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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 08:46

 

Je crois que nous sommes tous infiniment angoissé, et donc, on instaure des mécanismes de défense contre cette angoisse latente.
Les gens, qui agressent dans la rue des personnes différentes, sont angoissés par la complexité de la vie et du Réel : ils s’en protègent, en niant cette complexité, en accolant une seule caractéristique sur les choses. Après tout, un monde en noir et blanc est plus facile à percevoir qu’un monde avec une infinité de couleurs et de nuances.
Si dans la rue, on m’agresse, à cause de ma différence, mon agresseur ne me voit qu’à travers ma différence. Or, je crois qu’un individu est beaucoup plus qu’une simple peau mate, qu’un simple fauteuil roulant, qu’une simple attirance…
Certes, ma différence me constitue, mais ne fait en aucun cas ma totalité. Nous sommes tous une infinité de nuances de couleurs, et c’est ce qui fait le piment des relations humaines : découvrir en entier le tableau, sans cesse changeant et sans cesse plus profond, de l’intériorité de l’Autre. Quête à jamais renouvelée…
Lorsque mon agresseur me voit, je lui fais peur car je lui suis inconnue, et l’inconnu fait toujours peur.
Donc il est en malaise, donc il souffre, donc il attaque, afin de dissimuler ses failles et de se rassurer, croyant dominer l’autre, qui lui fait peur.
Mais ce n’est pas moi, ma personne, qu’il attaque, il ne me connaît pas. Il s’attaque lui-même, parce que je lui renvoie sa souffrance, à sa fragilité.
Au lieu de souffrir de toute cette violence verbale, je le plains car je sais qu’il souffre et qu’il est encore plus faible que moi, puisqu’il se nie lui-même, en niant sa faiblesse. En le plaignant, j’inverse le rapport de force : du dominé, je passe au dominant.

Faire preuve d’intelligence serait juste une question de survie. Dans l’Evolution Créatrice, Bergson dit que l’Homme se serait « armé » d’intelligence pour survivre dans un monde d’animaux armés de griffes et de cornes. Au fond, des activités intellectuelles, comme la philosophie et la psychanalyse, seraient des armes contre la souffrance. Bien sûr, dans l’éventualité où l’Autre est armé d’un couteau ou de tout autre objet contendant, Platon et Freud n’y peuvent rien ; seules, nos jambes, dans leur mobile célérité, sont notre seul salut.

J’ai compris que c’était la société qui faisait qu’une personne différente était mal dans sa différence.

Revenons à l’exemple de mon agresseur verbal, dans la rue.
Ce n’est pas moi qu’il agresse, mais plutôt l’image de la différence, que la société lui a inculquée.
La personne différente est, elle aussi, empreinte de cette vision négative de la différence, qui s’est élaborée pendant des siècles. En conséquent, elle considère qu’à cause de sa particularité, elle est face à des interdits insurmontables et presque « naturels », ce qui arrange bien la communauté En effet, en faisant croire à la dangerosité et à l’incapacité de la personne différente, la société peut l’exclure, l’ostraciser. Or, pour se constituer, une société a besoin de règles, qui impliquent des limites, et un groupe social, qui est exclu, permet au reste de la société d’avoir conscience de ses limites et de ses règles.
Mais, au plus profond d’elle, je suis libre d’envisager ma vie, selon ce que je suis et ce que je veux, car la quête du Bonheur, la « fin suprême » aristotélicien ne consiste-t-elle pas à accomplir son humanité, qui fait toute la profondeur de l’Homme, individu singulier parmi une foule confuse ?

Noémie Aulombard (mars 2009)

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Published by Marie-José Colet - dans Adelphité
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