un peu comme l’histoire de la poule et l’œuf, est l’œuf qui fait la poule ou la poule l’œuf ? !).

 

Ce qui est certain c’est qu’il y a rapport entre la poule et l’œuf, entre ordre symbolique et identité. Quant à moi, n’ayant pas assez étudié, je ne sais pas ce qui est premier à l’autre.

 

Là se joue une différence avec Freud.

 

L’hypothèse de Winnicott est la suivante : l’analyse reproduit le couple de la tétée et là où Freud situe dans le temps de l’analyse le « talking cure »  avec l’interprétation comme signifiance de l’inconscient, comme une appropriation d’un sens identitaire, Winnicott voit dans la situation analytique un cadre permettant la reconstitution de l’état lacunaire du patient et l’interprétation comme « un outil » de holding permettant reconnaissance et traitement  de cette lacune. Freud comme Winnicott s’inscrivent dans l’autre scène mais le premier se situe plus dans le sens du symptôme l’autre dans ce qui a fait manque et dans ce qui est à « reconstruire » par un bon environnement et un engagement du psychanalyste dans une collaboration avec son patient. On retrouve là l’idée de Lacan lorsqu’il écrit que le psychanalyste n’est pas là pour « comprendre » (ce qui le mettrait en position de supposé savoir) mais pour « entendre » ce que le patient sait déjà de lui-même. Seule une telle attitude permettra au patient de « s’y reconnaître » là dedans de ses mots et de ses affects, là dedans son tumulte de vivre et d’être tout seul.

 

Et on y arrive, au choix de la solitude.

 

Le bébé grâce à la capacité d’être seul qu’il a développé dans le couple de la tétée et grâce aux bons soins de la mère va pouvoir être connaître l’insight et le désir de se cacher, de se protéger de pulsions infantiles parfois trop difficiles à reconnaître, à revivre. Désir de se cacher et de se protéger par la mise en place d’un faux self qui bien géré ouvre à des  conduites sociales adaptées

 

Choix de la solitude d’exister à l’abri du regard de tous dans un vrai self protégé par le faux self, nécessaire à  condition qu’il n’enferme pas le sujet.

Là viendra se jouer la bonne interprétation dans le bon environnement : accéder au vrai self avec lenteur, douceur et délicatesse en respectant le choix de la solitude du patient :

 

Paradoxe Winnicottien :choisir d’être seul par le vrai self en lien avec les autres grâce au faux self. Le sujet Winnicottien est un sujet entre solitude et lien qui a fait certes le choix de la solitude, mais qui ne peut échapper à la communication car exister se fait à partir de la reconnaissance de l’autre et là on se retrouve dans le grand océan de l’humain tel que le décrivent Winnicott mais aussi Freud, mais aussi Lacan, mais aussi Lévinas, mais aussi Hannah Arendt, Fred Poché (pour ceux que je connais). Pour être UN il faut être deux. Pour être UN Il faut être porté par le regard de multiples visages sinon dirait Hannah Arendt on n’est pas Un on est seul. Ce qui n’est pas pareil.

 

Pour être Un il faut être reconnu par le au moins un qu’est la mère puis par le plusieurs.

 

Winnicott, le choix de la solitude pour ne plus être seul. Tel me paraît être le paradoxe essentiel de la cathédrale Winnicottienne.

 

Ceci est ma lecture d’Adam Phillips mais je suis timide dans la création de cette lecture. Je vous invite à vous y rendre directement pour faire votre propre synthèse. Nous sommes dans du matériau symbolique difficile.

 

Encore un mot, sur la lecture bien évidemment :

 

La lecture est l’espace rêvé du choix de cette solitude pour ne plus être seul. La lecture est un acte de silence et un acte solitaire mais la lecture par ce qu’elle nous révèle de nous-même et du monde nous inscrit dans l’immense courant de l’humain, non pas dans la détresse de la solitude mais conduit par la main par ceux qui nous précèdent, par ceux qui ont déjà fait le chemin : les écrivains, ceux-là, qui de ce fait, nous pouvons l’écrire, occupent la place parentale du couple de la tétée. C’est dès la pré natalité que nous faisons le choix de la solitude (silence du ventre) et de ne plus être seul (mouvement du foetus dans le ventre de la mère), c’est dès la pré natalité que nous faisons le choix du livre. Le premier livre est un livre lu et entendu car nous sommes encore aveugles (les mots du père et de la mère entendus dans le ventre quand les parents, ces premiers écrivains parlent à l’enfant,) puis viendront les premiers livres de tissu puis ceux de papier, puis viendront les écrivains autres que les parents. Tous diront, écriront déjà la saga humaine, celle qui peut faire si peur, le loup est si méchant et on a peur du noir mais avec le livre on peut négocier, parler et cela nous donnera donc le désir de faire de temps à autre le choix de ne plus être seul, le choix de parler, de jouer et de créer.

 

Winnicott ou le choix de la solitude, Winnicott ou le choix de créer et de jouer tous ensemble.

 

Winnicott ou le choix d’aimer et d’être aimé

Winnicott ou le choix de parler ou de ne pas parler

Winnicott ou le choix d’être ou ne pas être.

Quant à moi, j’ai fait mon choix :

 

Seule, mais avec vous, je conjugue : je lis, tu lis, il ou elle lit, nous lisons, vous lisez, ils ou elles lisent

 

Seule, mais avec vous, je conjugue : je joues, tu joues, il ou elle joue, nous jouons, vous jouez, ils ou elles jouent

 

Seule,  mais avec vous,  je conjugue : je crée, tu crées, il ou elle crée, nous créons, vous créez, ils ou elles créent.

 

Seule, mais avec vous, je conjugue : je parle, tu parles, il ou elle parle, nous parlons, vous parlez, ils ou elles parlent.

 

Seule, mais avec vous, je conjugue : je suis, tu es, il ou elle est, nous sommes, vous êtes, ils ou elles sont.

 

Et vous ?

 

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Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
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