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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 16:46

Les enfants de la Shoah

Colloque de Lacaune 17-18 septembre 2005

Les Editions de Paris 286 pages

 

Article : Les enfants cachés résilients

Docteur Kerry Bluglass

MDFRC Psy, Birmingham England

 

Avec ses mots de clinicienne, elle raconte ses rencontres avec des adultes autrefois cachés, autrefois séparés de leurs parents, jeunes, trop jeunes. C’était le temps de la Shoah. Ils lui ont confié leurs ruptures, leurs cassures, leur changement d’identité, leur changement de religion. Ils étaient juifs, par prudence on les fit catholiques. Ils ont raconté leur culpabilité de n’y rien comprendre à ce qu’ils vivaient. Certains placés dans des familles, pas toujours généreuses, mais souvent oui, certains placés dans des institutions, ce n’étaient peut-être pas les plus malheureux car ils avaient des compagnons d’infortune, certains errant, survivant. Enfants cachés, visibles ou invisibles, enfants de l’errance, enfants arrachés à leur famille ; enfants souvent soumis, enfants sages, enfants délinquants, mais de cette délinquance non violente, de cette délinquance de survie. Apprendre à voler le pain.

 

Puis ils sont rentrés et ils ont voulu raconter. Mais déjà, primo Lévi le dit, les adultes on ne voulait pas savoir, alors les enfants pensez donc ! Qu’avaient-ils pu vivre qu’ils pouvaient transmettre ? Alors elle raconte, leur résistance à l’adversité de leur enfance, à l’adversité d’enfants non écoutés, elle raconte leur souffrance, leur identité altérée par la perte de ceux disparus dont ils ne peuvent faire le deuil. Heureusement, le Mur des noms s’est construit dans le temps des noms aimés retrouvés dans la fulgurance du néant anéanti.

 

Elle raconte les capacités de chacun à se construire, se reconstruire, parfois avec un conjoint de même infortune, parfois réussite du couple, parfois échec, elle raconte la capacité de certains à faire face aux blessures insensées, elle raconte l’évitement de la dépression et de l’angoisse. Parfois,  pas toujours.

 

Elle raconte cet étonnant alliage vieux comme le monde de force et de vulnérabilité, de douleur et de bonheur retrouvé, de nuit et de lumière

 

Elle raconte l’attachement aux familles qui les ont sauvés jusqu’on conflits parfois avec les parents d’origine à qui on reproche « l’abandon . » Drame.

 

Elle raconte en quelques pages sobres, sans fioriture, dans la droite ligne d’une chercheuse, l’incroyable douleur : celles d’enfants cachés.

 

Elle raconte puis elle les remercie de leur confiance, de leurs confidences, de leur humanité.

 

Cet article est pour moi comme une fenêtre de plus sur la Shoah, une fenêtre qui une fois encore met du sens sur l’insensé de tant d’histoires douloureuses. Pour moi, la Shoah, c’est comme ça, des millions d’individus morts et des millions d’autres encore survivants, chacun à sa façon, dans sa reconstruction et dans sa perte irréductible, au deuil impossible et pourtant avec ce deuil et dans ce deuil, par cette perte et dans cette perte, ces enfants cachés, ces enfants du silence et de l’absence, ces enfants vaillants, un pied devant l’autre, un mot après l’autre, la nuit après le jour, dans le dur labeur de vivre, dans le dur labeur du temps ont inventé leur vie,  l’ont vécue et la vivent encore.

 

Un bel article traduit de l’anglais par Jacques Fijalkow

 

A eux deux, merci pour cette fenêtre ouverte sur le sens et sur le possible.

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans La Shoah
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