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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 11:43

Un essai de Philippe Sollers

Eloge de l’Infini

Le pessimisme de Freud

P.490-493

nrf Gallimard 2001

 

Le sujet de cet essai très intéressant est le travail de Freud intitulé Malaise dans la civilisation.

 

Je situe ma lecture dans la catégorie Winnicott parce que Malaise dans la civilisation interpelle créativité, culture et pulsion de mort, thèmes d’élaboration chers à Winnicott et d’une certaine façon à Philippe Sollers comme en témoigne son essai.

 

Il rappelle de façon judicieuse l’année et le lieu où fut écrit Malaise dans la civilisation : 1929 tout près de Berchtesgaden, le futur repaire d’Hitler. Un an plus tard, les nazis font leur entrée en force au Reichstag. En 1936, les livres de Freud sont brûlés, En 1939 Freud quitte Vienne et s’exile à Londres où il mourra.

 

Freud, la psychanalyse seront toujours et encore maintenant l’objet de résistances et d’attaques virulentes et désespérantes. Pourquoi :

 

Freud interpelle le bien-fondé des religions.

Freud se saisit de l’enfant angelot pour en faire un lieu de pulsions sexuelles et de tragédies oedipiennes

Freud en finit une fois pour toute avec le manichéisme bienfaisant du bien et du mal : l’homme est siège de pulsions de mort et de vie qui s’affrontent dans des conflits douloureux mais qui signifie son humanité

Freud introduit à la dénonciation de tous les racismes confondus et des totalitarismes, voire même révolutionnaires violents par sa sagesse et son éthique naît de l’approche du monde par pulsions de vie et de morts, par pulsions sexuelles et possible sublimation de l’agressivité.

 

Mais rappelle Sollers, Malaise dans la civilisation se termine, et Sollers aime la dernière phrase de ce texte, par l’interrogation sur l’issue humaine de ce combat sans merci entre Eros et Thanatos. L’agressivité serait-elle une maladie incurable de l’humanité ? L’humanité emporterait-elle une névrose incurable qui toucherait autant les hommes les plus sauvages que les hommes les plus fervents dans la paix ?

 

Dans cette interrogation, presque Arendentienne, s’articulerait le pessimisme de Freud et de l’humanité toute entière.

 

Ma timide lecture de Winnicott me ferait répondre à cette question si essentielle pour tout pacifiste potentiel que le sujet qui emporte l’humanité n’est pas celui de l’issue du combat mais du combat toujours possible à mener et de quelle manière le mener sans baisser les bras. Je crois que Freud comme Winnicott n’ont jamais baissé les bras ; Le premier a analysé jusqu’à plus soif le concept  difficile de sublimation, le second a analysé avec autant de persévérance le concept "aire intermédiaire" et "aire culturelle." L’un a posé des topiques toujours en mouvement et en refondation, l’autre a posé le jeu comme aidant à vivre la séparation douloureuse jusqu’à en être agressive mais dans une agressivité constituante de l’être. L’un propose de sublimer l’agressivité, l’autre propose de l’intégrer dans un processus créatif. Mais les deux sont d’accord sur un point : ne pas dénier sa propre agressivité qui, si elle est déniée se projette dramatiquement sur l’autre qui devient ennemi et la guerre commence. L’étude de ses propres pulsions agressives est le premier pas vers un monde en paix, qu’on les sublime ou qu’on les intègre. Être pacifique c’est être pacifique dans l’espace de ses engagements politiques mais aussi dans l’espace de son quotidien de sa famille, de ses amis. Le pacifisme est une histoire politique et économique mais aussi intra psychique. Il ne s’agit pas d’être optimiste ou pessimiste. Là n’est pas la question. Il s’agit d’être, au jour le jour, en s’en « dépatouillant » de son agressivité  et de son ambivalence  en les reconnaissant siennes mais constructives.

 

L’histoire de l’invention de la paix est interminable, d’une issue incertaine certes mais c’est justement l’incertitude de cette issue qui doit soutenir sans relâche notre analyse de nous-même et du monde comme il tourne…

 

Voilà, ce que je voulais dire du côté de Freud et de Winnicott. Du côté de la paix.

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
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