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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 09:13

Juin 2002, le soir de la fête de la musique, Elisabeth quittait la vie, terrassée par son sarcome. Clara avait su les derniers jours. Elle, dans sa petite ville du Sud-Ouest, Elisabeth  à Paris. Clara s’appliquait à tenir debout. Elle lisait, les dents serrées sur sa souffrance. Elle lisait Penser les pratiques sociales Une utopie utile

Sous la direction de Rémy Puyuelo Erès. Arséaa. Action solidaire.2001 307 pages

 

Et la mort était arrivée au moment de l’article de Paule Sanchou.

 

Paule Sanchou : Place et devenir des associations dans le secteur médico-social. Enoncé des problématiques.

 

Travail de femme de mise en ordre  de rangement du bâtiment pensait Clara.

 

Le texte s’était tu. Le temps explosant disait « c’est fini . » Les mots avaient perdu. Clara la savait couchée, Clara la savait disparue. Clara savait son rire, savait ses boucles, savait sa nuit. C’était sa sœur et elle était morte, ça s’appelait un sarcome, ça s’appelait une longue et douloureuse maladie.  Maintenant, il faudrait continuer, jour après jour. On ne pouvait pas s’arrêter. Mais bâtir des mots, ce serait difficile. Clara était si fatiguée. Elle ne pouvait pas y croire à ça. Non, elle ne pouvait pas y croire.  Des millions d’heures d’amour et de rires, des millions de pique-niques et de livres, des millions de larmes partagées, Le ciel de Paris, la Place des Vosges Elles attendaient les résultats mais elles savaient déjà... La place des Vosges était belle mais elles étaient si tristes. C’était en mai 2001

 

Ecrire à perte de mots

leurs mots,  à toutes deux,

son poème à elle,

Sylvie, sa soeur

 

                              Quand l’âme erre…

 

        Quand la mère se retire

        Et laisse l’enfant seul

        Quand l’amour se retire

        Et laisse la bouche

        Sèche et béante

        Quand la mer se retire

        Et laisse les goudrons morts

 

       Quand la mère se retire

       Et laisse l’enfant libre

       Quand l’amour se retire

       Et laisse la femme

      Entière et onctueuse

      Quand la mer se retire

      Et laisse le sable doux

 

     Alors, l’amer se retire

     Et s’écroulent les tours.

 

                  Catherine Lion-Méric

   

 

Clara savait qu’il fallait laisser Sylvie, au temps  et reprendre le fil d’Empan. Il fallait reprendre sagement la lecture abandonnée de l’article de Paule Sanchou. Il l’aurait intéressée. cette soeur tant chérie, cette soeur de toutes les heures envolées. Clara savait qu’il fallait reprendre le temps, là, juste avant le coup de téléphone hurlant dans le soir noir « C’est fini ».

 

 

      Et donc Clara lisait Paule Sanchou : Place et devenir des associations dans le secteur médico-social. Enoncé des problématiques. (P.263-275)

 

      Travail de femme de mise en ordre de rangement du bâtiment. Repérage des missions respectives de l’état et de l’association, repérage des lois de décentralisation qui souvent modifient les rapports entre ces missions, mise en lumière de la dimension politique engendrée par la mise en relation de l’état et de l’association.

 

      Paule Sanchou désignait les enjeux économiques et théoriques de l’impact de l’économique dans le social et les impératifs vitaux. Elle posait la nécessité de trouver encore le temps de réfléchir sur ce qu’on faisait et sur la qualité du travail des travailleurs sociaux. C’était le devenir de la vie associative qui était en cause.

      

Clara se laissait porter par le questionnement de Paule Sanchou quand elle articulait avec clarté le devenir de la vie associative, son identité, ses stratégies, quand elle interrogeait le rôle, la place des partenaires et de leur mise en relation. Il était aussi question de la vie politique et des bords de tous bords qui bordent nos associations. Un article qui disait la question vitale du jeu multi identitaire du champ de l’insertion et de la citoyenneté. Passionnant de vie. Porteur des paroles de chacun et de tous, partenaires associatifs et institutionnels, en contradiction parfois, en nécessaire complémentarité toujours. Un travail de mise en mots, de mise en ordre du terrain. Précieux  pour les jours de pagaïe et surtout les jours de conflits, quand on ne s’y repère plus. Une boussole. A lire pour garder le cap, pour mesurer les possibles de chacun.

 

Clara avait retrouvé son identité, la stabilité de son temps dans la lecture de Paule Sanchou.

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Published by Marie-José Colet - dans Empan
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